Animation : deux cinéastes français racontent leur résidence à Montréal

La Cinémathèque québécoise accueille les Sommets de l'animation
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Si vous vous rendez aux Sommets du cinéma d’animation qui se terminent ce dimanche 26 novembre 2017, vous pourrez peut-être croiser Antoine Blandin et Nicolas Liguori. Ces deux réalisateurs français sont en résidence depuis 1 mois à la Cinémathèque québécoise où se tient l’événement. Une expérience enrichissante pour les deux cinéastes qui ont trouvé à Montréal un cadre rêvé pour développer leur créativité.

Rester 6 semaines à Montréal entouré d’artistes et d’un mentor pour se consacrer pleinement au travail d’une oeuvre d’animation. L’offre est difficile à refuser, et c’est la chance qu’ont eu Antoine Blandin et Nicolas Liguori qui sont résidents depuis 4 semaines au coeur d’une institution du cinéma québécois, voire canadien.

Le premier a été repéré à la suite de son premier court-métrage professionnel sorti en 2014, “La Chair de ma chère”. Une oeuvre qui a permis de lui ouvrir certaines portes, dont celles de la Cinémathèque québécoise où il est résident avec d’autres artistes venus de Suisse, de Belgique, du Canada et même de Corée. “On est tous venus ici avec un projet sur le feu. Moi, je suis arrivé avec des idées et l’envie de faire du stop-motion”, expique-t-il.

Le cinéaste a trouvé à Montréal “un cadre, du temps et des contacts” pour avancer dans son projet qui en est encore à l’étape de pré-production. “Je suis super heureux, on a rencontré des gens formidables : il y a une telle concentration de talents, c’est dingue”, commente le réalisateur qui se réjouit des conditions de travail idéales qu’il a trouvé au Québec.

En plus d’un espace partagé avec les autres résidents, Antoine Blandin dispose d’un endroit dans la Cinémathèque québécoise où il peut travailler sur son projet en stop-motion. Un luxe appréciable pour une oeuvre qui demande une certaine minutie et beaucoup de temps : “Cela permet de créer dans des conditions géniales sans la pression d’une deadline définitive : il y a moins cette épée de Damoclès qu’on a au-dessus de la tête habituellement.”

Dans les couloirs de l’édifice du boulevard de Maisonneuve, les visiteurs peuvent également croiser Nicolas Liguori. Le cinéaste utilise une technique d’animation peu connue du grand public : l’écran d’épingle, créé à la fin des années 20 par Alexandre Alexeïeff et Claire Parker. “Le principe est de dessiner avec l’ombre des épingles. C’est un certain objet qui n’est pas fragile, mais qui nécessite un savoir-faire”, explique le réalisateur français.

Le procédé peut paraître simple dit comme ça, mais son utilisation requiert une certaine technique qui demande beaucoup d’investissement. “Ce n’est pas évident : ce n’est pas comme un pinceau sur un papier qui donne un résultat immédiat. Cela demande une certaine maîtrise”, explique Jacques Drouin, mentor de Nicolas Liguori, qui a appris d’Alexandre Alexeïeff.

Le Québécois connaît l’animateur français depuis longtemps : “En 2007, j’ai restauré un écran d’épingle en France, Nicolas était intéressé par la technique : on s’est connus et on a échangé.” Dix ans ont passé, et les voilà tous les deux réunis à Montréal. Au cours des 6 semaines de la résidence, les deux hommes se rencontrent lors de quatre rendez-vous de 2 heures pour faire le point sur le projet que Nicolas Liguori développe.

“Mon objectif est de repartir avec les idées plus claires. Ce n’est pas compliqué d’avoir des idées, mais il faut savoir lesquelles garder absolument”, souligne le cinéaste français. C’est là que l’expérience et le regard de Jacques Drouin entrent en jeu. “Nicolas n’est pas obligé de m’écouter. Mon rôle est de lui communiquer ce que je ressens : mais c’est lui qui fait le dernier choix. Je suis le premier spectateur d’une intention, j’aime bien mon rôle !”, s’amuse l’animateur québécois.

La technique de l’écran d’épingle a survécu notamment grâce au travail de l’ONF qui a tout fait pour que le savoir d’Alexandre Alexeïeff ne se perde pas à sa mort. D’où l’importance du mentorat pour Jacques Drouin : “J’ai tout intérêt à ce que d’autres films se fassent sur cette technique, c’est mission accomplie que la chose continue après moi.” Un avis partagé par Nicolas Liguori : “Une fois essayé, on se rend compte du caractère exceptionnel de l’écran qui donne une autre image.”

Vous pourrez croiser Antoine Blandin et Nicolas Liguori lors des Sommets du cinéma d’animation qui se terminent ce week-end. Les deux Français, ainsi que les autres artistes en résidence, y présenteront leurs travaux en cours. “Avec le sommet, il y a de belles rencontres à faire”, assure Antoine Blandin, visiblement très heureux d’être à Montréal.