10 expressions à connaître pour se fondre dans le paysage québécois

Crédit : Eldiablo / Instagram : elfunkydiablo

On a déjà parlé des anglicismes que les Français rêvent de voler aux Québécois. Parlons maintenant de ces petits mots ou tournures de phrases du quotidien qui intriguent plus d’un nouvel arrivant en provenance de France ou d’ailleurs. Rappelez-vous…

Aweille
Assez surprenant quand on l’entend pour la première fois, ce petit mot très puissant (bruyant?) s’apparente pourtant à un banal “allez!” ou “vas-y!”. Le groupe de rap québécois Dead Obies en a même fait un refrain, comme quoi… Plus concrètement, vous pouvez l’utiliser pour dire à votre mère de se presser un peu (“Aweille, commande un taxi!”) ou pour dire à votre chien de descendre du canapé illico (“Aweille Médor, décrisse!”).

Je suis fru (“chu fru”)
Voici l’expression qui a le don de laisser les Français sur leur faim. La première fois qu’on l’entend, on pense que notre interlocuteur a simplement oublié de prononcer la fin du mot (cela peut arriver). Quand on l’entend à nouveau, en réunion cette fois-ci, on regarde ses collègues avec suspicion : “Font-ils eux-aussi partie de cette étrange team qui a pris le parti de couper la fru/stration en deux ?”. S’ils sont Québécois, très certainement. Quant à l’origine de l’expression, même Chantal Bouchard, professeure de littérature à McGill en perd son latin : “L’expression est récente et j’ai déduit, moi aussi, que c’était l’abréviation de “frustré”, mais je n’en sais pas plus.” C’est fru/strant, je suis deg’.

5.1.4 VS 514
En France, les numéros s’énoncent par blocs de deux (épelez votre ancien numéro de téléphone français après le fameux 0.6 ou 0.7 et vous verrez). Au Québec, c’est à l’unité que cela fonctionne ! Vous l’avez sûrement remarqué, c’est peut-être même devenu un réflexe avec le temps, 514 se lit “cinq un quatre”. Selon Chantal Bouchard, “autrefois à Montréal — il y a cinquante ans, les numéros commençaient par trois lettres suivies de 5 chiffres, cela donnait FED 45547, et se lisait Fédéral quatre, cinq, cinq, quatre, sept. C’était probablement plus facile à retenir que quarante-cinq mille cinq cent quarante-sept. Quand on a aboli ce système, l’habitude est restée. Je pense que ce sont des méthodes mnémotechniques qui dictent ces habitudes.”

Se mettre sur son 36
Là encore, voici une expression qui donne envie aux Français fraîchement arrivés au Québec de “corriger” leurs interlocuteurs pour leur faire dire “31” au lieu de “36”. Mais non, laissez vos cousins québécois s’exprimer librement sans forcément chercher midi à quatorze heures. On ne sait pas réellement d’où vient cette différence d’expression qui signifie pourtant la même chose : se faire beau/belle et sortir ses plus beaux habits pour une occasion spéciale. Se mettre sur son 31 ou 36, peu importe, pourvu qu’on se comprenne et qu’on finisse au même [email protected]

Ayoye
La sonorité peut d’abord rappeler un “Aïe Aïe Aïe” qui sous-entend qu’on s’est fait très mal contre ce coin de table (pauvre orteil). Et l’ouïe a raison ! “Ayoye” peut effectivement désigner, à la manière de aïe, la douleur comme l’explique Benoît Mélançon, professeur de littératures de langue française à l’Université de Montréal, sur son blogue L’Oreille tendue. Comme il l’explique aussi, l’interjection peut également marquer l’étonnement, voire, dans certains cas, l’admiration et il arrive même que les deux registres se mêlent. Ayoye!

Tabarouette
Comme l’explique déjà très bien le site “Je parle québécois”, il s’agit d’une déformation du célèbre juron québécois “tabarnak”. “Tabarouette” est à considérer comme un tabarnak adouci, un peu comme lorsqu’on dit “mercredi” à la place de “merde” en France. Récemment, une Française de Montréal a eu la bonne idée de reprendre l’expression et de la marier à notre magistral “putain” sur un tote bag. Résultat : “putain de tabarouette”, ça claque.

Svp
Si ce n’est pas déjà fait, vous constaterez rapidement qu’au Québec, le poli “stp” (pour “s’il te plaît”) n’existe que très rarement et troque volontiers sa place pour l’illustre “svp” qu’on écrit souvent en capitales, “SVP”. Autrement dit, quand bien même votre boss vous tutoie, il/elle vous écrira sûrement : “Peux-tu m’envoyer rapidement ton Powerpoint, svp?”. Ne nous demandez pas pourquoi, svp.

Les chevals
Cela écorche autant les yeux que les oreilles mais parfois, au Québec, c’est vrai qu’il arrive que certains pluriels se fassent la malle. Si jamais vous croisez les douces mélodies des “chevals” et autres “mals de ventre” : taisez votre légendaire arrogance française et corrigez votre interlocuteur doucement. Servez-vous de la bienveillance canadienne qui vous habite depuis peu, répandez la bonne parole et l’orthographe qui va avec.

Un·e trampoline
Depuis peu, trampoline est aussi féminin que masculin. Depuis le mois de mai 2018, le mot peut changer de genre librement, c’est l’Office québécois de la langue française (OQLF) qui le dit. Quant aux mots qui changent de genre une fois l’Atlantique traversé (comme “job”), l’organisme reste perplexe. Pourtant, rien de grave, l’indécision a parfois du bon.

C’est sketch
En France, un sketch (selon Larousse) c’est une oeuvre dialoguée de courte durée, généralement comique, représentée au théâtre, au music-hall, à la télévision ou au cinéma. Au Québec, cela signifie littéralement que “ça craint” voire même que c’est un peu “flippant” (au sens français du terme). Concrètement, un restaurant dont la façade a mauvaise mine et à l’intérieur duquel on entend le personnel se taper dessus, c’est “sketch”. Ceci dit, cela peut aussi donner lieu à un sketch.