Amérique du Nord, mode d’emploi : comment se dire bonjour ?

Capture d'écran Youtube

Que ce soit dans la sphère sociale ou intime, les travaux d’approche afin d’interagir avec nos congénères impliquent parfois une valse-hésitation quant au modus operandi à mettre en œuvre. Explications.

Nos références, notre histoire, nos racines géographiques, socio-économiques, notre âge, notre éducation et un bon nombre d’autres paramètres rentrent en ligne de compte sans qu’on en soit conscient… Tout ça pour se saluer ! Au Québec ou au Canada, la manière est bien différente de celle pratiquée en France. C’est un défi que les Français qui arrivent au Québec doivent appréhender.

En Amérique du Nord, globalement, c’est la poignée de main qui prime dans un premier temps pour les relations professionnelles mais qui laisse place rapidement à une accolade franche et amicale. L’accolade ou le câlin (le fameux “hug” en anglais) est le mode de connexion chéri pratiqué par les Américains en général pour les proches, amis et familles, les connaissances sociales et parfois avec les étrangers. De la “bromance” virile aux salutations sociales, à tous les coups on gagne, c’est pratique !

La bise de la discorde

Pour les Français, la bise est une institution sacrée. Qu’on en fasse deux comme à Paris, trois dans le Sud ou jusqu’à quatre dans certaines régions, qu’on commence par la droite ou par la gauche, c’était jusqu’à récemment un sésame social. Hors, en décembre dernier la nouvelle maire d’une petite commune en Isère a fait le buzz en décidant de se retirer du jeu. Anne Picard-Wolff a expliqué à ses collaborateurs, que ce n’était plus possible et que la bise, pour elle, demeurerait dans le giron familial et amical. Alors, si même les Français remettent en cause la bise, mais où va-t-on ma brave dame ? Cela aura au moins le mérite de poser la question sur la pertinence de l’incontournable sacro-sainte bise française !

Justin et Emmanuel, l’étiquette égratignée

Au Québec, la bise demeure peu répandue même s’il semble qu’avec l’influence des vagues d’immigration elle gagne un peu de terrain dans la sphère amicale. Mais l’accolade est un incontournable même dans les rapports diplomatiques, surtout quand Justin Trudeau profite d’une visite diplomatique pour faire un magistral “hug” à Emmanuel Macron quelque peu décontenancé. Cela aurait d’ailleurs pu tourner à l’incident diplomatique côté étiquette. Mais les temps changent. Alors autres temps, autres mœurs !

La bulle de champagne ou de bière

Si se saluer demeure un des codes culturels les plus complexes, c’est qu’il fait appel à de nombreuses références implicites souvent inconscientes. Tout d’abord, il y a la strate du connu, nos origines géographiques et sociales qui nous ont amené à agir selon des conventions bien établies et reconnaissables. Et puis, on a voyagé, nous avons peut-être changé de milieu socio-économique et surtout nous interagissons avec des gens qui eux aussi ont des références culturelles bien différentes des nôtres. L’équation se complique diablement. Curieusement, ce qui est de l’ordre de l’intime peut être tout à fait anecdotique pour quelqu’un d’autre.

La notion de bulle intime, cet espace si subtil qu’on réserve justement aux intimes (sauf dans la cohue de l’heure de pointe dans tous les métros du monde) est codée par un millier d’informations qui se superposent. En France, se faire la bise, déposer nos lèvres sur la joue de quelqu’un d’autre n’a rien d’intime alors que pour un Nord-Américain, c’est presque impudique.

Je me souviens encore le paradoxe pour moi de vivre un hug à mon arrivée au Québec. D’une part, venant de personnes étrangères cela rentrait un peu trop dans ma bulle, d’autre part, avec des amis j’appréciais beaucoup cette accolade, ce rapprochement qui me permettait d’être plus en contact avec eux, qui relevait plus du câlin que de la salutation, ce qui aurait été plus rare en France. Bref, tout un monde de paradoxes qui font la richesse de l’interculturel !

Et vous au Québec, que vous soyez ici depuis peu ou depuis toujours, que préférez-vous ? Puisque dans les salutations point d’universalité… Pour vous, la bise ou l’accolade ?

Enfin bref, bises et à la prochaine !