Elle est d’abord chanteuse, musicienne et DJ. Depuis peu, elle est aussi romancière. Julia Lanoë, plus connue sous le nom puissant de Rebeka Warrior, a traversé l’Atlantique pour venir à la rencontre du public montréalais. Une venue marquée à la fois par la musique, la discussion et la littérature, autour de son premier roman Toutes les vies.
Vendredi dernier, à la veille d’un concert au MTelus avec KOMPROMAT (son duo avec le compositeur Vitalic), l’artiste était invitée à la librairie L’Euguélionne pour présenter son livre lors d’une causerie suivie d’une séance de dédicace. Quoi de plus naturel que ce bastion féministe montréalais pour accueillir Rebeka Warrior, figure engagée de la scène artistique lesbienne française.
Un premier roman coup de poing
Avec Toutes les vies (2025, Éditions Stock), Julia Lanoë s’est lancée dans la littérature la tête la première. Un pari réussi : le roman a été sacré prix de Flore 2025, une distinction fondée en 1994 par Frédéric Beigbeder et la responsable de la communication du mythique Café de Flore, à Paris. Ce prix célèbre de nouveaux auteurs à la voix singulière. À la clé, plusieurs milliers d’euros… et un verre quotidien de Pouilly-Fumé au Café de Flore pendant un an.
Dans ce premier roman, Rebeka Warrior raconte son passage d’amante à aidante, l’histoire d’un couple confronté à la maladie. À travers cette autofiction, elle revient sur les dernières années passées auprès de sa compagne Pauline, emportée par un cancer du sein après un long combat.
Amour, soutien, doute, espoir, rechute, deuil.
Un récit qui brouille volontairement la frontière entre le réel et la fiction.
Un texte qui montre la puissance de la littérature pour continuer à vivre après la perte d’un être cher.
Son écriture est profondément marquée par son parcours musical, de Sexy Sushi à Mansfield.TYA, jusqu’au projet KOMPROMAT, actuellement en tournée. Un style rythmé, presque musical, qui fait sentir qu’elle vit les mots autant qu’elle les écrit.
Un écho de l’autre côté de l’Atlantique
Julia, alias Rebeka, ne cache pas son émotion en voyant son premier roman toucher un public québécois :
« Je suis honorée. Je ne pensais pas que mon livre aurait une telle résonance. »
Avant d’être romancière, Rebeka Warrior est une chanteuse, compositrice et DJ qui a foulé les scènes québécoises à de nombreuses reprises. Elle confie d’ailleurs, non sans humour, ce qu’elle apprécie particulièrement dans la province : Jean Coutu. Les pharmacies… ou l’homme derrière l’empire ? Elle seule le sait.
Mais sa rencontre avec le public montréalais a fait émerger un constat plus sombre. En échangeant avec le public, l’autrice s’est dite peinée de constater que les difficultés rencontrées en France se retrouvent ici aussi : « les problèmes que j’ai pu rencontrer en France avec l’hôpital, les soins palliatifs et l’accompagnement au deuil sont exactement les mêmes qu’au Canada ».
Inspirations musicales
Côté musique du Canada, Julia Lanoë confie son admiration pour la musicienne Marie Davidson.
Dans un autre style, elle surprend aussi avec une autre référence bien d’ici: « Vous allez me trouver chelou mais j’écoute depuis des années un chanteur canadien du nom de Normand L’Amour », confie l’artiste, qui le considère comme un grand poète et une source d’inspiration.
Et après ?
Face au succès de ce premier roman, une chose est sûre : l’écriture ne fait que commencer. Julia Lanoë promet de s’y remettre dès la fin de sa tournée avec KOMPROMAT.
La suite s’écrira peut-être sur scène, peut-être dans un livre. Sans doute les deux.
Pour accompagner la lecture de Toutes les vies, l’autrice invite aussi à se laisser porter par sa chanson qui porte le même nom, prolongeant ainsi le dialogue entre musique et littérature.
