Patsy Van Roost : la lumineuse “fée urbaine” (et belge) de Montréal

Patsy Van Roost. Crédit : Isabelle Delorme

Patsy Van Roost a quitté le Mile End mais continue à répandre sa magie dans les quartiers de Montréal par ses actions qui tissent des liens entre les habitants. Fin 2018, elle a gagné le prix Charles-Biddle qui souligne l’apport exceptionnel d’immigrants dont l’engagement contribue au développement artistique et culturel du Québec. Nous avons rencontré celle qui se fait désormais appeler “La fée urbaine”, quelques jours avant qu’elle s’envole passer les fêtes de fin d’année dans son pays d’origine : la Belgique.

C’est le coeur serré que Patsy Van Roost a dû récemment quitter le quartier qui lui avait valu son surnom. “La fée du Mile End” est finalement victime de la gentrification du quartier. “Après 29 ans dans le Mile End et 21 ans dans mon appartement, mon loyer a été augmenté de 1440$ à 3500$“, déplore la Montréalaise. C’est dans le quartier voisin de Rosemont-La-Petite-Patrie que Patsy Van Roost a décidé de s’installer. “Je le vois comme un mal pour un bien“, lance-t-elle avec philosophie, déjà attachée à son nouveau quartier et impatiente d’y concocter de nouveaux projets collectifs.

L’histoire d’amour de Patsy Van Roost avec le Canada avait pourtant commencé dans des circonstances difficiles lorsqu’elle s’est installée à l’âge de 12 ans chez ses grands-parents près d’Ottawa avec sa mère, sans savoir qu’elle quittait son père et le plat pays pour de bon. “Tout mon travail part de cela, analyse la fée urbaine. Je prends soin des autres pour prendre soin de moi-même“.

Devenue mère célibataire à Montréal, Patsy Van Roost est créatrice de faire-part de mariage et subit la solitude du travailleur autonome. C’est une traversée de l’Amérique du Sud avec son fils pendant 5 mois en 2007 qui est à l’origine de son envol de fée. “On voyait que les gens n’avaient pas grand chose, mais ils étaient constamment dehors en train de se rencontrer“, se souvient-elle. En rentrant de voyage, elle s’inscrit à un programme de l’UQAM en design d’évènements.

En 2012, Patsy Van Roost passe à l’action dans son quartier du Mile End avec son premier calendrier de l’avent. “J’ai pris l’histoire de La petite fille aux allumettes, l’ai imprimée sur acétate en 25 morceaux et j’ai choisi 25 maisons sur la rue Waverly (…). Tous les matins je déposais un morceau (…) en alternant chaque jour des deux côtés de la rue pour provoquer des rencontres, et en demandant aux habitants de la maison d’afficher le morceau”. Le projet fait fureur et Le Devoir lui consacre sa Une en la surnommant “La fée du Mile End”. “Au début, je trouvais ça vraiment cucul, confie Patsy Van Roost qui adopte finalement son surnom puisqu’il renvoie au verbe “faire”. Et que cela lui va bien.

“La petite fille aux allumettes”, 2012. Crédit : Patsy Van Roost

Encouragée par les habitants du Mile End, qui n’hésitent pas à lui glisser quelques billets dans sa porte pour financer ses projets, Patsy Van Roost continue par la suite à “orchestrer la magie à l’échelle du quartier” pour Noël, la fête des mères, la Saint-Valentin… autant d’occasions de s’écrire de belles choses et de se rencontrer. En 2016, elle met en place le projet “Les portes qui s’ouvrent” : un calendrier de l’avent vivant au cours duquel 23 familles ouvrent tour à tour la porte de leur maison à tous leurs voisins chaque soir de décembre jusqu’à Noël.

“Les Portes qui s’ouvrent”, porte #15, le 15 décembre 2016. Crédit : Mikaël Theimer

Sa nouvelle popularité aidant, la fée reçoit désormais des commandes d’arrondissements et les met en place à côté de ses projets personnels, qu’elle tient à garder “pour réaliser ses rêves“.  Elle collabore également avec des écoles et des organismes pour des festivals, évènements et rencontres, et a même enseigné à l’UQAM pendant 5 semaines en automne 2018.

Celle qui se décrit comme plus citoyenne qu’artiste, arrive maintenant à vivre de sa passion en se débrouillant pour payer son loyer. “Je vis toujours avec des colocs car ma priorité ce sont mes projets“, explique la généreuse Montréalaise. Lorsqu’on lui demande pourquoi notre société manque souvent de convivialité, sa réponse fuse avec évidence : “Les maudits écrans !, lance-t-elle. Et c’est chacun pour soi, c’est vraiment grave !”.

Lorsque nous la quittons, Patsy Van Roost s’apprête à s’envoler passer Noël en Belgique avec son père (pour la première fois depuis ses 11 ans) et s’offrir “une flânance à Bruxelles” pour s’imprégner et prendre du recul. Une parenthèse européenne avant de distiller de nouveaux prochains projets de fée en 2019 au Québec. L’un en résidence à Sainte-Thérèse (“Chers Thérésiens”) et l’autre, “un projet secret” à La-Petite-Patrie pour la Saint-Valentin. Il y aura de la magie collective en 2019…