Zabou Breitman : « Ce n’est jamais un défi, c’est l’envie qui me guide »

Zabou Breitman est l'une des invitées d'honneur de cette 25e édition du festival de films francophones Cinemania. Photo Manuela Thonnel

À propos de l'auteur

Une habituée de Montréal
Zabou Breitman est une habituée de la ville et pour cause, sa mère est québécoise. « J'essaie de venir au moins une fois par an. J'ai passé de très bons moment au Québec, avec mes cousins ont joué au hockey, j'adorais ça. » Montréal n'a pas perdu de son éclat, estime la réalisatrice : « Le mélange me plaît entre le français et la ville nord-américaine. Les gens restent extrêmement sympas et humbles. Même s'il y a des cons partout, rit-elle, j'ai quand même l'impression qu'il y en a moins ici. »

Avec “Les Hirondelles de Kaboul”, l’actrice et réalisatrice française Zabou Breitman signe son premier film d’animation. Elle le présente cette semaine au festival de films francophones Cinemania. Rencontre.

Une nouvelle discipline (le film d’animation) et un sujet délicat et tragique sur les Talibans… Pour sa dernière réalisation, Zabou Breitman s’est lancée dans une véritable aventure. Pour l’accompagner sur ce projet, elle a choisi l’animatrice et réalisatrice Éléa Gobbé-Mévellec, dont les dessins à l’aquarelle, doux et poétiques, rendent la thématique plus soutenable. Un style de dessin qui se présente comme une barrière face aux émotions trop fortes et violentes : « Si ça n’avait pas été un film d’animation, je n’aurais pas accepté ce projet. C’est un sujet très lourd et j’avais besoin de mettre une distance », confie Zabou Breitman.

Une nouvelle manière de travailler
L’expérience du dessin animé a séduit Zabou Breitman au moins autant que le théâtre et les films : « C’est totalement différent. C’est comme se demander si on préfère son papa ou sa maman, les éclairs ou le steak frites, c’est incomparable et tout aussi bien.  » Malgré le fossé qui sépare la réalisation d’un long-métrage et d’un film d’animation, Zabou Breitman n’a pas revu ses méthodes :« Je l’ai fait à la condition qu’on travaille à ma manière. Les acteurs ne se sont pas contentés de poser leur voix sur les dessins devant un micro. Ils ont vraiment joué. Cela rend le film plus réaliste, j’ai gardé leurs silences, leurs hésitations, leurs gestes. Tout me vient en même temps, l’image et l’écriture, en lisant le scénario, on a parfois l’impression de voir le film. »
Zabou Breitman ne compte plus ses projets artistiques qu’elle a en tête et parmi ceux-ci, pourquoi pas encore un dessin-animé : « J’aimerais faire un film d’animation très trash avec des dessins très rudes, rien avoir avec ceux de “les Hirondelles de Kaboul” », une idée qui restera surement à l’état embryonnaire dans l’esprit de la réalisatrice. « J’ai toujours plein de projets, puis je ne les fais pas par manque de temps »,  confie celle qui est aussi actrice. Et d’ajouter : « Ce n’est jamais un défi, c’est l’envie qui me guide. »

Une écho particulier à cette 25e édition
Cette année, le festival Cinemania a souhaité mettre à l’honneur les femmes. Avec notamment en ouverture le film “Portrait de la jeune fille en feu” de Céline Sciamma et le documentaire de Patrick Fabre, Cinéma au Féminin Pluri(elles), une initiative saluée par Zabou Breitman : « Il faut qu’il y ait des gens qui commencent à agir et ça aide forcément à tous les niveaux. »

« J’ai été élevée dans une famille tellement féministe, avec un père très féministe. J’étais la seule fille à lire les Tintin, les livres de Lovescraft, j’ai autant vu les films d’horreur que les films romantiques », dit-elle. Une éducation qui n’avait jamais mené la réalisatrice à voir sa condition féminine comme une barrière tout en réalisant que ce n’est pas le cas pour toutes les femmes : « Si ma carrière va à peu près bien, il faut avoir conscience que beaucoup de femmes galèrent. » Malgré son enfance et son parcours, Zabou Breitman confie tout de même ses doutes : « Lorsque l’on me propose un projet, je me pose encore des questions sur ma légitimité. Un homme se pose rarement ou jamais cette question. Très peu de femmes font des films avec des budgets de plus de 10 millions et si certain ont déjà dit que “les femmes ne ressentaient peut-être pas le besoin de le faire”, je leur réponds que ça n’a rien à voir. C’est culturel, on pousse les femmes à ne pas se sentir capable de réaliser ce genre de films à gros budgets. »

En lice pour les Oscars
“Les Hirondelles de Kaboul” fait partie des 32 films dans la course pour l’Oscar du meilleur film d’animation. Sur l’ensemble de la sélection, six films sont réalisés par des femmes. Cette situation pourrait éventuellement jouer en leur faveur d’après Zabou Breitman : « Pour une fois, on a une chance d’être des femmes dans la course, s’il veulent rectifier le tir par rapport aux décennies précédentes. » Un constat dont elle ne se satisfait pas pour autant : « Je ne suis pas pour les quotas pour l’égalité ou ce genre de chose, mais cela semble être un mal nécessaire pour faire avancer les choses. »

Les Hirondelles de Kaboul
Le film d’animation a été présenté au festival Cinemania le dimanche 10 novembre. Il sera projeté une second fois ce mardi 12 novembre, à 18 h au Cinéma Impérial, en présence de la réalisatrice. “Les Hirondelles de Kaboul” raconte le doute et le désespoir, le besoin de liberté d’Afghans réprimés par le régime taliban qui frappe le pays dans les années 90s :  Mohsen et Zunaira, d’anciens professeurs qui rêvent de pouvoir reprendre leur liberté en public tout en se laissant envahir par la pression ambiante ; et Atiq et Mussarat, un couple éteint qui ne rêve plus et qui pourtant sera capable de sacrifices au nom de la liberté et de la justice. L’histoire de deux couples, des destins qui se croisent dans l’horreur ambiante et dressent comme un message d’espoir. (Informations et Billets)

 

À propos de l'auteur

Une habituée de Montréal
Zabou Breitman est une habituée de la ville et pour cause, sa mère est québécoise. « J'essaie de venir au moins une fois par an. J'ai passé de très bons moment au Québec, avec mes cousins ont joué au hockey, j'adorais ça. » Montréal n'a pas perdu de son éclat, estime la réalisatrice : « Le mélange me plaît entre le français et la ville nord-américaine. Les gens restent extrêmement sympas et humbles. Même s'il y a des cons partout, rit-elle, j'ai quand même l'impression qu'il y en a moins ici. »