Mikaël Theimer : “Les Montréalais se laissent le droit d’être eux-mêmes”

“Fuir ! là-bas fuir !”, c’est ce qu’a fait Mikaël Theimer en 2008 en quittant Paris pour venir soigner quelques déboires dans les froidures québécoises. Dix ans plus tard, appareil photo en mains, il vole de contrats en projets et a même photographié Christiane Taubira pour Libé.

Il pondère l’enthousiasme : “Je l’ai su la veille, et cela faisait deux ans qu’elle n’avait pas accordé d’entrevue à un média français, j’avais un peu de pression. C’était une expérience intense !” Le résultat est bon puisqu’une photo prise au milieu d’un shooting qui ne durera pas plus de 50 secondes, fait la Une du quotidien français.

Mais c’est de Montréal que Mikaël parle. “Après HEC Montréal, j’ai été stratège de médias sociaux et fait du branding de marque, mais j’ai démissionné. Je me suis donné un an pour essayer de trouver ce que j’allais faire du reste de ma vie et je suis devenu photographe.” La première chose qu’il a créé avec des amis : le blog portraits de Montréal.

J’adorais Humans of new york. Mais je me demandais si je serais capable de parler à des inconnus et d’écouter leurs histoires.” Le succès est au tournant, les médias et le public s’emparent du projet. “L’appareil photo est une baguette magique pour se faire ouvrir toutes les portes à partir du moment où on est sincère”, explique celui qui cherche avant tout à ce que “les gens sortent de leurs bulles. L’inconnu est quelqu’un avec lequel tu penses n’avoir aucun lien. Il est sur ton chemin, point final. J’espère contribuer à inspirer les gens à regarder davantage autour d’eux.”

Les gens donc, les Montréalais, qu’il a du mal à définir. Comme on le pousse à trouver une définition, il lâche : “Ils se laissent le droit d’être eux-mêmes. Il y a une acceptation de l’autre tel qu’il est. Les Tam-Tams du Mont Royal, c’est un exemple parfait. Des familles viennent pique-niquer à côté des bandes de jeunes qui viennent fumer du pot et manger un barbecue. Il y a ceux qui viennent jongler, ceux qui viennent combattre à l’épée… et tout le monde s’entend bien ! Je n’ai jamais vu ça ailleurs.”

À l’automne 2016, Mikaël Theimer avait commencé un clip vidéo sur les jeunes punks habillés par la musique de Devilish folk du groupe The Damn Truth. Le tournage a repris il y a peu, un projet qui lui tient à cœur pour parler de “ces reclus de la société qu’on prend pour des gens un peu violents alors que ce sont des gens super doux.”

La photo ou la vidéo comme démarche humaniste, et comme outil qui lui permet de “garder l’esprit et les yeux ouverts. On passe à côté de tellement de choses qui sont, a priori, insignifiantes et qui pourtant font toute la beauté de l’existence.” Des journées pleines de petits moments que Mikaël réussit à capter pour augmenter les siennes. Et aussi les nôtres.

Pour découvrir le travail de Mikael Theimer, c’est par ici.