Grève des transports en France : « On sait déjà que ça va être la galère »

Le mouvement social entamé en France le 5 décembre, et qui perturbe notamment les déplacements en train et en métro, a des répercussions jusqu’au Québec. Beaucoup de Français installés dans la Belle Province qui prévoient de rentrer dans les prochains jours doivent appréhender ce voyage avec le stress de « rester en rade » dans la capitale. Depuis Montréal, ils s’organisent. Témoignages.

Les cadeaux du père Noël québécois arriveront-ils à l’heure sous les sapins français ? Alors que le mouvement social contre la réforme des retraites se poursuit en France, paralysant de nombreux services et en particulier celui des transports (trains, avions, métros…), les familles françaises installées au Québec, qui ont prévu de rentrer dans leur pays natal pour les fêtes, s’inquiètent. « C’est assez stressant. Parce qu’on paye chers ces billets, que c’est toute une organisation et qu’on ne veut pas rester coincés à Paris, ni devoir payer un hôtel ! », raconte Anna, dont l’envol est prévu ce mercredi pour Roissy Charles de Gaule. Par contre, le train devant l’emmener en Provence a été supprimé. « Mes amis qui vivent à Paris me disent que c’est vraiment super compliqué de se déplacer, que les gens se battent pour rentrer dans le peu de métros qui circulent. Avec mes enfants et les valises en plus, vous imaginez ! »
Pour être certain d’arriver à bon port, ce couple a finalement craqué. Pas question d’atterrir dans la ville de la Tour Eiffel sans pouvoir en repartir vers Toulouse. Alors Stéphane et Virginie, jeunes parents de deux enfants, ont modifié leurs réservations. Ils ont annulé les deux journées de tourisme prévues à Paris. « On a pris un billet pour aller directement à Toulouse, mais on part avec trois jours de retard par rapport à notre organisation initiale et on a dû payer un peu plus », témoigne la maman, très agacée.

(Lire la suite sous l\'encart)

Sandra, elle, devait partir lundi de Montréal et arriver mardi en France, jour de la « grande  manifestation ». En fin de semaine dernière, elle a choisi de modifier sa réservation : « J’ai appelé la compagnie qui a confirmé que ma correspondance en avion ne serait pas assurée. Tout était bloqué à Orly. J’ai changé mon billet, ça ne m’a rient coûté mais je suis partie deux jours plus tôt car tous les vols étaient complets ! »

Un plan de la SNCF pour les fêtes
La nouvelle démonstration de force, mardi 17 novembre, dans les rues de France, n’a pas rassuré les expatriés sur le départ. Même si, du côté de la SNCF, on assure que « chaque personne ayant un billet pour voyager avant le 25 trouvera une solution », dans les faits, c’est plus laborieux. « J’ai reçu un message me proposant d’échanger mon billet gratuitement puisque mon train était annulé, peste Aurélie, mais impossible d’aller au bout de l’échange, la plateforme est saturée ! » Après quatre tentatives vaines, elle s’est décidée à racheter de nouveaux billets pour quelques 200 euros et se fera rembourser la réservation initiale… de 133 euros. « En réalité, j’espère bien obtenir un remboursement de 200 euros ! J’ai les preuves, j’irai grogner au guichet s’il le faut ! » reprend cette maman qui s’interroge encore sur les moyens de transports pour rejoindre la gare de Lyon. « Quand on regarde les infos, c’est assez angoissant. Les quelques métros qui circulent sont pris d’assaut, les gens sont fous. »
L’option du taxi ? « Il faut prévoir une sacrée somme, déclare Arnaud, déjà arrivé en sol français. Comme il n’y a pas de métro, les taxis sont très demandés mais surtout ils n’avancent pas, il y a trop de bouchons dans Paris, donc ça coûte vraiment cher. Pareil avec les Uber. »

Pour autant, inimaginable de renoncer au voyage pour les fêtes. « Nous avons acheté les billets il y a plusieurs mois, Noël, on le passe en famille, on ne va pas annuler ! » explique David. Même si ce retour, il le sait déjà, s’annonce « galère ». « J’ai trois heures pour faire le trajet entre l’aéroport d’Orly et la gare de Lyon, et le RER ne fonctionne pas. J’espère trouver un taxi et je croise les doigts pour que ce ne soit pas trop embouteillé ! »

Antoine a lui opté pour le covoiturage afin d’être certain d’arriver en Bretagne, en découvrant que son train était supprimé, au départ de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle.

La SNCF a annoncé mardi son plan de bataille pour les journées du 19 au 22 décembre, qui marquent le début des vacances de Noël en France : “Entre 50% et 60% des TGV vont circuler ce week-end”, assure la compagnie.

Suspens pour le retour

Certains Français, plus expérimentés, ont d’autres solutions : « Éviter Paris ! », affirme tout simplement Magali Henry : « Lyon, Francfort… Il y a de nombreuses autres alternatives. » Tout comme Bob, qui rentre à Nantes via Amsterdam, ou encore Sébatien qui passe par Barcelone, mais cela ne règle pas forcément le problème de la liaison en train… D’ailleurs, une nouvelle problématique risque de se présenter : une fois arrivées sur place et on l’espère en temps et en heure, toutes ces familles devront aussi restées sur le qui-vive si la mobilisation sociale persiste. Le même problème se posera pour le retour.

Dans ce contexte, Anne-Marie et Alain Tremblay, un couple de cinquantenaires, appréhendent avec inquiétude leur premier voyage en France. « C’est un cadeau de nos enfants. Nous voulions voir Paris illuminé, mais on s’inquiète vraiment. J’espère qu’on va pouvoir profiter de ce séjour », confie la Québécoise.

Marie, de son côté, sourit. Installée depuis plus de dix ans à Montréal, elle ne rentre plus en France pour Noël. « Trop cher, trop de monde, trop d’organisation », réagit celle qui préfère la tranquillité et les prix des mois de janvier et février.

Publicité