Avec Finezza, Ivan Lehec s’est taillé un business sur mesure

Crédit : Lucas Wils

Dans ses bureaux situés sur l’avenue du Docteur-Penfield à Montréal, Ivan Lehec, un Breton installé au Québec depuis 2007, nous reçoit sur fond de musique classique. Autour de nous, des placards qui abritent plus de 3000 choix de tissus et des costumes taillés sur-mesure dont certains Montréalais raffolent, et pour cause : ils sont issus d’une tradition bretonne vieille de 120 ans. Et cela s’en ressent.

“Je n’avais pas prévu de venir au Québec et encore moins de reprendre l’entreprise familiale”, nous raconte Ivan, 31 ans, habillé d’une flanelle avec un coton égyptien (importé de Suisse) pour l’occasion. En arrivant au Canada, ce prothésiste dentaire de formation a décidé de suivre son instinct et sa passion. “Avant je taillais des dents, maintenant je taille des costumes !”, plaisante l’homme à la moustache en guidon qui a rapidement compris qu’il voulait travailler dans le domaine du vêtement. C’était sans savoir que, dans le temps, sa grande-tante confectionnait déjà des coiffes bretonnes et que son arrière-grand-père possédait une boutique de tailleurs à Riec-sur-Bélon. “Il était aussi tailleur pour la Marine française pendant la Première Guerre mondiale, (…) c’est lui qui confectionnait les uniformes. Mes parents m’ont raconté tout ça quand j’étais déjà au Québec”, raconte Ivan qui veut bien croire que son patrimoine génétique l’a peut-être un peu aidé à exceller dans l’art du sur-mesure.

C’est à Québec qu’il a commencé à faire ses griffes avant de se lancer à son compte en étudiant de près les patrons de costumes retrouvés dans le grenier de ses parents. Après avoir rassemblé son histoire familiale sous une seule et même bannière, il a créé Finezza, sa façon à lui de reprendre le flambeau 120 ans plus tard et à 7000 kilomètres de la Bretagne. “À Montréal, il y a une grande richesse et histoire manufacturière. Du côté de Griffintown et du Vieux-Port, le commerce du cuir et des vêtements était assez énorme à l’époque ! Cette ville est encore un point central idéal entre Toronto et New-York”, confie le Breton qui estime que la ville aux cent clochers est une place idéale pour monter un business en prenant son temps, sans brûler d’étape.

Ses mots d’ordre au quotidien : élégance, finesse et artisanat. “On reste attachés au côté artisanal puisque c’est ce qui a fait la valeur de mon héritage familial. Mes arrières-grandes-tantes donnaient des cours de couture à Quimper, j’ai encore un livre de patrons de leurs coutures et même de certains des costumes bretons d’époque”, lance Ivan, fier de pouvoir puiser son inspiration dans ces archives familiales qui valent de l’or.

À la tête de son atelier de confection montréalais où travaillent chaque jour deux tailleurs, un culottier, un giletier et un coupeur, il profite du bouche-à-oreille qui fonctionne bien dans la métropole. “Je suis parti de rien, j’avais quelques économies mais je me suis construit tout seul depuis que je suis là ! J’en suis très fier”, explique Ivan dont le frère gère la marque à Paris. “Ici, un cadre d’affaires bien établi est très accessible, ce n’est pas difficile de prendre un café avec lui ! Cela simplifie nettement les rapports et accélère les choses”, confie celui qui conseille de bien définir son plan d’affaires avant de se lancer. “Il faut choisir son secteur, savoir où sera sa future clientèle et se projeter un peu.”

Vivre l’expérience sartoriale

À quoi ressemblent ses clients ? “À des hommes d’affaire et à des passionnés qui veulent vivre le côté un peu sartorial de la chose ! Ils veulent en apprendre plus, voir les tissus, les toucher sans pression”, raconte le Français qui travaille autant avec des jeunes professionnels que des cadres établis ou des grandes familles huppées de Montréal. Pour un pantalon et un veston faits à la main, il faut compter 1500$ minimum. “Mais généralement, on vend nos costumes entre 1800$ et 3000$ ! Un costume avec des accessoires, c’est 2500$ environ”, raconte Ivan qui affectionne particulièrement ses costumes croisés, aussi appelés double-breasted. “J’aime beaucoup jouer avec les contrastes d’épaisseurs et de textures, tout ce qui est velours mélangé à des épaisseurs de coton différentes ou de lainage, j’aime ça.”

Côté concurrence, le Breton estime qu’il y a de la place pour tout le monde. “À Montréal, il y a la clientèle asiatique et celle du Moyen-Orient qui se développent. Elles créent une certaine dynamique et une effervescence. Pour nos gammes de costumes, c’est parfait !”, lance Ivan qui ne trouve pas le marché montréalais si petit que cela. Sous peu, il prévoit tout de même de développer sa marque ailleurs à l’étranger, mais ce qu’il souhaite faire avant tout : redonner à la communauté. “Le Québec m’a beaucoup apporté depuis que je suis ici alors, avec Finezza, je contribue à mon tour pour les choses qui me tiennent à coeur”, raconte le trentenaire ravi de faire partie des donateurs de l’Association pulmonaire du Québec et de la Société canadienne du cancer (entre autres).

Enfin, parmi les demandes particulières déjà reçues, Ivan en retient une plus originale que les autres. “Un jour, on m’a demandé un costume par balles… Cela peut parfois servir, c’est vrai !”, raconte celui qui cherche encore un kevlar adapté pour répondre éventuellement à la demande car son client est roi. Alors si vous cherchez encore une tenue pour vous mettre sur votre 31 (ou votre 36), vous savez où aller.