Géraldine Martin, la Française qui stimule l’entrepreneuriat à Montréal

Géraldine Martin. Crédit : Isabelle Delorme

L’ancienne rédactrice en chef du journal Les Affaires a pris en 2016 la direction de l’entrepreneuriat de la ville de Montréal. Elle nous parle de ses projets et nous livre quelques clés pour lancer son entreprise à Montréal dans les meilleures conditions.

Sa mission ? Developper des stratégies et des actions pour stimuler la création et la croissance des entreprises à Montréal. “99% des entreprises de la région administrative de Montréal sont des PME et plus de 50% d’entre elles sont composées de moins de 4 employés” explique Géraldine Martin, qui s’appuie notamment sur le réseau PME MTL financé par la ville. Il faut donc soutenir la création d’entreprises et aider les PME à prendre de l’ampleur.

Pour cela, la ville de Montréal dispose de moyens importants. Le service du développement économique (auquel la direction de la Française est rattachée), vient de dévoiler son cadre stratégique au budget de 360 millions de dollars, alloué par le gouvernement québécois et la ville de Montréal jusqu’en 2022. 5 secteurs stratégiques ont été identifiés (comprenant notamment l’industrie numérique et les technologies propres), ainsi que 5 orientations (y compris stimuler l’entrepreneuriat et propulser Montréal à l’international) et 8 plans d’actions (dont un plan dédié à l’entrepreneuriat).

A l’aide de ce plan, Géraldine Martin compte bien relever les enjeux entrepreneuriaux auquel Montréal sera confrontée ces prochaines années, en particulier en termes de croissance et de relève. “10.000 PME québécoises (soit près de 30% des entreprises) pourraient fermer leurs portes d’ici 2024 si elles ne trouvent pas de relève adéquate” commente la Française. Par ailleurs, la fibre entrepreneuriale est très présente à Montréal et mérite d’être encouragée : “26% des adultes montréalais songent à se lancer en affaires, mais ceux qui font réellement les démarches ne sont que 12%“, précise-t-elle. A noter que pour les immigrants, l’intention d’entreprendre s’élève à 38,5% et les démarches à 17,2%, un bon score.

Pour stimuler l’entrepreneuriat, Géraldine Martin et son équipe développent et soutiennent des actions permettant aux entrepreneurs de se tisser un réseau et de bénéficier d’un appui financier. En 2018, elle a soutenu financièrement le premier Expo Entrepreneurs, inspiré du Salon des Entrepreneurs parisien. “Je me suis demandée pourquoi nous n’avions pas au Québec un tel évènement qui réunit tout l’écosystème entrepreneurial au service de ceux qui veulent se lancer” se rappelle la Française qui s’est rendue à Paris pour s’inspirer de cet outil. Le salon montréalais reviendra pour une deuxième édition fin janvier 2019. Autre exemple d’action concrète : la direction de l’entrepreneuriat s’apprête à lancer un nouveau programme d’aide à la commercialisation permettant à des entrepreneurs de secteurs prioritaires de bénéficier de prêts à un taux attrayant.

Géraldine Martin connait bien le monde des entreprises et des affaires. C’est sans travail mais avec un magistère de banque-finance à l’Université Paris II Assas et une première expérience à l’agence Bloomberg de Paris qu’elle s’est envolée en 2000 pour le Québec avec son conjoint.  Dans sa poche, un numéro de téléphone qui s’avérera déterminant : celui de Florian Sauvageau, professeur de journalisme à l’Université de Laval. De fil en aiguille, Géraldine Martin va gravir les échelons dans l’univers de la presse montréalaise, de pigiste à recherchiste, chroniqueuse puis journaliste pour différents médias (Les Affaires, Infopresse, Radio Canada, Le Journal de MontréalRue Frontenac). En 2013, à la suite d’un départ, le groupe Les Affaires lui propose très vite le poste de rédactrice en chef. “Il ne faut pas réfléchir dans ces cas là, commente-t-elle. J’ai dit oui et j’ai réfléchi après !“.

Lorsqu’elle est approchée en 2016 par la ville de Montréal pour une création de poste à la direction de l’entrepreneuriat, elle voit cette opportunité comme une continuité dans sa carrière. “C’est le prolongement de ma mission qui a été d’outiller ou inspirer les entrepreneurs, confie-t-elle. Avant je le faisais en racontant des histoires. Je peux continuer de le faire autrement, de manière encore plus concrète en mettant en place des projets, des stratégies, des programmes financiers” explique-t-elle.

Forte de sa propre expérience de migrante au Québec et de sa connaissance fine de l’entreprise et des affaires, Géraldine Martin nous explique quels éléments attirent le plus  les entrepreneurs français dans la région : “La qualité de vie, surtout pour la génération des plus jeunes  qui y accordent beaucoup d’importance (…), analyse-t-elle. D’un point de vue plus business, c’est une porte d’entrée sur l’Amérique”. Elle souligne également “la force de certaines disciplines au Québec : intelligence artificielle, jeux vidéo, industrie créative et culturelle…”.

Ses conseils à nos lecteurs tentés par l’aventure entrepreneuriale à Montréal ? “Allez bâtir votre réseau : allez dans les 5 à 7, inscrivez-vous dans les chambres de commerce, n’hésitez pas à vous faire mentorer et cherchez du soutien auprès des gens d’ici pour comprendre la culture qui est différente” souligne la Française. Pour tâter le terrain avant de se lancer et gagner du temps, pensez aussi à participer à un ou plusieurs des grands salons montréalais : Start-up Fest, Expo Entrepreneurs, C2 Montréal. “Cela donne le pouls des affaires à Montréal et les moyens” estime-t-elle. Un dernier conseil ? “Les Français sont vraiment les bienvenus mais ils doivent réfléchir à ne pas se détacher de leur pays (…). La richesse des entrepreneurs immigrants, ce sont ces liens qu’ils entretiennent avec leur pays d’origine. C’est un plus pour eux et une force pour nous“.