Pourquoi les églises de scientologie ont-elles pignon sur rue à Montréal ?

Crédit : Daisy Le Corre

À Montréal, il est vous est sûrement déjà arrivé de passer devant des églises de scientologie et de vous demander si c’était bien légal, maudits français que vous êtes. On a demandé à Dominic Larochelle, chargé de cours à l’Université de Laval et auteur de “La situation des sectes au Québec” ainsi qu’à Mike Kropveld, directeur général d’Info-Secte à Montréal, de nous éclairer sur le sujet.

D’après Dominic Larochelle, la réponse à notre question est double et relativement simple. “Au Québec, la scientologie a le droit d’avoir pignon sur rue comme n’importe quelle autre église qui pourrait s’afficher un peu partout. Elle est reconnue comme une religion. Il n’y a pas de loi ni de réglementation en la matière”, explique le spécialiste précisant, au passage, que la culture juridique canadienne est très différente de celle pratiquée de l’autre côté de l’Atlantique.

La France, entre autres pays européens, a toujours eu l’habitude légiférer pour surveiller certains groupes et mouvements, alors que l’Amérique du Nord considère la liberté religieuse comme sacrée.

Dominic Larochelle a également rappelé qu’au Québec, depuis décembre 1993, l’Église de scientologie profite du statut de corporation religieuse. “Les requérants doivent prouver qu’ils relèvent d’une autorité et qu’ils vont exercer des activités religieuses. Cependant, tout repose sur leur bonne foi, aucun organe ne vérifiant la nature des activités en question”, comme mentionné ici.

En 2014, Serge Blisko, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES), affirmait dans une entrevue accordée au journal La Presse relayée ici“On a beaucoup de mauvais sujets qui s’échappent au Québec parce que la législation est plus souple”. Il avait ajouté que “le seul outil de lutte contre ces dérives est une association indépendante”, en faisant référence à l’organisme Info-Secte de Mike Kropveld.

En Amérique du Nord, les libertés individuelles d’abord

“En France, la culture est basée sur la communauté et sa préservation. Au Canada et au Québec, nous avons des chartes qui protègent les libertés individuelles. Ici, la protection est plus forte et plus ancrée. Fondamentalement, le Canada ne légifère pas sur le religieux mais sur le comportement individuel oui”, a précisé Dominic Larochelle dont l’autre partie de la réponse tient en une phrase. “Pour les églises de scientologie, avoir pignon sur rue fait aussi partie d’un plan de visibilité, c’est une stratégie de communication, tout simplement.” Et à vrai dire, c’est vrai que cela ne passe pas inaperçu.

Rappelons qu’en France, comme mentionné ici, l’État ne reconnaît aucune religion selon la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905. “Il garantit la liberté de culte, mais ne se permet pas de définir ce qui est, ou pas, une religion. La scientologie est toutefois qualifiée de secte dans des rapports parlementaires français de 1995 et 1999.” À noter que la majorité des organisations de scientologie y ont le statut d’association à but non lucratif.

En 2009, Jean Larivière, directeur des affaires publiques de l’Église de scientologie de Montréal s’était d’ailleurs insurgé contre la justice française qui avait condamné l’Église de scientologie de France et sept de ses dirigeants pour escroquerie en bande organisée. “Je doute qu’un tel jugement soit un jour prononcé au Québec, parce que cette discrimination systématique des mouvements religieux n’existe qu’en France”, avait-il confié à La Presse. Il avait également estimé que “les Français, qui adhèrent à de nouvelles croyances, n’ont pas droit à une véritable liberté de religion.”

“La question inverse est intéressante aussi : pourquoi certains Français sont-ils surpris de voir des églises de scientologie à Montréal?”, nous a lancé d’emblée le directeur d’Info-Secte avant de rappeler que le mouvement possède des églises aux quatre coins du monde et qu’il compte, à travers le Canada, quelques milliers de membres. “Cela relève du choix de chaque individu d’embarquer ou non dans tel ou tel mouvement. Le plus important étant de faire un choix informé, de savoir où l’on met les pieds”, a confié Mike Kropveld rappelant qu’il convient d’être prudent, peu importe le mouvement.

“Avant de s’aventurer dans un groupe, il faut se poser beaucoup de questions, connaître les règles et les frais reliés : il faut faire ses propres recherches et ne pas hésiter à en parler autour de soi”, a expliqué le directeur d’Info-Secte dont les propos rejoignent finalement ceux de Dominic Larochelle. “On doit toujours savoir dans quoi on s’engage“, a simplement lancé le chargé de cours, conscient que le sujet revient de temps en temps sur le devant de la scène lors d’événements tragiques. “C’est tout la question d’endoctrinement qui est en jeu. C’est un grand débat !”

Dernièrement, l’Église de scientologie de Montréal avait notamment défrayé la chronique parce qu’elle avait tardé à payer ses taxes.