Au Québec, le tutoiement est fréquent et on adore ça. Mais pourquoi retrouve-t-on des « tu » qui n’ont rien à voir avec un pronom personnel au milieu de certaines phrases ? Tu me suis-tu ? Nous avons cherché la réponse.
Le « tu » pour interroger ou s’exclamer
Le « tu » en français québecois est une particule interrogative utilisée lorsqu’on pose une question directe à laquelle l’interlocuteur répondra par oui ou par non. Dans ce contexte elle remplace le « est-ce-que ». Ainsi on pourra dire « J’ai-tu l’air d’un maudit Français ? », « Tu m’embrasses-tu ? » ou encore « Y’en a-tu du fromage » ? Dans ce dernier exemple, le « y » remplace le pronom « il » que l’on aurait dans la phrase « Est-ce qu’il y a du fromage ?« .
On peut aussi utiliser le « tu » pour exprimer une exclamation, comme par exemple dans la tournure « C’est-tu pas chouette d’habiter à Montréal !« . Employée avec « c’est », l’expression peut d’ailleurs être simplifiée en un savoureux « C’tu »*. C’tu pas pratique ?
Un usage dérivé du « ti » français
Pour ceux qui jugeraient cet usage totalement farfelu, sachez que le « tu » québecois est en réalité dérivé du « ti » français, particule interrogative du langage populaire. En France, la particule interrogative (-)t accolée au pronom « il » (comme dans « Y en a t-il encore ? ») a graduellement perdu son « l » en français populaire dans les phrases ne nécessitant pas de pronom indirect. Cela donnera des expressions du type « C’est-y pas croyable !« . Au Québec, le « ti » également employé, s’est majoritairement transformé en « tu » au cours du 20ème siècle.
Mais contrairement à la France où l’emploi du « ti » s’est raréfié, la particule interrogative « tu » reste d’usage courant au Québec. « La plupart des locuteurs du français québécois l’utilisent régulièrement. Ce n’est pas associé à une classe sociale particulière ni aux personnes âgées« , confirme Mireille Tremblay, professeure titulaire, spécialiste de sémantique lexicale et de morphosyntaxe à l’Université de Montréal. Une tournure usuelle donc, mais à réserver à certains contextes.
Une tournure à employer à bon escient
Si vous commencez votre premier jour de stage en cabinet d’avocat ou que vous êtes invité à un déjeuner officiel avec la mairesse de Montréal, sachez que l’emploi du « tu » ne sera pas forcément une bonne idée. Son usage doit plutôt être réservé à un contexte familier. Par ailleurs, « c’est une construction qui ne marchera pas bien avec le vous de politesse« , précise Mireille Tremblay.
« Dans les contextes plus formels ou soutenus (…), on va plutôt opter pour des formes comme « est-ce que » ou l’inversion », explique Philip Comeau, professeur au département de linguistique de l’UQAM.
Reste à placer correctement le « tu » lorsqu’on veut l’employer. « Si le verbe est à un temps simple on va mettre le « tu » après le verbe comme dans « Il vient-tu ? ». Mais s’il y a un auxiliaire avec un participe passé, on va mettre le « tu » entre l’auxiliaire et le participe passé, comme dans « Y’a-tu fini ? », explique Mireille Tremblay.
C’est-tu compris maintenant ?
*Le québécois pour mieux voyager, éditions Ulysse.
