Encore sonné par l’annulation de sa tournée américaine – faute de visas accordés à son équipe, mais porté par le succès d’une série de 120 concerts, dont 75 Zéniths à guichet fermé, Julien Doré s’apprête à retrouver son public québécois. Deux concerts à Montréal et Québec, attendus comme une respiration dans une tournée hors norme, et qui auront, pour lui, une saveur toute particulière.
Retour à l’essentiel, loin des Zéniths
Depuis plus d’un an, Julien Doré enchaîne les spectacles grandioses. Baleines gonflables survolant la foule, entrée en scène surgissant du sol, scénographie millimétrée : chaque détail est pensé pour créer une expérience immersive et difficile à oublier.
Un travail colossal qu’il pilote lui-même. L’artiste confie consacrer aujourd’hui bien plus de temps à imaginer ses mises en scène qu’à répéter ses chansons, évoquant « un tunnel créatif bien plus laborieux que la musique elle-même ».
Après une année de « démesure », place à des salles plus intimistes pour ses dates québécoises : l’Olympia de Montréal le 29 avril et le Théâtre Capitole de Québec le lendemain.
Un retour à ses premiers amours, qu’il attend avec impatience : « Je veux essayer de retrouver cette énergie, celle de l’intime, celle où tout se voit, où tout se ressent, des lieux qui n’ont pas besoin de poudre aux yeux. »
Un lien discret, mais bien réel avec le Québec
Le Québec n’est pas un territoire inconnu pour Julien Doré. Il y a fait ses premières armes au début de sa carrière, même s’il regrette de ne pas y avoir tissé un lien plus régulier.
Impossible aussi de ne pas évoquer sa collaboration avec Cœur de Pirate. Leur duo Pour un infidèle a tourné en boucle sur les ondes à la fin des années 2000, marquant toute une génération.
Sur scène, les fans espèrent aussi entendre Winnipeg, un morceau né de cette rencontre : « C’est une chanson qui est née de ma rencontre avec Béatrice (Cœur de Pirate). Ce titre a toujours voyagé dans mes 18 années de chemins musicaux. »
Le rêve américain stoppé net
L’enthousiasme autour de sa tournée nord-américaine s’est brusquement heurté à un mur. Faute de visas accordés à son équipe technique par l’administration américaine, Julien Doré a dû annuler ses dates aux États-Unis.
Un choix qu’il n’a jamais remis en question, malgré sa déception : « À aucun moment je me suis posé la question de faire autrement, je n’allais pas vivre ce voyage musical sans eux. Ce n’était pas possible. »
Au-delà de l’annulation, il y a aussi des pertes financières importantes. Mais surtout, une grande incompréhension face à la situation.
« On ne fait que de la musique, c’est pas grand-chose. Il n’ y a rien de dangereux là-dedans. »
Dans un contexte international difficile, il rappelle l’importance essentielle de la culture. La musique, comme toute forme d’art, devrait selon lui rester un refuge, un espace pour souffler et se faire du bien. « C’est fou que ce soit devenu aussi lourd de pouvoir venir rendre les gens heureux pendant deux heures », déplore-t-il.
Le piège de l’imaginaire américain
Avec le recul, Julien Doré reconnaît que sa communication était très tournée vers les États-Unis. En mettant de l’avant ses dates américaines, il estime avoir peut-être, sans le vouloir, laissé le Québec en arrière-plan.
Entre imaginaire cinématographique et esthétique assumée – chapeau de cowboy sur la tête – il s’est laissé porter par une symbolique forte, celle du rêve américain. Une direction artistique qui, avec le blocage administratif, a pris une tournure inattendue.
« Je m’en suis voulu de communiquer d’une façon très américaine », confie-t-il en cherchant ses mots. Face à cette réalité, ses deux concerts québécois prennent aujourd’hui une dimension encore plus forte. Une forme de recentrage, comme un retour forcé à l’essentiel.
Un besoin de souffler
Cette tournée québécoise marque la fin d’un cycle intense pour Julien Doré. Après plus d’un an sur les routes, l’artiste prévoit de s’arrêter, de ralentir et de retrouver sa vie dans les Cévennes, auprès de sa famille.
Ces pauses sont, selon lui, indispensables. Il se méfie des projets qui s’étirent trop longtemps et préfère préserver ces moments de retrait, essentiels à son équilibre créatif.
Après ce qu’il décrit comme la tournée « la plus gigantesque de [sa] vie », il ressent le besoin de redescendre.
Dans ce moment charnière, le Québec arrive comme une bouffée d’air : « Avec mon équipe, on voit ce voyage vers le Québec comme quelque chose de très joyeux, de libérateur, qui va nous faire du bien, nous aider un petit peu à souffler. »

