Marie Gillain : « Être honorée à Montréal, c’est un beau cadeau »

Marie Gillain, en toute décontraction, jeudi, à Montréal. Photo Manuela Thonnel.

L’actrice Marie Gillain est invitée d’honneur du festival Cinemania qui lui consacre un focus. Rencontre avec une Belge, Parisienne d’adoption et fan de Montréal.

Marie Gillain sort de l’ombre, et c’est elle qui le dit. Présente à Montréal cette semaine à l’occasion du festival Cinemania, l’actrice belge sourit devant les clins d’œil que lui réserve la vie : « Je suis en processus de création, je réalise un long-métrage dont je viens de terminer l’écriture… Mais c’est drôle, juste où moment où je me suis retirée pour me consacrer à l’écriture, alors même que je suis dans l‘ombre, on me propose cette rétrospective. » Et même si elle n’est pas du genre « nostalgique, ni à regarder dans le passé » ou en tout cas pas encore, cette pétillante actrice estime que ce retour sur sa carrière arrive au bon moment : « C’est un beau cadeau, et cela permet de poser un regard sur son propre parcours. »

« Sensible à ceux qui nous entoure »
Révélée au grand public en 1991 aux côtés de Gérard Depardieu à qui elle donnait la réplique dans Mon Père ce héros, cette enfant de Belgique a depuis tracé son chemin, multiplié les rôles, les styles (comédie, drame, policier, films d’auteurs) et aussi les genres (cinéma, séries télévisées, théâtre). Elle a travaillé avec de grands réalisateurs : Bertrand Tavernier, Cédric Kapisch, Régis Wargnier pour n’en citer que quelques-uns, auprès des plus grands noms du cinéma (André Dussolier, Fabrice Luchini, Vincent  Lindon, Fanny Ardant, Nathalie Baye…). Une route bordée de paillettes et de reconnaissances (dont l’ours d’or et le prix Romy Schneider pour L’Âppat). Un destin prestigieux mais qui n’a pas pour autant métamorphosé la comédienne en une inaccessible étoile. Marie Gillain tient à rester connectée avec la vraie vie (d’ailleurs, juste au début de l’entrevue, elle s’absente quelques secondes pour téléphoner à sa fille en France). « Je le tiens sans doute de mon éducation : être sensible à ceux qui nous entoure. Mais je pense aussi que, pour faire ce métier, on ne peut pas vivre déconnecté. »

Le grand écart
Alors, Marie Gillain fait sans cesse le grand écart : entre sa vie d’actrice et sa vie de tous les jours ; entre les interviews et ses devoirs de mamans. « Ça fait partie de la vie d’artiste : avoir une force importante et plus encore une très grande vulnérabilité. Ce sont des métiers à double tranchant. »
Cette force justement, d’où la puise-t-elle ? « J’ai été bien entourée, depuis le début. » Et alors que de nombreuses actrices osent maintenant prendre la parole et dénoncer le harcèlement et les abus sexuels dont elles ont été victimes, Marie Gillain ne peut qu’avouer sa reconnaissance envers ces femmes au courage hors norme. Et en premier lieu, cite Adèle Haenel qui « vient de briser la loi du silence en France ». « Je suis admirative de ces femmes qui osent parler et qui dénoncent cela car c’est quelque chose de terrible. Moi, quand je suis arrivée dans le milieu du cinéma, j’étais un peu un Bisounours, je ne l’ai pas subi, je me suis faufilée entre les gouttes, j’étais entourée, protégée, mais pour moi c’est très limpide : il faut en finir avec ces hommes qui profitent des femmes plus jeunes ou plus vulnérables. » Même positionnement quand il s’agit d’évoquer la place des femmes dans le cinéma : « Je ne suis pas la mieux placée pour en parler mais certaines réalisatrices mènent une lutte incroyable pour dénoncer des inégalités dans le financement des films », ou plus tabou encore, « les inégalités de salaires ». « Tous ces combats sont importants et indispensables dans notre parcours d’artistes femmes. Il en va de notre dignité. »

Des rencontres avec le public
Marie Gillain évoquera ces thèmes à l’occasion de la table ronde ce vendredi 8 Novembre à 18 h, tout comme elle sera présente avant les projections des films retenus dans le cadre de la rétrospective de Cinemania pour rencontrer le public. Tout juste débarquée, la comédienne s’est plongée avec grande aisance dans l’atmosphère de la métropole qu’elle connaît bien. Une ville qu’elle aime, dit-elle, particulièrement pour le contact humain qui s’en dégage : « Je connais Montréal et j’aime cette ville qui me rappelle la Belgique. Ça me frappe toujours quand je suis ici de voir à quel point les gens sont relax ! Ça fait un bien fou. Il y a de la proximité qui n’est pas de la familiarité. Montréal est une ville qui regonfle en énergie de manière assez forte. Et j’aime ça ! »