À Montréal, une Française à la tête d’une “Tribbu” pas comme les autres

Dans son appartement montréalais transformé en atelier, Marine Picouet, une Lilloise de 36 ans, s’affaire autant qu’un lutin de Noël. On y trouve de la laine, du bois, du papier, des cahiers et même une imprimante 3D. Sur place, elle tricote, coud, garnit, imprime, découpe, modélise : elle se charge de tout ce dont sa petite Tribbu a besoin.

“Une bande d’animaux pas comme les autres, en laine et bois, qui voyagent, nez au vent, dans leur bento en amidon de maïs !”. C’est en ces termes qu’elle définit elle-même les jouets qu’elle fabrique et vend à Montréal : 12 personnages, 4 véhicules, et bientôt un traîneau. Après un passage aux Beaux-Arts de Reims, c’est à Paris qu’elle a commencé à exercer son activité en tant que designer indépendante pendant une dizaine d’années. Du mobilier urbain en passant par les arts de la table et l’horlogerie, elle a plus d’une corde à son arc.

Installée à Montréal depuis 2017 avec son partenaire et ses deux enfants, elle vit de son art comme elle l’entend et n’est pas là par hasard. “On a toujours bien aimé Montréal ! Comparé à Paris, c’est doux ici. Il y a de la place, moins de monde, etc. C’est une ville dans laquelle on se sent bien et puis… on y parle français !”, raconte Marine qui envie certains québécois de manier aussi bien la langue de Shakespeare que la langue de Molière. “Pour nous, il n’était pas question non plus d’avoir un visa de travail rattaché à un poste puisqu’on ne voulait pas de poste ! (rires) Il nous fallait un pays comme le Canada qui accepte de nous donner la résidence permanente sans l’obligation d’avoir un emploi”, raconte la travailleuse autonome qui a attendu trois ans pour décrocher sa résidence permanente depuis la France.

Voyager dans une maison

Entre temps, elle a quitté le milieu du design pour découvrir celui de la pâtisserie en suivant un CAP d’un an pour adultes à Paris. À l’issue de sa formation, après avoir presque décroché un job chez Pierre Hermé, elle obtient sa résidence permanente. “J’ai un peu hésité à partir, c’est sûr, mais il fallait se lancer”, se souvient celle qui a donné naissance à sa Tribbu en arrivant à Montréal, abandonnant au passage ses envies de pâtisserie. “J’ai voulu faire un calendrier de l’avent pour mes filles en faisant tout moi-même de A à Z ! Je ne voulais pas insérer des choses déjà fabriquées dans un objet que je fabriquais”, explique la perfectionniste. C’est à ce moment-là qu’elle a commencé à imaginer des animaux, une boîte… Son idée ? “Fabriquer une petit famille de personnages qui rentrent dans une boîte, qui voyagent. Peut-être parce que c’est ce que je vivais avec ma famille au final ! Il faudrait faire une post-analyse une peu poussée de mon concept (rires)”, qui adore l’idée de voyager dans une maison.

Si elle a commencé par utiliser de l’amidon de maïs pour donner vie à ses créations, rapidement elle s’est mise à tester des matériaux plus résistants. En vain. Et pour cause. “Je ne peux pas fabriquer un objet chez moi avec un produit où il est écrit de bien aérer quand tu l’utilises ! Ça ne fait pas de sens. Ni pour moi ni pour les enfants qui pourraient jouer avec”, raconte Marine, soucieuse d’avoir une production locale et éco responsable. Une démarche qui, malgré tout, joue parfois contre elle. Trop beau pour être vrai : l’apparence de cet amidon de maïs, qui n’a pas l’aspect d’une matière recyclable, rappelle celle du plastique et fait fuir les clients. “Il va falloir que je perfectionne ma communication sur le sujet. Parce que je choisis mes matériaux pour leurs qualités esthétiques, environnementales et sécuritaires. Ils sont sains pour ceux et celles qui vont jouer avec, mais aussi sains pour moi qui les fabrique. Il faut que les gens le sachent”, raconte la Française qui produit des jouets sur-mesure, à la demande des clients et des préférences des enfants.

Pour la suite, la designer se prend parfois à rêver qu’elle possède une mini usine de fabrication. “Par exemple, il y a des machines qui récupèrent du plastique pour en faire du fil, c’est génial !”, lance celle qui a gardé une âme d’enfant et que vous pourrez croiser sur les nombreux marchés de Noël de Montréal.