Les Basses Œuvres : la fresque mafieuse sans filtre d’Eldiablo

Les Basses Œuvres : la fresque mafieuse sans filtre d’Eldiablo

Par Carla Geib / Le 6 mai 2026 / Culture

Des gangsters, une stripteaseuse, un flic et un justicier raté. Une famille mafieuse qui s’effondre dans une petite ville paumée du nord de la Californie. Des personnages guidés par leurs instincts les plus primaires. Avec Les Basses Œuvres, une dense fresque de 440 pages co-créée avec Nico Gems, Eldiablo ne fait pas dans la dentelle, et on ne s’attendait pas à autre chose de sa part.

Co-créateur de la franchise Lascars et des Kassos, il explore depuis la fin des années 1990 des univers bruts, sans vernis, où les dialogues claquent et les situations dérapent vite. 

Installé à Montréal depuis 11 ans, l’artiste de 54 ans a quitté la France autour de la quarantaine pour nourrir son imaginaire et offrir un cadre de vie plus stable à ses quatre filles. S’il continue de travailler avec la France, il s’est aussi ancré ici. Il collabore notamment avec L’Itinéraire, pour lequel il dessine chaque mois une planche inspirée du quotidien montréalais.

Nous l’avons rencontré juste avant la sortie des Basses Œuvres.

Une BD née sur téléphone

À l’origine, Les Basses Œuvres n’était pas pensée pour le papier. Le projet démarre en webtoon, ce format de bande dessinée conçu pour être lu verticalement sur écran. Eldiablo construit son récit au fil de l’eau, sans connaître la fin. Une méthode qui rappelle celle de Charles Dickens, qui publiait ses romans en feuilleton.

Mais comme le webtoon peine encore à trouver son public en France, le projet aurait pu rester dans les limbes. C’est finalement l’éditeur Adrien Vinay, des Humanoïdes Associés, qui décide de lui donner une seconde vie sur papier.

Adapter ce format vertical en livre n’a rien d’anodin. Le dessinateur Nico Gems (Nicolas Gemoets) a dû repenser entièrement la narration et le découpage. Résultat : une brique de 440 pages, découpée en 24 chapitres, qui se lit pourtant avec une fluidité surprenante. Derrière l’épaisseur, il y a surtout un rythme. Une BD que l’auteur décrit lui-même comme « popcorn », difficile à lâcher une fois commencée.

Une chronique mafieuse sous tension

Eldiablo parle de son œuvre comme d’une « chronique mafieuse ». Il y raconte la chute d’un clan dans une ville oubliée, loin des clichés glamour. Ici, pas de romantisme. L’auteur revendique au contraire un humour trash et une violence frontale : « Ça se tire dessus dans tous les sens, c’est super violent, vulgaire et ça parle mal. Mais moi c’est ce que j’aime. C’est ma signature à moi. »

Au cœur du récit, une obsession : montrer « l’animalité de l’humain ». Dans son écriture, Eldiablo met en scène ce qu’il appelle le « zoo humain », où les personnages agissent avant tout par instinct : survivre, protéger, attaquer. 

Entre Snatch, Fargo et Pulp Fiction

Très influencé par le cinéma, Eldiablo imagine Les Basses Œuvres comme un croisement entre Snatch, les films de Quentin Tarantino et ceux des frères Coen. On y retrouve ce mélange de violence brute, de dialogues affûtés et de situations absurdes qui basculent en une seconde. Un univers tendu, mais jamais plombant, où l’humour ne se tient jamais loin.

Du papier… à l’écran ?

Pour Eldiablo, le format importe peu, tant que l’histoire circule. Habitué aux adaptations, il reste ouvert à toutes les possibilités : « Si demain une boîte me dit “tiens on va en faire un film”, bingo, allons-y ! »Et l’idée n’a rien de farfelu. Avec son rythme nerveux et son univers très visuel, Les Basses œuvres a déjà tout d’un scénario prêt à tourner.

Titre : Les Basses Oeuvres
Auteurs : Eldiablo au scénario, Nico Gems au dessin
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Pages : 440

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