Cinéma sous les étoiles : notre sélection de films à voir gratuitement

Du 26 juin au 30 août, le Cinéma sous les étoiles revient à Montréal pour sa 9e édition. Au programme : 61 projections gratuites ancrées dans l’actualité locale et internationale qui animeront l’espace public dans 15 parcs et lieux publics de la métropole. Objectif ? Élever le débat. Voici notre sélection de 12 documentaires qu’on vous conseille de voir (ou revoir).

Chacune des projections est suivie d’une rencontre avec les cinéastes ou avec des spécialistes des enjeux abordés, créant un espace de discussion public. Les films sélectionnés présentent un portrait global des grands enjeux sociaux et politiques de l’année : phénomène des migrations massives, droits des femmes, droits des travailleur.euse.s, mouvements de luttes pour le respect des territoires et de l’environnement, emprise des industries agroalimentaires et pharmaceutiques sur les populations, entre autres.

1- “Vivre riche”, le 26 juin à 21h15 au Parc du Pélican 

Présenté en ouverture le 26 juin, et en première québécoise, le film “Vivre riche” lève le voile sur une jeunesse ivoirienne en manque de repères à Abidjan, une ville en pleine mutation sociale suite aux crises politiques et économiques de ces dernières années. Escroquerie, sexe, alcool et frime rythment le quotidien de “Rolex le portugais” et de ses amis qui vivent de “broutage” en arnaquant des Européen.ne.s dans l’espoir de vivre riche, sur fond de revanche coloniale

2- “Ouvrir la voix”, 14 août 2018 à 20h30 au Parc du Pélican

On avait déjà eu l’occasion de nous entretenir avec la réalisatrice, Amandine Gay, ici. Son documentaire donne la parole à 24 femmes noires de 22 à 47 ans qui vivent en France et en Belgique. Un film réussi, primé aux Out d’or français et aux Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal (RIDM). Le film est centré sur l’expérience de la différence en tant que femme noire et des clichés spécifiques liés à ces deux dimensions indissociables de notre identité “femme” et “noire”. Il y est notamment question des intersections de discriminations, d’art, de la pluralité de nos parcours de vies et de la nécessité de se réapproprier la narration.

3- “Regarde ailleurs”, le 1er août 2018 à 20h45 au Parc Laurier

L’Europe, États de droit et terres d’accueil ? “Regarde ailleurs” dénonce ce qui se passe dans de nombreuses villes européennes en prenant l’exemple de Calais. De l’expulsion de la “jungle” en octobre 2016 jusqu’à la situation sur place un an plus tard, le réalisateur a partagé des moments de vie avec des hommes et des femmes d’origine soudanaise, afghane, éthiopienne, érythréenne et des habitant.e.s de Calais. En soulignant le décalage qui existe entre le terrain et les discours officiels, ce film montre la stratégie mise en place pour dissuader les exilés de rester. Avec des méthodes de tournage originales et son regard citoyen, le réalisateur a réussi à filmer le harcèlement étatique, les mises en scène médiatiques, mais aussi la force et l’humour des exilé.e.s.

4- “I am not your negro”, 3 août 2018 à 20h45 au Parc Saint-Gabriel et 13 août 2018 à 20h30 au Parc La Fontaine 

Construit exclusivement à partir des mots de James Baldwin, “I Am Not Your Negro” creuse l’héritage complexe qu’a laissé la vie (et la mort) de trois figures marquantes dans la lutte pour les droits civiques aux États-Unis : Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr. Le réalisateur Raoul Peck accompagne la rhétorique et le lyrisme de Baldwin d’une série d’images d’archives qui font écho à la résistance qui se déploie aujourd’hui encore contre les violences raciales à l’endroit de jeunes afro-américains. Le film constitue un commentaire radical et engagé sur les injustices et les violences raciales qui ont marqué le paysage socio-politique états-unien qui perdurent encore à ce jour.

La projection du 3 août sera suivie d’une discussion en présente de Émilie Nicolas, co-fondatrice et présidente de Québec Inclusif ainsi que de Will Prosper, documentariste et militant des droits civiques et humains.

5- “L’Empire de l’or rouge”, 6 juillet 2018 à 21h15 à la Promenade Fleury | Église Saint-Paul-De-La-Croix

Fruit pour le botaniste, légume pour le douanier, baril pour le courtier : en moins d’un siècle, la tomate est devenue un aliment incontournable de l’alimentation humaine. Transformée en usine, conditionnée en baril de concentré, la tomate circule d’un continent à l’autre. Le rouge du coulis et du ketchup, de la pizza et du hamburger, nous relate une histoire méconnue du capitalisme agro-industriel qui s’avère être aux origines de la globalisation. Depuis les cueilleurs ouïgours du Xinjiang en Chine jusqu’aux magnats de la tomate californienne, des industriels italiens aux producteurs africains, l’histoire de la tomate d’industrie et sa division internationale du travail contemporain nous offrent un récit inattendu mettant à nu la complexité de notre monde.

6- “Visages villages”, 16 août 2018 à 20h30 au Parc Sir-George-Étienne-Cartier 

Ils ont plus de 50 ans d’écart. Elle a les cheveux blancs et violets. Il porte un chapeau et des lunettes noires. Et pourtant, le tandem improbable Agnès Varda et JR a un fait un documentaire, “Visages Villages”. Leur oeuvre a fait sensation au dernier festival de Cannes. Une balade en camionnette à travers la France, d’un village des Alpes avec son usine chimique à un coron du Nord, en passant par la plage de Sainte-Marguerite-sur-Mer en Normandie. À chaque fois, JR photographie des personnages, des anonymes croisés sur leur route, et il placarde leur portrait en impression XXL sur la façade d’une maison, sur des camions, sur des wagons de marchandises. Agnès Varda interroge et commente.

7- “La colère dans le vent”, le 4 juillet 2018 à 21h15 au Parc Laurier

Dans la ville d’origine de la réalisatrice Amina Weira, Arlit, au Nord du Niger, la multinationale française Areva exploite l’uranium depuis 1976. Une partie de l’année, de violents vents de sable enveloppent entièrement la ville, propageant des substances radioactives. Chacun cherche un abri. La ville devient calme, toutes les activités s’arrêtent. La radioactivité ne se voit pas et la population n’est pas informée des risques qu’elle encourt. Cette exploitation a complètement désorganisé la vie de la population. Le père de la réalisatrice, travailleur de la mine d’uranium à la retraite, est au cœur du film. Il va dépoussiérer ses souvenirs, les 35 années de son passage à la mine. Grâce à lui, nous allons à la rencontre d’autres anciens travailleurs qui ont certainement leur mot à dire.

8- “Le fond de l’air est bleu”, le 5 juillet 2018 à 21h15 au Square Dézéry

Premier long métrage des collectifs Activideo et Medialien, “Le fond de l’air est bleu” témoigne de la situation actuelle face à la police en France, en particulier depuis l’institution d’un état d’urgence qui se prolonge. Depuis la colère des policiers jusqu’à celle des victimes de leur violence, en passant par la parole des militant-e-s et des habitant-e-s des quartiers populaires, chacun.e exprime ici un moment du malaise face à l’ordre et son maintien.

9- “Le roundup face à ses juges”, le 3 juillet 2018 à 21h15 au Parc Saint-Gabriel et le 25 juillet 2018 à 21h15 au Square Dézéry

Dans les coulisses de l’un des procès les plus important des 20 dernières années, quatre témoins originaires de quatre pays racontent le procès Monsanto du Tribunal international du 14 au 16 octobre 2016 à La Haye. L’enjeu : faire reconnaître le crime d’écocide et poursuivre pénalement les multinationales dont les activités menacent la sûreté de la planète. Sur le banc des accusés, le Roundup, produit phare de la firme Monsanto.

10- “Maman colonelle”, le 30 juillet 2018 à 20h45 au Square Cabot

La colonelle Honorine travaille au sein de la police congolaise, où elle est chargée de la protection des enfants et de la lutte contre les violences sexuelles. Alors qu’elle travaille depuis 15 ans à Bukavu, à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), elle apprend qu’elle est mutée à Kisangani. Sur place elle se trouve face à de nouveaux enjeux. À travers le portrait de cette femme d’un courage et d’une ténacité hors du commun, qui lutte pour que justice soit faite, le film aborde la question des violences faites aux femmes et aux enfants en RDC.

11- “Merci patron !”, le 27 juillet 2018 à 21h au Parc Saint-Viateur et le 27 août 2018 à 20h au Parc La Fontaine 

Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine, qui fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH) à Poix-du-Nord, en France, a été délocalisée en Pologne. Voilà le couple au chômage, criblé de dettes, et risquant désormais de perdre leur maison. C’est alors que François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte. Entouré d’un inspecteur des impôts belge, d’une bonne soeur rouge, de la déléguée CGT, et d’ex-vendeurs à la Samaritaine, il ira porter le cas Klur à l’assemblée générale de LVMH, bien décidé à toucher le coeur de son PDG, Bernard Arnault. On se demande jusqu’à la fin de ce film aussi drôle qu’intelligent si David a sa chance contre Goliath, s’il est possible de toucher au ventre l’homme le plus riche de France et le premier groupe de luxe au monde.

La projection du 27 juillet sera suivie d’une discussion avec Guillaume Hébert et celle du 27 août d’une discussion avec Julia Posca, chercheur.e.s à l’IRIS.

12- “Derniers jours à Shibati”, le 27 juin 2018 à 21h15 au Parc Laurier

Dans l’immense ville de Chongqing, le dernier des vieux quartiers est sur le point d’être démoli et ses habitant.e.s relogé.e.s. Le cinéaste se lie d’amitié avec le petit Zhou Hong et Madame Xue Lian, derniers témoins d’un monde bientôt disparu. “Derniers jours à Shibati”nous invite, pendant plusieurs mois, dans les vies d’une vieille dame, d’un coiffeur et d’un jeune garçon, tous pris dans le vent d’un changement qui les dépasse et les déplace. Loin de nier l’étrangeté de sa présence en tant qu’étranger ne maîtrisant ni la langue, ni les coutumes du quartier, Hendrick Dusollier utilise subtilement ce décalage culturel inévitable pour proposer des scènes amusantes et loufoques qui, avec le temps, se chargeront d’une sincère émotion et d’une empathie rare. Un film profondément attentif aux autres, qui nous permet de prendre conscience d’un pan de l’évolution actuelle de la société chinoise.

Retrouvez l’ensemble de la programmation et la grille horaire ici. Bonne projection !