Haro sur les clichés plutôt que sur les Français !

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Cette chronique est écrite par Cécile Lazartigues-Chartier, Consultante en Interculturel. Grâce à son parcours multiculturel et multidisciplinaire, elle aide ses clients tant au niveau des affaires que dans la communauté pour faire ensemble une différence positive dans la société.

Depuis quelques mois, l’espace médiatique a été envahi d’articles ici et soulignant les difficultés grandissantes de la communauté française à Montréal dans son intégration. Quid de la réalité ?

Cela a commencé insidieusement, quelques articles fleurissaient très orientés sur les irritants vécus de part et d’autre, des frictions possibles ou avérées entre Québécois et Français fraîchement arrivés. Un début qui pouvait apparaître prometteur dans la mesure où cela faisait un contrepoint intéressant à l’angélisme cultivé avec ardeur tant par les institutions que par les candidats au voyage sur l’immigration française au Québec.

L’effet boule de neige, version médiatique

Ayant été plusieurs fois contactée par des médias, aussi bien anglo-saxons que français, pour parler de mon expérience en tant que consultante en interculturel et française d’origine, j’étais ravie de partager mon expérience tant professionnelle que personnelle. Je l’ai fait avec plaisir ne ménageant pas mon temps pour donner une vision toute en nuances, remettant la réalité bien complexe en perspective. Mais à lire ce qu’en ont retenu les journalistes, j’ai, bien malgré moi, participé à ce flot de généralisations vagues et creuses qui a enflé tel un torrent grondissant au printemps.

Briser le mythe mais pas les rêves

Non, le Québec n’est pas l’Eldorado. Et si nous avons tous besoin de rêves, de ces rêves qui nous appellent à plus grand, de grâce n’embarquons pas pour la première chimère proposée même si elle vous parle d’ours, de sirop d’érable, de neige et de poutine ! L’immigration est un peu plus complexe, ne faites pas offense à votre intelligence ! Non, nous ne sommes pas dans un film avec des bons et des méchants.

Il est vrai que le Québec vit une période de prospérité économique et que le mythe de la nordicité fait rêver plus d’un Français, jeune ou moins jeune. En ajoutant le fait que les institutions gouvernementales, canadienne et québécoise, ne lésinent pas sur les opérations séduction, nous avons les conditions parfaites du fantasme pernicieux.

Pour certains le test de la réalité in situ pourrait être confrontant bien que plein de possibles ! L’état d’esprit dans lequel on abordera l’immigration teintera l’expérience à n’en pas douter, tout comme nos rapports à l’autochtone au sens étymologique du  terme. On ne le soulignera jamais assez, immigrer est un défi exigeant, magnifique mais exigeant ! Et le défi est tout aussi grand pour la population d’accueil même si la bonne volonté est au rendez-vous, on l’oublie trop souvent.

Les paradoxes du bien vivre ensemble, le cœur même de l’interculturel

Les généralisations portent en elles la quintessence des clichés réducteurs et néfastes. Si certains médias ont surfé sur cette vague, c’est que cela fait vendre ! Véhiculer et amplifier les points d’achoppement alimente une certaine vindicte populaire. Tant qu’on peut trouver un coupable sur qui râler, tout va bien. Loin de moi cependant l’idée de minimiser les réalités désagréables parfois politiquement incorrectes !

N’en déplaise aux esprits chagrins, l’interculturel est un défi de haute voltige qui nécessite de chacun ouverture d’esprit, intelligence, curiosité, intérêt pour l’autre et une certaine dose d’humilité. Oui, il est vrai que l’arrivée massive d’immigrants, de France ou de bien d’autres coins du monde change le visage de Montréal, du Québec, du Canada. Alors arrêtons de râler (merci à mon ADN français) et ajustons-nous. Les bonnes intentions ne suffisent pas, on le sait elles pavent même parfois l’enfer. Alors choisissons de nous engager, faisons nôtre cette nouvelle société, ensemble. Cela exige un temps d’adaptation immanquablement et comme le monde est en marche, nous vivons en perpétuelle recherche d’un nouvel équilibre. C’est le propre de la vie et cela en fait toute sa beauté, sur le Plateau comme ailleurs.

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Cette chronique est écrite par Cécile Lazartigues-Chartier, Consultante en Interculturel. Grâce à son parcours multiculturel et multidisciplinaire, elle aide ses clients tant au niveau des affaires que dans la communauté pour faire ensemble une différence positive dans la société.