Administration française : ces Québécois en perdent leur latin

Crédit : Wikimedia Commons

Administration française. Deux mots qui en disent long et qui font encore sourire (ou frissonner) certains d’entre nous. Réputée pour être lourde, lente et lassante, l’administration française n’épargne personne. Même nos cousins québécois — établis en France — y ont droit.

Annie Pelletier est en Permis Vacances Travail (PVT) en France depuis un an. Si tout s’est bien passé lorsqu’elle a déposé sa demande au Consulat à Montréal (qui lui a délivré rapidement son visa), c’est en France que son expérience a pris une toute autre tournure. « Je me souviens qu’au Consulat, un agent de sécurité m’avait souhaité bonne chance et m’avait dit de m’armer d’une bonne dose de patience de l’autre côté de l’Atlantique. Il ne pensait pas si bien dire ! », raconte la Québécoise partie en PVT pour rejoindre sa petite amie française.

Un an plus tard, soit 3 mois et demi avant l’expiration de son PVT, elle entame le processus de renouvellement de son visa pour la deuxième année consécutive, comme l’autorise bien l’accord franco-québécois. « Cela a mis trois semaines avant que j’arrive à joindre quelqu’un pour m’aider à m’orienter dans mes démarches. On n’arrêtait pas de me rediriger d’une personne à l’autre et rien n’avançait », raconte la Montréalaise qui vit maintenant au Plessis-Robinson en banlieue parisienne, et dont le dossier dépend de la sous-préfecture d’Antony.

« Sur internet, j’ai appris que les sous-préfectures ne faisaient pas le renouvellement de visas. Alors j’ai contacté la préfecture de Nanterre… Et là, on m’a répondu que je devais régulariser ma situation auprès de l’établissement d’Antony », raconte Annie qui a pris son mal en patience et rappelé la sous-préfecture pour la énième fois. « Cela a été hyper compliqué alors que ça aurait pu être si simple… Ils m’ont fait tourner en rond pendant des semaines, c’était du n’importe quoi », lance la jeune femme qui a décidé de poursuivre ses démarches à coups de mails bien sentis, pensant obtenir des réponses claires en retour.

Finalement c’est une réponse erronée qu’elle a fini par recevoir. « Ils m’ont écrit ceci : « Votre visa de long séjour d’une durée maximale d’un an est destiné au jeunes entrant dans le cadre d’un accord bilatéral (franco-canadien). Cet accord vous permet de séjourner et d’avoir une activité professionnelle, sans titre de séjour, pendant la durée de validité du visa UNIQUEMENT. Par conséquent, aucun titre de séjour ne peut vous être délivré » », rapporte Annie qui avoue avoir eu du mal à ne pas sacrer en québécois face à son écran mais qui a gardé son calme.

« Je leur ai envoyé par mail les termes de l’accord signé des deux bords de l’Atlantique en leur redemandant quoi, où et quand fournir les documents pour le renouvellement de mon visa », raconte simplement celle qui a persévéré et qui a eu raison de le faire sans quoi elle serait peut-être déjà rentrée à Montréal. « Finalement, après tout ça, j’ai reçu un courriel me confirmant que j’avais bien le droit de renouveler mon visa à la sous-préfecture et de me présenter un vendredi dans l’établissement à Antony… Enfin ! »

Sur place, une hôtesse lui a confié qu’elle avait eu raison de se déplacer en personne. « Elle m’a raconté que les procédures en ligne étaient plus compliquées à gérer car les règles de visas changent tellement que parfois les employés ne sont pas au courant des procédures à suivre… », résume Annie qui a surtout eu la confirmation qu’elle pouvait bel et bien rester une deuxième année sur le territoire français (même si elle le savait déjà). « Je n’ai toujours pas fait le nécessaire pour ma sécurité sociale… Ça c’est un autre combat ! », a finalement lancé la Québécoise qui, malgré tout, adore la France et sa vie là-bas.

« Mais il faut déjà réussir à rejoindre quelqu’un »

Vincent Houle, quant à lui, est doctorant en histoire et partage son temps entre Paris et Montréal. Le jeune homme de 26 ans a la chance de traverser régulièrement l’Atlantique car il est en cotutelle avec un visa long séjour.

Il passe actuellement l’été à Montréal avant de retourner en France à la rentrée, encore faut-il qu’il puisse entrer à nouveau sur le territoire français. Il n’a réussi à obtenir un rendez-vous que quelques jours seulement avant l’expiration de son titre de séjour et rien ne lui garantit encore qu’il l’obtiendra, ni même si les papiers requis n’auront pas changé d’ici là.

« À l’heure actuelle, personne ne peut me dire si les douaniers vont bien me laisser entrer pour que je puisse prolonger mon titre de séjour. Si je me rends à mon rendez-vous, pas de souci. Sinon… je ne sais pas », explique l’étudiant, confiant malgré tout. « La logique me dit que je ne peux pas me faire refuser : mon titre de séjour est encore valide et j’ai un rendez-vous… Mais rien n’est très sûr », lance Vincent qui a tout de même pris son billet d’avion Montréal-Paris et qui a déjà prévu de batailler si cela se complique une fois sur place.

« En France, si on insiste et qu’on hausse un peu le ton, là on obtient éventuellement une réponse qu’on espère cohérente. Mais il faut déjà réussir à rejoindre quelqu’un », rapporte Vincent, sans rancune, qui aime la France comme elle est, au point de lui consacrer un mémoire de recherche sur la Résistance et la société française d’après-guerre.

Enfin, si vous ne l’avez pas déjà vue, la vidéo de Paul Taylor résume assez bien la situation (détendez-vous) :