Maxime Buathier (San Francisco): Accepter d’être « femme de » et de mettre sa carrière en pause

Maxime Buathier (San Francisco): Accepter d’être « femme de » et de mettre sa carrière en pause

Par Leila Lamnaouer / Le 20 janvier 2026 / Podcast

Lorsque Maxime Buathier s’installe à San Francisco à l’été 2025 avec son mari et leurs deux enfants, elle ne part pas à l’aveugle. Elle sait qu’elle ne travaillera pas. Elle sait que son visa ne lui donnera aucun droit professionnel. Elle sait aussi qu’en suivant son conjoint, elle accepte de mettre sa carrière entre parenthèses. Ce qu’elle n’avait pas mesuré, en revanche, c’est le degré de dépendance que cette expatriation allait lui imposer : juridiquement, économiquement et psychologiquement.

Journaliste de formation, Maxime venait pourtant de retrouver une stabilité en France après plusieurs années éprouvantes. Une rupture professionnelle brutale, une grossesse imprévue, un congé maternité vécu comme une mise à l’arrêt forcée, puis un poste stable enfin décroché dans une entreprise qui lui plaisait et s’accordait avec la vie de famille. Tout était en place. La vie n’était pas simple, mais elle était équilibrée.

Dix ans de rêve et l’opportunité

Et puis le poste s’ouvre. San Francisco. L’opportunité que son mari attend depuis près de dix ans. Le genre de chance qui ne se présente qu’une fois. La décision est rapide. En quatre mois, ils déménagent toute leur vie, mettent leur maison en location, vendent l’essentiel de leurs affaires, organisent visas, écoles, départ. Experte en to-do lists, Maxime gère la logistique, l’intendance, les enfants, tout en continuant à travailler jusqu’au dernier jour. Elle avance en mode automatique, portée par l’adrénaline. Le temps de réfléchir viendra plus tard.

À son arrivée aux États-Unis, Maxime découvre très concrètement ce que signifie être « conjointe de ». Sur son visa, un seul mot apparaît : spouse (épouse), suivi du nom de son mari. Elle n’a pas de droit de travailler, pas de numéro de sécurité sociale, et donc pas d’existence administrative autonome. Lorsqu’elle se rend dans une administration américaine en pensant pouvoir obtenir un numéro comme tout le monde, la réponse est nette : elle n’y a pas droit. Elle ne travaille pas, donc elle n’existe pas juridiquement comme individu économique. Elle sort en larmes. « Tout me renvoyait à cette idée : sans lui, je ne suis rien ici », raconte-t-elle.

La dépendance financière, puis la culpabilité

Pour la première fois de sa vie, Maxime n’a aucun revenu. Pas de salaire. Pas d’allocation. Rien. Elle qui a toujours travaillé, toujours cotisé, toujours gagné sa propre indépendance financière, se retrouve dépendante du salaire de son mari.

Maxime ne se présente pas comme une victime. Elle l’a choisi. Elle assume le privilège de pouvoir vivre aux États-Unis, quand beaucoup en rêvent sans jamais y accéder. Mais elle reconnaît aujourd’hui ne pas avoir anticipé l’impact identitaire de cette décision. Ce choix, elle l’a fait aussi pour ses enfants. Son moteur principal, c’était eux. Leur offrir le bilinguisme. Leur donner cette facilité-là pour la vie. Ce cadeau qu’elle-même n’a jamais eu, et qui l’a longtemps freinée professionnellement.

Une réalité largement partagée par les femmes expatriées

En échangeant avec d’autres expatriées, Maxime comprend que son histoire n’est pas une exception. Dans la majorité des cas, ce sont encore les femmes qui mettent leur carrière entre parenthèses pour permettre la mobilité professionnelle du conjoint. Et même lorsque le permis de travail existe, beaucoup finissent par ne pas travailler. Le coût des gardes, l’absence d’aides publiques, les horaires scolaires rendent l’équation économiquement absurde. Travailler devient parfois un luxe réservé à celles qui gagnent très bien leur vie.

Pour ne pas se perdre complètement, Maxime crée un espace d’échange en ligne. Un lieu pour parler, écouter, comprendre, mettre des mots sur ce que vivent tant de femmes expatriées. Peu à peu, elle cesse de voir cette période uniquement comme une régression. Elle commence à l’envisager comme une pause imposée, mais peut-être féconde. « Peut-être que l’enjeu, ce n’est pas de nier ce sacrifice, mais de lui donner un sens pour moi aussi. »

Dans le dernier épisode du podcast French Expat, Maxime raconte sans filtre ce que signifie être conjointe suiveuse aujourd’hui : la dépendance juridique, la dépendance financière, le travail invisible, la maternité à plein temps, et la lente reconquête de soi.

🎧 Son histoire est à écouter dans French Expat, le podcast de celles et ceux qui vivent loin de chez eux.

French Expat est un podcast de French Morning qui raconte les parcours de vie des Français établis hors de France. Retrouvez-le sur toutes les plateformes d’écoute : SpotifyApple PodcastDeezerGoogle PodcastPodcast AddictAmazon Music. Cet épisode est raconté, produit et réalisé par Anne-Fleur Andrle, habillé et mixé par Alice Krief.

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