Quand se rebellera-t-on contre la manière d’embarquer dans l’avion ?

Matt Hurst / flickr

Quand vous attendez patiemment votre tour à la porte d’embarquement, vous savez au fond de vous qu’il y a une manière plus rapide de monter à bord d’un avion. Et vous avez raison.

Les études qui se sont penchées sur les processus de débarquement et d’embarquement ces dernières années montrent toutes que la manière utilisée aujourd’hui par la plupart des compagnies aériennes – embarquement par sections ou “zones” de l’arrière à l’avant en utilisant une seule porte – est la moins efficace. Pis, des chercheurs ont également trouvé qu’elle est dangereuse pour la santé.

Il est devenu urgent de trouver une solution. Avec la démocratisation du traffic aérien ces dernières décennies et l’agrandissement des avions, les temps d’attente pour l’embarquement (et le débarquement) se sont allongés. Une étude de Boeing montre qu’entre 1970 et la fin des années 90, la vitesse d’embarquement s’est réduite de 50%, pour atteindre 9 passagers par minute (contre 20 dans les années 60).

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Dans une tribune de The Atlantic, l’astrophysicien Jason Steffen a identifié deux facteurs qui ralentissent le processus: la politique de facturation des valises en soute pratiquée par les compagnies aériennes qui pousse les passagers à “apporter des bagages plus nombreux et plus remplis à bord” et le caractère mono-action de l’embarquement. “Le problème quand on embarque de l’arrière à l’avant est que nous avons affaire à un processus en série: une seule action est réalisée à la fois. C’est comme supprimer une page de texte un mot à la fois plutôt que de sélectionner la page entière. Dans ce cas, un seul passager s’assoit à la fois. L’allée centrale de l’avion n’est pas utilisée efficacement“.

cac2af8c0Jason Steffen a imaginé un système plus rapide: embarquer par colonnes (et non par rangées), en commençant par la place la plus au fond près du hublot et en sautant une rangée à chaque fois pour optimiser le rangement des valises (voir schéma ci-contre). Un test a montré que cette méthode était cinq fois plus rapide que le procédé “arrière vers l’avant” ou d’autres types d’embarquements dans un avion de 240 places. Le scientifique assure que sa méthode pourrait marcher dans des avions plus gros avec deux allées, comme les transatlantiques. “Le principe est de créer une distance minimale entre les passagers pour qu’ils puissent ranger leurs bagages. Le nombre de couloirs n’affecte pas cela“, confie-t-il.

D’autres scientifiques et des compagnies aériennes ont imaginé et testé des modèles d’embarquement basés sur la quantité de bagages à main notamment, ou sur “une pyramide inversée” où les passagers embarquent de l’arrière à l’avant et du hublot au couloir simultanément.

L’émission “MythBusters” de Discovery s’est aussi amusée à comparer différentes méthodes sur un avion moyen avec une seule allée centrale. Résultat: la méthode traditionnelle par groupes a mis un peu plus de 24 minutes, contre 17 minutes 15 secondes quand tout le monde embarque en même temps tout en ayant des sièges assignés, et 14 minutes 55 secondes pour un embarquement par colonnes dans lequel les passagers à côté des fenêtres entrent d’abord, suivis des sièges du milieu puis de ceux près du couloir. C’est cette dernière méthode que les passagers ont préféré. À noter qu’United Airlines l’a mise en place sans grand succès.

Quasiment à égalité en temps d’embarquement (14 minutes, sept secondes), on trouve la méthode utilisée par la compagnie Southwest sans zones ni assignation de sièges. Celle-ci fut la moins populaire auprès des cobayes de “MythBusters” et on comprend pourquoi: dans un tel système, on accroit le risque de séparer des personnes qui voulaient voyager ensemble.

Pourquoi ces méthodes plus efficaces ne sont-elles pas utilisées par les compagnies aériennes ? Jason Steffen reconnaît que son modèle peut rencontrer des difficultés de mise en oeuvre (nécessité pour tous les passagers d’être à l’heure, possible séparation de membres d’une même famille le temps de l’embarquement…). “Mais je ne sais pas pourquoi il n’a pas été adapté. Cela s’explique peut-être par le fait que l’embarquement n’est pas une priorité pour les compagnies aériennes“, suggère-t-il.

Sans changer l’algorithme d’embarquement, ces dernières pourraient aussi installer des rampes d’accès à l’arrière pour multiplier les points d’entrée, mais cela s’accompagnerait d’efforts logistiques et de main d’oeuvre supplémentaires. Aucune des compagnies contactées n’a répondu à nos demandes de commentaire.