S’installer en dehors de Montréal ? Ils l’ont fait

Crédit : Ville de Saint-Constant

L’île de Montréal abrite près de 2 millions d’habitants et sa région métropolitaine plus de 4 millions. Parmi eux, 69 000 Français habiteraient aussi la métropole. Pendant que certains continuent de s’accrocher à Montréal, d’autres préfèrent la déserter : on leur a demandé pourquoi.

Huriye Gunyar a vécu à Montréal avec son conjoint pendant 9 ans et a toujours habité en appartement. “Une location dans Côte des Neiges pendant 5 ans dans un premier temps et puis nous avons acheté un condo dans Ahuntsic il y a 4 ans”, raconte celle qui est depuis peu maman de jumelles.

“Nous avions un grand 5 et demi avec 3 chambres mais cela ne suffisait plus. On a réalisé à quel point nous avions besoin de plus d’espace, de nature et de ne plus avoir à monter trois étages avec deux bébés et une poussette, etc”, explique la jeune femme qui estime que le prix des maisons à Montréal est tout simplement inabordable dès lors qu’on recherche une maison avec un jardin. “Dans mon cas, il me faudrait une grande maison avec jardin et garage. Autant dire mission impossible dans Montréal, à moins d’avoir 700 k $…”.

“Dites-moi où je trouve une maison neuve à Montréal à moins de 450 K et j’achète !”

Elle a donc choisi de déménager à Saint-Constant (à environ 30 minutes de Montréal en voiture) et d’y faire construire une maison dont elle sera l’heureuse propriétaire dès cet automne. “Le choix a été difficile car, pour nous, il était essentiel que notre future propriété soit à proximité de Montréal (aussi bien en transports en commun qu’en voiture), et dans une fourchette de prix abordable. Nous avons trouvé un très bon compromis avec Saint-Constant puisque c’est à moins d’une heure de Montréal et les prix sont encore tout à fait accessibles”, assure l’employée de l’Université de Montréal.

La récente proposition de la Ville de Montréal pour encourager les Montréalais à ne pas quitter pour la banlieue? “Je ne suis pas sûre que cela va inciter les gens à acheter dans Montréal plutôt qu’ailleurs. Ça va juste profiter à ceux qui ont déjà les moyens d’habiter Montréal de sauver quelques milliers de dollars. La famille qui n’a pas les moyens d’habiter en ville n’aura pas davantage les moyens de le faire parce qu’elle aura reçu 5000 ou 15 000 $. (…) Ce n’est pas réaliste, dites-moi où je trouve une maison neuve à Montréal à moins de 450 K et j’achète !”, assure Huryie, triste de devoir quitter Montréal mais consciente des atouts de la vie en banlieue.

Coup de foudre à Sherbrooke

Clara Dyan, quant à elle, a vécu durant 6 ou 7 ans à Montréal en studio mais aussi en colocation dans une maison et puis en appartement. Elle a fréquenté plusieurs quartiers de la métropole, d’Outremont à Jarry en passant par Snowdon et Verdun. Et pour elle, les déclics ont été multiples : la difficulté à trouver du travail et le stress des transports (parfois bondés le matin). “Petit à petit, quand je vivais à Verdun, j’ai aussi réalisé que je ne profitais pas de toute l’activité qu’il y avait autour de moi en ville : musées, salons, événements, etc. Tout simplement parce qu’il y avait de plus en plus de monde et que j’y allais de moins en moins”, raconte la Québécoise d’adoption qui a rapidement constaté que les inconvénients se faisaient plus sentir que les avantages.

sherbrooke
Crédit : Ville de Sherbrooke

Maintenant installée à Sherbrooke (à 1h30 minutes environ en voiture de Montréal) avec son conjoint, elle avoue avoir fait un pari un peu risqué puisqu’elle ne connaissait pas du tout la ville en arrivant. “Mais on connaissait l’Estrie grâce à Place aux Jeunes en Région. Et quand on s’est installés, ça a été le coup de foudre”, confie Clara avant d’ajouter que les maisons y sont deux fois moins chères qu’à Montréal.

Son conseil à celles et ceux qui hésitent à s’installer à Montréal ou ailleurs ? “Installez-vous quelque part où il y a du développement à faire ! Il y a tellement d’endroits au Québec qui cherchent des gens et qui ont beaucoup à offrir : de l’immobilier pas cher, du terrain à construire, de l’espace. Pourquoi se battre pour rester quelque part où tout est saturé ?”

“Il faut aussi suivre le flot de la vie…”

Cécile Lazartigues-Chartier, pour sa part, a vécu presque deux ans à Parc Angus, dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie. C’est lorsqu’elle a eu son deuxième enfant qu’elle a décidé de quitter Montréal. “Les loyers commençaient à augmenter et la qualité de vie était devenue une priorité pour moi”, lance simplement la consultante en interculturel qui vit désormais à l’Ouest de l’île dans une maison, à Dorval. “On est proches du Saint-Laurent, il y a le train, une bonne bibliothèque, beaucoup d’activités culturelles et sportives, de nombreux espaces verts : c’était parfait pour élever une petite famille.”

Crédit : Ville de Dorval
Crédit : Ville de Dorval

D’après elle, la toute proche banlieue de Montréal peut être un excellent compromis si l’on veille bien aux besoins de chacun des membres de la famille. “Il faut faire attention au besoin des parents aussi (sorties culturelles, lieux du travail, etc). Pour nous, cela a été parfait avec nos enfants jusqu’à leur secondaire : une grande maison avec une chambre d’amis pour nos visiteurs et un jardin nous permettant d’avoir un potager modeste. Après, les besoins et les priorités changent !”, confie Cécile qui ne regrette pas un instant son choix. “Il faut aussi suivre le flot de la vie… avec des besoins, des envies et des enjeux différents.”

En mars 2018, le Consulat général de France à Québec précisait que 75% des Français résident à Québec ou dans les communes environnantes. Enfin, les Français relevant de la circonscription de Québec sont répartis entre la Mauricie (6%), la Gaspésie – Bas St Laurent (5,6%), et le Saguenay (5%). À noter qu’aucune donnée de ce type n’est encore disponible sur le site du Consulat général de France à Montréal.