Pourquoi fête-t-on l’Action de grâce début octobre au Canada ?

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Point commun : la dinde !
La dinde est devenue le symbole de Thanksgiving car les Amérindiens chassaient ce volatile sauvage pour sa viande, et ce fut le centre du premier repas partagé avec les Pèlerins, bien sûr accompagné des fruits de la première récolte, comme la fameuse citrouille. Aux Etats-Unis, Thanksgiving est pris très au sérieux : le Président y gracie même deux dindes ! Le président Kennedy ayant lancé le coup d’envoi de la tradition en 1963, l’administration offre aujourd’hui à ses citoyens la possibilité de voter pour sauver un des deux volatiles concurrents présentés sur les réseaux sociaux. Le dindon le plus populaire aura la vie sauve !

Dinde, tourte au canard et premiers flocons. Quand on parle de Thanksgiving, nombreux pensent immédiatement au dernier jeudi de novembre, où la grande majorité des familles américaines se réunissent autour d’un dîner gargantuesque. Mais au Canada, le jour de l’Action de grâce ne rime pas vraiment avec pull de Noël, car cette fête se déroule… le deuxième lundi d’octobre ! Même nom, mais différentes traditions : pourquoi cette différence entre pays voisins ? On a mené l’enquête.

Concrètement, c’est quoi Thanksgiving / l’Action de grâce ?

Si dans les deux pays, l’Action de grâce a étymologiquement une racine religieuse (les convives remercient Dieu en se tenant les mains), aujourd’hui, il s’agit plutôt d’une fête païenne. Bref, une fête qui sert à dire « merci », pleine de bonnes “vibes” avant l’hiver. Dinde, gravy sauce et tarte à la citrouille s’invitent sur les tables pour célébrer — historiquement — la bonté de Dieu et la générosité des Amérindiens (côté américain), et plus rationnellement « la bonne récolte » (côté canadien).

D’où ça vient ?

Car oui, Thanksgiving, des deux côtés de la frontière, est inspiré des fêtes paysannes européennes. Tout a commencé lorsqu’une soixantaine de Pèlerins, les « Pilgrims Fathers », ont partagé un repas avec une centaine d’Amérindiens entre fin septembre et début octobre 1621. Au regard de l’Histoire, la date canadienne serait donc plus réaliste ! La moitié des Pèlerins, débarqués du Mayflower en 1620 à Plymouth, ayant été décimés par l’hiver et les maladies, signent un traité de Paix avec les Amérindiens qui leur apprennent à s’acclimater à la région en échange de leur soutien contre d’autres tribus. Quelques mois plus tard, la première récolte est excellente. Elle sera alors célébrée par une « fête de la Moisson », à l’instar des fêtes de village européennes se déroulant habituellement après les vendanges.

D’une pierre deux coups…

Pour Jean-Philippe Garneau, historien de l’Histoire du Québec, la différence tient à des décisions gouvernementales assez tardives. “Il n’y avait pas de date précise au Canada avant la moitié du 19e siècle, avant que des pasteurs protestants de l’Ontario demandent en 1859 d’en faire une fête pour célébrer les récoltes. Le gouvernement canadien ne l’a instaurée de façon annuelle qu’en 1871 et la journée était alors le plus souvent au milieu de la semaine, entre la mi-octobre et la mi-novembre environ”, explique ce professeur de l’UQAM. L’année suivante, le premier Thanksgiving officiel a eu lieu en avril 1872, pour célébrer la guérison du Prince Édouard VII de la typhoïde. Puis le suivant, sept ans plus tard, en novembre, et ce pendant 19 ans. 

De fête surtout religieuse au début, Thanksgiving devint assez rapidement une célébration civique, familiale, comme aux États-Unis. La tradition américaine a été adoptée en bonne partie (dinde au menu, rassemblement familial, activités sportives comme le football, etc). Pendant quelques années, entre 1921 et 1930, la fête se tient le 11 novembre, jour du Souvenir. Mais à partir de 1931, elle est ramenée en octobre, au deuxième lundi du mois. Cette date a été établie pour la première fois en 1908 à la demande des compagnies ferroviaires, “ce qui permettait ainsi de créer un long weekend“, précise l’historien. Jusque-là, la date de la célébration était décrétée annuellement par proclamation.

Finalement, en 1957, le gouvernement canadien en fait une journée fériée nationale et fixe, celle que l’on connaît encore aujourd’hui. Date qui tombe le jour de « Colombus Day » aux Etats-Unis, en mémoire de l’arrivée de Christophe Colomb sur le Nouveau-Monde. De là à croire que c’était pour faire de la concurrence aux voisins…

À cause du climat ?

Une autre raison serait celle du climat plus rude au Canada. Pour Geneviève Dorais, historienne du panaméricanisme, tout est lié à l’Histoire rurale. “Thanksgiving était au départ une fête des récoltes, d’où le calendrier plus hâtif au Canada, situé plus au nord que les États-Unis”. Il serait donc tout à fait logique de commencer les festivités pré-hivernales plus tôt. L’avantage, c’est que les décorations de Noël commencent elles aussi après Thanksgiving. Et les amateurs de dinde ne se priveront pas de remettre le couvert le dernier jeudi de novembre… Qu’importe la date, pourvu qu’on ait le festin !

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Point commun : la dinde !
La dinde est devenue le symbole de Thanksgiving car les Amérindiens chassaient ce volatile sauvage pour sa viande, et ce fut le centre du premier repas partagé avec les Pèlerins, bien sûr accompagné des fruits de la première récolte, comme la fameuse citrouille. Aux Etats-Unis, Thanksgiving est pris très au sérieux : le Président y gracie même deux dindes ! Le président Kennedy ayant lancé le coup d’envoi de la tradition en 1963, l’administration offre aujourd’hui à ses citoyens la possibilité de voter pour sauver un des deux volatiles concurrents présentés sur les réseaux sociaux. Le dindon le plus populaire aura la vie sauve !