L’institution La Binerie se remet aux fourneaux !

Fermée depuis août sur l’avenue Mont-Royal, La Binerie a déménagé et repris du service au croisement des rues Saint-Denis et Rachel. Ouvert depuis maintenant une semaine, les gérants, Jocelyne Gingras et Philippe Brunet, nous présentent leur nouvelle place, quatre fois plus grande que l’ancienne.

Des stars et un film
Véritable institution montréalaise, La Binerie a ouvert ses portes en 1938 sur le Plateau-Mont-Royal. Le restaurant a traversé les décennies. Fondé par la famille Lussier, le restaurant a vu passer plusieurs propriétaires. Des personnalités canadiennes avaient leurs petites habitudes dans la maison, comme l’ancien maire de Montréal Camillien Houde, la légende des Canadiens de Montréal le hockeyeur Maurice Richard, ou l’écrivain Yves Beauchemin, auteur du célèbre roman Le Matou. Est-ce Le Matou qui a fait la célébrité de La Binerie ou La Binerie qui a façonné Le Matou ? Une chose est sûre : l’adresse a séduit l’auteur et ses lecteurs. La Binerie a même eu droit à son heure de gloire sur le petit écran grâce l’adaptation du roman par Jean Beaudin en 1985, avec l’acteur Guillaume Lemay-Thivierge en tête d’affiche.
En 2005, La Binerie est adoptée par Jocelyne Gringras et Philippe Brunet qui ne l’ont plus quittée. Depuis, elle n’a cessé de séduire ses habitués et d’attirer toujours plus de touristes. Deux publics qui font rarement bon ménage mais que La Binerie a réussi à concilier avec brio. D’ailleurs qu’est-ce qu’une “binerie” ? C’est tout simplement l’endroit où l’on sert des bines, soit des fèves au lard, une francisation du mot anglais “bean”. 

Le grand déménagement
Vendredi 25 octobre, La Binerie a troqué son adresse historique, un petit local de 23 places assises, contre un grand restaurant à deux étages pouvant accueillir 95 personnes, sur Saint-Denis. Une décision prise principalement pour des raisons économiques : “La Binerie avait besoin d’être plus rentable pour continuer d’exister. Il fallait donc pouvoir accueillir plus de monde.” Pour leur soirée d’ouverture, La Binerie a accueilli près de 300 personnes, une situation qui n’aurait probablement pas été imaginable dans leur ancien petit restaurant. “Ne vous inquiétez pas, même si on change d’endroit, notre ambiance d’antan restera la même”, promettaient-ils il y a quelques mois. La parole a-t-elle été tenue ? Il semblerait bien que oui. 

L’atmosphère de l’ancienne Binerie a été préservée jusque dans le sous-sol où les portes des anciens fours ont été récupéré pour construire le nouveau. Photo : Manuela Thonnel.

Dans le restaurant, on peut toujours admirer l’enseigne de l’ancienne adresse, haute de 12 pieds de long, “bien trop grande pour cette rue, nous l’avons donc mise dans l’escalier“, explique-t-il, mais aussi les tabourets et le comptoir qui ont dicté l’ensemble de la nouvelle décoration ainsi que le menu et la série d’illustrations d’Edmond-Joseph Massicotte représentant les Canadiens d’autrefois. Le changement ne semble pas affecter les habitués qui ont su trouver le chemin jusqu’à la nouvelle adresse : “Je suis déjà venue deux fois depuis la réouverture. C’est bien pour eux qu’ils aient changé. C’était vraiment trop petit, les gens ne venaient pas pour ça et il y avait trop de réservations“, raconte l’un d’entre eux, attablé.

La Binerie peut maintenant accueillir des groupes de touristes à l’étage, dont font partie de nombreux Français, ce qui n’est pas pour déplaire aux responsables. “En France, j’adore les gens, j’adore la nourriture“, confie celui qui a passé dix ans de sa vie sur le vieux continent. En 1989, le couple était parti s’installer en France pour accompagner le lancement de Disneyland Paris. Philippe Brunet y était responsable du système informatique pour la gestion des restaurants du parc.

Au menu
Si sa cuisine est souvent qualifié de “franco-canadienne”, il faut admettre que la plupart des plats qui font sa réputation sont des classiques canadiens, comme le pâté chinois, la tourtière, mais surtout les fèves au lard, spécialité de la maison : “Je prépare environ 1000 livres de fèves par semaine“. Une trentaine de plats ont été rajoutés au menu depuis 1938, dont quelques-uns ce vendredi : le hamburger végétarien, le chili, le travers de porc Saint-Louis ou encore les gaufres…