Jérémy Charbonnel : Apprendre à être soi-même, même sur scène

Jérémy Charbonnel : Apprendre à être soi-même, même sur scène

Par Carla Geib / Le 23 juin 2026 / Culture

Humoriste et papa, Jérémy Charbonnel avance aujourd’hui avec une idée en tête : faire rire sans se trahir. Après une séparation difficile, l’humoriste et père de famille a remis en question l’idéal du « mec parfait » qu’il s’était longtemps efforcé d’incarner. Entre scène, thérapie et paternité, il construit désormais un équilibre plus fidèle à lui-même. Et c’est ce dont parle son spectacle Seul tout. Rencontre à l’approche de sa toute première représentation au Québec.

D’ailleurs, pour acheter votre billet pour le samedi 4 juillet, rendez-vous ici. Ça se passera au théâtre Le National.

S’affranchir du rire 

À 20 ans, après avoir tenté brièvement l’université, Jérémy Charbonnel quitte Lyon pour Paris. Il y découvre le stand-up, et surtout ce qu’il pense devoir être pour réussir. Au début, il cherche à ratisser large, à plaire au plus grand nombre. 

« Je voulais plaire aux gens, je prenais des thématiques hyper conventionnelles comme le véganisme ou le gendre idéal est en fait un connard, mais ça ne me ressemblait pas totalement », explique l’humoriste de 39 ans. 

Pendant un temps, il joue ce rôle sur scène, et sa carrière prend forme. 

Mais une séparation difficile au moment de la pandémie, puis une vie de papa solo, le poussent à revoir sa trajectoire. Il fait un pas de côté. Dans un milieu où tout pousse à être performant, il choisit de revenir à quelque chose de plus personnel : « Ce que j’aime, c’est raconter à partir d’une matière très brute qui est la mienne. »

Le rire reste là, mais il n’est plus la finalité. Dans ce mouvement, Jérémy Charbonnel s’éloigne du « faire pour plaire » pour s’ancrer dans une autre logique : celle du ressenti. Être en phase, quitte à sortir du cadre. Il s’inscrit ainsi dans cette génération de stand-uppeurs qui partent de l’intime pour toucher quelque chose de plus large, parfois universel.

Quand la perfection devient un piège

« J’ai été construit pour être le mec parfait », confie Jérémy Charbonnel. Une conception qui, dans notre société actuelle, peut rapidement devenir un poids. 

Aujourd’hui, il dit avoir appris à déplaire, à rater, à accepter que tout ne soit pas lisse et à se nourrir du chemin parcouru : « Si ton objectif ultime dans la vie, c’est de faire rire les gens, à un moment donné tu seras malheureux. »

Dans son spectacle Seul Tout, Jérémy Charbonnel raconte sa séparation, sa vie de papa solo, et ses dix années de thérapie. Un spectacle d’humour, oui, mais qui va bien au-delà du simple rire.

On lui dit souvent qu’il a trouvé son identité artistique, celle du papa solo. Mais il nuance : « Ma singularité est venue à moi malgré moi. C’est qu’à un moment donné j’ai fait le travail de me connecter avec qui j’étais. »

La santé mentale comme fil rouge

Depuis une dizaine d’années, Jérémy Charbonnel travaille avec une psychologue. Il est désormais accompagné aussi par un préparateur mental.

Un suivi qui s’inscrit dans une recherche plus large : vivre mieux, être plus présent, et sortir de la logique de contrôle permanent.

Il dit apprendre à trouver du sens dans les instants simples : sur scène, avec le public, et surtout dans les moments partagés avec son fils : « Le plus important, c’est le chemin. Ce sont toutes ces petites choses au quotidien qui te font prendre du plaisir et qui, ensuite, te mènent vers la performance. »

Un duo père-fils sans script

Son fils occupe une place de choix dans son parcours (et parfois dans ses spectacles).

Les vidéos qu’il partage sur Instagram témoignent d’une belle relation sans mise en scène. Avec lui, tout est improvisé : « Là où je me sens le plus vivant, c’est souvent avec lui, parce qu’il y a une telle spontanéité, une telle instantanéité que tu ne peux pas tricher avec les enfants. »

Quand il était petit, son fils lui a un jour demandé, très sérieusement : « Papa, qui fait ta régie, et qui fait ton annonce ce soir ? » Très tôt familier de l’envers du décor, il avait même proposé d’enregistrer son annonce, qui sera finalement diffusée en début de chaque spectacle pendant plusieurs années.

Un week-end sur deux, lorsqu’il accompagne son père, il a aussi son rituel : monter sur scène et saluer le public à la fin.

Un petit qui, clairement, n’a pas froid aux yeux, élevé dans la bienveillance et poussé à faire ce qu’il aime.

Il sera d’ailleurs à ses côtés au Québec. Peut-être l’occasion d’un détour par le parc Oméga pour aller donner quelques carottes aux cervidés.

Et après

Après son passage à Montréal le 4 juillet, Jérémy Charbonnel sortira dans quelques mois Semaine père, un livre sur la vie de papa solo.

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