Quand Romain Louge arrive à Buffalo (New York) en 2007, il n’a rien d’un futur prêtre. Il est étudiant en école d’ingénieur, en dernière année. Il est rationnel, brillant, promis à une carrière confortable. Et il a décidé de partir à l’étranger pour une année d’étude. Comme beaucoup de jeunes Français, il aspire à changer d’air, voir autre chose, et prendre de la distance.
À Buffalo, Romain ne se contente pas d’assister aux cours. Comme il l’a toujours fait lorsqu’il était étudiant, il pousse la porte de l’aumônerie du campus. Mais ce qu’il y découvre dépasse largement ce qu’il connaissait en France.
La paroisse étudiante est un lieu vivant, ouvert, traversé en permanence par des étudiants. Father Pat, l’aumônier principal, l’accueille immédiatement et avec enthousiasme. Father Pat aime la France, il aime discuter, recevoir, créer du lien. Très vite, il lui présente Father Jack, curé de la paroisse. Avec eux, Romain découvre une manière d’être prêtre profondément incarnée : présente dans le quotidien des étudiants, attentive, joyeuse, sans posture ni distance.
Ces prêtres ne lui parlent pas de vocation. Ils ne posent pas de grandes questions. Ils l’invitent à dîner, l’intègrent, lui donnent une place. Et c’est précisément dans cette absence de pression que quelque chose s’ouvre.
Les signes d’une vocation
Parallèlement, Romain rassemble autour de lui un petit groupe de Français et de francophones rencontrés sur le campus. Ils vivent à quelques rues les uns des autres, partagent la même expatriation, les mêmes repères brouillés. Chaque lundi soir, Romain cuisine pour eux. De vrais repas, pensés, préparés, presque ritualisés. On parle français, on rit, on se raconte la semaine, on partage aussi les doutes et les solitudes.
Avec le recul, ces soirées prennent une autre dimension. Elles disent déjà quelque chose de la place que Romain occupe naturellement : celle de celui qui rassemble, qui accueille, qui crée un espace où l’on peut être soi-même. À l’époque, personne (pas même lui) n’y voit un signe. Mais ces moments simples, presque anodins, vont s’ancrer profondément dans son chemin. C’est pourtant dans cet entrelacement très concret – une paroisse étudiante américaine ouverte, des prêtres disponibles, un cercle d’amitiés sincères autour d’une table – que s’opère un déplacement intérieur. Et une question insistante : quelle vie ai-je vraiment envie de mener ?
Un non qui va tout changer
La réponse ne vient pas sous forme mystique, mais dans un bureau de laboratoire. À la fin de l’année universitaire, son directeur de recherche lui propose de poursuivre en thèse, avec un financement à la clé.
Une belle opportunité que Romain refuse. Des mots clairs qui sortent de sa bouche et le surprennent un peu. Un non ferme, qui lui confirme que sa décision est déjà prise : il sera prêtre.
De retour en France, il entre au séminaire d’Aix-en-Provence et sera ordonné prêtre en 2015. Son parcours le mènera ensuite à Jérusalem, Rome, Lyon, jusqu’à devenir spécialiste de théologie arabe et des relations islamo-chrétiennes. Aujourd’hui, il est prêtre à Marseille.
Dans cet épisode de French Expat, Romain Louge raconte comment l’éloignement, la vie sur un campus américain et les rencontres faites à Buffalo ont rendu possible une décision qu’il n’aurait peut-être pas prise ailleurs.
🎧 Son histoire est à écouter dans French Expat, le podcast de celles et ceux qui vivent loin de chez eux.
French Expat est un podcast de French Morning qui raconte les parcours de vie des Français établis hors de France. Retrouvez-le sur toutes les plateformes d’écoute : Spotify, Apple Podcast, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Amazon Music. Cet épisode est raconté, produit et réalisé par Anne-Fleur Andrle, habillé et mixé par Alice Krief.
