Comment leur dire qu’on ne rentrera pas en France cet été ?

Le sentier Chemin du Roy au Parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé. Crédit : Mathieu Dupuis - Sépaq

Avec l’été, peut resurgir une question lancinante et parfois exaspérante. Elle touche autant ceux qui la posent que ceux qui y répondent. La voici, aussi anodine que sournoise : “est-ce que tu rentres en France pour les vacances ?”

Alors oui, vous êtes heureux dans votre nouveau chez vous au Québec. L’aventure a pu être un peu chaotique au début, certes. Mais, vous avez en fin de compte pris vos marques. Vous avez une job (et oui, ici le travail est au féminin comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs), peut-être pas le poste rêvé encore, mais c’est en bonne voie. Et puis, vous avez commencé à tisser un réseau social et amical, vous avez même adopté les plaisirs locaux du hockey en passant par la poutine, des festivals aux 5 à 7 pour le boulot. Bref, vous avez fait votre place et c’est bien agréable !

Alors, même s’il y a aussi des choses un peu moins chouettes, comme la longueur de l’hiver qui a pu vous faire flancher le moral proportionnellement à la chute des degrés, ça roule pour vous. Même si vous en avez rêvé de cette petite semaine dans le Sud en hiver pour vous recharger les batteries ! Et puis le printemps est arrivé…

L’été de tous les possibles

C’est là que vous avez enfin pris conscience de la profondeur du verbe “renaître” ! À vous les plaisirs retrouvés du vélo, les terrasses et même pourquoi pas le jardinage urbain. C’est à ce moment-là exactement que la question fatidique est décochée de la part d’humains qui sont au demeurant très sympas, d’autant qu’ils vous aiment. Je veux parler de la famille (à multiplier par deux si on a une douce moitié, voire plus), sans parler des amis de cœur qu’on adore aussi ou même des copains éloignés avec qui, dans une autre vie, on a partagé des moments chaleureux ou délirants. Bref, la question, telle un couperet tombe : “est-ce que tu rentres cet été ?”

Temps d’arrêt, léger vertige… Si la question est posée par courriel ou texto, vous avez un peu de marge de manœuvre pour vous reprendre, poser vos pions stratégiquement et avec tact de préférence ! Si c’est par téléphone, là les choses se corsent. D’où l’intérêt de s’être posé la question en amont, tranquillement, au calme. Car de la réponse va découler bien des conséquences.

Rentrer ou ne pas rentrer, telle est la question

La question en elle-même porte un paradoxe. Pourquoi “rentrer” en France ? Quid de cette installation, plus ou moins récente, qui fait de vous un résident du Québec ? Comme si, de l’autre côté de l’Atlantique, un doute perdurait sur votre domiciliation. Vous avez beau expliquer de long en large que, non ce n’était pas le paradis, mais que oui l’aventure en vaut la peine… Vous faites encore partie, tout au moins affectivement, d’une tribu quelle qu’elle soit, en France, ou dans votre pays d’origine.

Payer le tribut à notre tribu

Alors parfois, au-delà de nos contradictions, nous devons choisir. Cet été, ce ne sera pas la France mais plutôt la Gaspésie ou le Lac St Jean, la Nouvelle-Écosse ou les Cantons de l’Est. Il faut expliquer, qu’ici il y a moins de vacances, le budget est limité ou tout simplement dire la vérité. À savoir que j’ai envie et besoin de découvrir ce Québec que je tente d’apprivoiser. J’ai besoin de découvrir plus que la ville ou la région que j’ai fait mienne pour cette page de ma vie. J’ai envie de m’émerveiller, d’aller plus en profondeur, de vivre autre chose et parcourir une province qui représente 5 fois la France ou encore ce pays, le Canada, qui fait plus de 6000 km d’une côte à l’autre.

Notre tribu, il est certain que nous aurions aussi envie de la voir, de vivifier nos liens, de nous régaler du bon fromage ou de melon de Cavaillon, voir la grande bleue à Brest ou Marseille, de parcourir ces lieux qui nous sont chers et intimes, de garder le contact. Mais si nous sommes ici justement, c’est que nous avions envie d’expérimenter autre chose. Nous aimerions tout avoir, mais on a grandi, du moins un peu. S’affranchir c’est un peu trouver le meilleur des deux mondes. Fort de nos liens justement, nous partons à l’aventure pour l’été en canot, en vélo, en tente parcourir la belle Province…

S’offrir le Québec en vacances

De votre virée estivale au Québec, vous reviendrez avec les yeux pleins d’étoiles, des piqures de maringouins assurément. Vous aurez, pour les plus chanceux, croisé des ours, des baleines, des bleuets avec des kilomètres au compteur ravis, éblouis, réjouis. Vous aurez suivi le fleuve, foulé les sentiers de randonnées et goûté le plaisir addictif du camping dans les parcs, bref vous aurez vécu intensément le Québec. Mais pas égoïste, vous aurez aussi colligé plein de bonnes adresses pour la visite de France qui ne manquera pas d’avoir envie, grâce à vos photos et le soleil dans votre voix, de suivre vos traces lors de son prochain voyage au Québec !

Alors sans rancune : bonnes vacances au Québec ou en France.