Pierre Lemaitre marque le point final de six années d’écriture avec Les Belles Promesses, le quatrième et dernier volet de sa tétralogie des Années Glorieuses. De passage à l’Hôtel Bonaventure de Montréal avant de se rendre au Salon international du livre de Québec, l’écrivain nous a confié les dessous de ses histoires romanesques… et la suite, déjà en chantier.
Mettre le point à la ligne…
Au fil de sa fresque littéraire, le lauréat du prix Goncourt (Au revoir là-haut, 2013) n’a jamais connu l’ennui, bien au contraire : « Chaque livre est un enjeu différent, ce n’est pas le même personnage, ce n’est pas tout à fait la même époque », nous partage-t-il. Son vaste projet visant à retracer le XXe siècle s’achève avec ce dernier opus, Les Belles Promesses, paru au début de l’année.
Pour Pierre Lemaitre, l’intérêt de son épopée réside dans le pas qu’il fait de côté. « Je suis plutôt content, rétrospectivement, d’avoir choisi de ne pas affronter les grands événements du siècle de face », analyse-t-il. « Je n’ai pas traité de la Première Guerre mondiale, j’ai traité de l’après-guerre. Je n’ai pas traité de la Seconde Guerre mondiale, la Résistance ou l’Holocauste. J’ai parlé de l’Exode, dont personne ne parle. Je n’ai pas parlé de la guerre d’Algérie, j’ai parlé de celle d’Indochine. »
Une façon pour l’auteur de trouver sa plus-value et sa marque de fabrique, dont il se félicite et qui permet à ses lecteur·ices de « découvrir des faces méconnues de la période ».
Un lectorat étranger qu’il chéri
Invité d’honneur à Québec, l’auteur ne cache pas son affection pour son lectorat local. Le public québécois occupe, à ses yeux, une place singulière : « C’est un public à la fois étranger et francophone. Il est « étrange » pour moi parce qu’il est de l’autre côté de l’Atlantique, avec une histoire différente, et en même temps, ce sont des gens avec qui je partage l’essentiel : la langue. »
Vers un nouveau chapitre
Après six ans de vie commune avec les Pelletier, l’auteur est prêt à passer à autre chose. Il s’en amuse d’ailleurs avec une pointe d’ironie : « Je suis content de les voir partir ! Ça fait six ans avec les mêmes personnages… Bon, ça fait trente ans que je vis avec la même femme et je ne me lasse pas, ce n’est donc pas systématique ! »
Mais l’auteur ne délaisse pas pour autant l’arbre généalogique des Pelletier pour sa prochaine œuvre. « Ce qui va m’intéresser, c’est leurs enfants qui auront 22 ou 23 ans. C’est sur eux que je travaille actuellement pour la série d’après », révèle-t-il.
Une « cousinade » centrée sur la troisième génération des Pelletier, en changeant d’échelle : « je vais faire en sorte que les adversités soient à l’intérieur de la famille, et non plus à l’extérieur », partage l’auteur.
Si la génération des parents fera encore quelques apparitions, leur créateur se réjouit de l’imprévisibilité de leurs vieux jours. « Est-ce que je vais faire de François un vieux con réactionnaire ? Ou au contraire un bon grand-père à la Victor Hugo ? Je ne sais pas du tout. Ça m’amuse beaucoup. »
Dans tous les cas, le rendez-vous est pris pour le prochain siècle.
