7 types de Français qu’on rencontre (forcément) à Montréal

Crédit : Eldiablo / Instagram : elfunkydiablo

On le sait, on le dit et on le répète : les Français sont de plus en plus nombreux au Québec, et en particulier à Montréal. S’ils sont parfois reconnaissables à leur accent (et non plus seulement à leur sac Quechua qu’ils partagent maintenant avec leurs cousins), ils le sont aussi grâce à certains clichés qu’ils véhiculent involontairement. Voici 7 profils type que vous croisez forcément tous les jours. Vous vous reconnaissez ? C’est normal.

Celui qui est citoyen canadien depuis 20 ans 

C’est probablement le profil le plus ambivalent des sept. Quand on le croise, on est tiraillé entre l’envie de lui demander comment c’était “avant” (qu’on débarque tous) et l’envie de nous taire immédiatement, au cas où notre accent ne soit pas assez québécois à son goût. On a presque peur de lui dire combien on “kiffe” Montréal et de passer pour un énième PVTiste qui ne sait pas quoi faire de sa vie ni ici ni ailleurs. Finalement, on s’étonne qu’il nous propose d’aller boire une bière “à soir” pour un 5 à 7 avec ses “chums” aux accents d’ici et d’ailleurs. Cheers !

Celui qui est en PVT qui galère (ou qui rebondit)

Comme les écureuils, les PVTistes donnent à Montréal un charme particulier. Si certains d’entre-eux se considèrent comme de la “main d’oeuvre pas chère” et n’hésitent pas à clamer haut et fort que “ça craint grave”, d’autres jouissent pleinement du V (pour vacances) de leur statut et en profitent pour faire le tour du Canada — rarement pendant deux ans. Mais il faut avouer que la majorité d’entre eux était d’abord venue chercher l’eldorado (qui n’existe que sur papier glacé), à savoir un job de graphiste à temps plein payé 40$ de l’heure avec 5 semaines de congés payés par an. L’espoir fait vivre ! Certains d’entre eux ont aussi pris le temps de se faire une raison et attendent maintenant sagement leur résidence permanente. La citoyenneté ? C’est pour bientôt.

Celui qui étudie mais qui trouve ça trop cher

Souvent, il croit d’abord à un malentendu. “Comment ça 6000$ l’année pour les frais de scolarité ?”. En France, il faisait pourtant partie de ceux qui avaient toujours refusé de payer (une école de commerce ou de journalisme) pour étudier. Finalement, une campagne marketing bien rodée de telle ou telle université québécoise a eu raison de lui : le voilà fraîchement débarqué en plein mois de janvier à Montréal. Il est prêt à affronter le froid, les exposés oraux à répétition, les notations incompréhensibles (A+ sinon rien) et les factures salées à chaque trimestre. De retour en France (pour les vacances), il avoue que les profs étaient “géniaux” et “accessibles” autant que les amphithéâtres, jamais bondés et propres de surcroît. Si ça en valait le coup/coût ? Il n’en parle plus trop depuis son diplôme en poche et sa startup lancée.

Celui qui est venu et qui est resté par hasard

C’est probablement l’amour qui l’a poussé à rester de ce côté-ci de l’Atlantique. Son immigration est digne d’un conte de fées (même les douaniers étaient sympas avec lui) : on a parfois envie de le détester au regard de la facilité avec laquelle il s’est intégré. Mais impossible de ne pas l’aimer, il fait souvent partie de ces êtres généreux truffés de bons plans et de réseaux déconcertants qu’il adore partager, en toute bienveillance. Faites-lui confiance, avec un peu de chance il vous fera découvrir ce rooftop avec piscine que vous ne pensiez jamais tester.

Celui qui a chopé l’intonation québécoise mais pas encore l’accent (patience)

Il a pris l’habitude de ponctuer ses phrases du fameux “là” ou “ben là” québécois. Ce à quoi s’ajoute parfois l’inimitable “voyons dont”. S’il s’entraîne à prononcer “brun” comme ses cousins d’ici et à dire “pour vrai” (en oubliant le “de” entre les deux), il n’a pas encore le réflexe de dire “souper” pour “dîner” ni “dîner” pour “déjeuner”. Pire, il propose parfois d’apporter le “petit-déj” à ses collègues québécois et dit encore “pastèque” au lieu de “melon d’eau”. Ses mots le trahissent. Malgré tout, il maîtrise plutôt bien le “faque” et il ne peut cacher sa joie lorsqu’un Français le confond avec un Montréalais de souche (même si ça ne fait que 2 ans qu’il est là). C’est tiguidou ! Bientôt, il aura le même niveau que ses compatriotes qui se fondent admirablement dans le paysage linguistique.

Celui qui reste français coûte que coûte

On le repère facilement, souvent à proximité d’Outremont. Son accent français (parisien ?) n’a pas pris une ride quand bien même il arpente les rues de Montréal depuis quelques années déjà. C’est qu’il a toujours un pied en France, impossible de faire autrement : tout l’y ramène, à commencer par son travail qui lui fait régulièrement traverser l’océan ou ses parents, qui se font vieux. Quand on le croise et qu’on a quitté la France depuis un moment, son accent nous rappelle celui qu’on a pu avoir en arrivant, telle une madeleine de Proust. S’en suivent parfois quelques “flashbacks” intrigants. Il n’est pas rare qu’il aille chercher son pain en rentrant du travail, qu’il consulte parfois Le Monde à la terrasse d’un café (avec ou sans cigarette) avant de skyper avec son petit dernier, resté en France pour les études. Habitué aux aéroports et aux adieux qui n’en sont pas, il ne se lasse pas de la douceur de vivre québécoise — hiver compris, même s’il hésite souvent à louer son appartement quand les redoutables mois de janvier et février se rapprochent.

Celui qui vise New-York après Montréal

En France, il avait beau frapper aux bonnes portes et posséder les qualifications nécessaires, son projet ne faisait jamais l’affaire : trop ambitieux, trop onéreux, pas assez ceci ou cela. Il a passé un bon moment à se remettre en question, à transformer l’essai et à s’inventer un charisme à toute épreuve, en vain. À force d’échouer, il a pris le large et a mis les voiles vers le Québec, pour le côté francophone d’abord. Depuis qu’il est installé à Montréal, ce serial entrepreneur est comme un poisson dans l’eau et vit le rêve canadien. Après avoir pitché plusieurs fois devant des investisseurs (en anglais et en français), son profil a fait mouche et lui a permis de lancer sa première startup. Préparé en douceur aux codes de l’entrepreneuriat nord américain, il vise maintenant New-York. Montréal donne des ailes…