Chantal Conan, la Bretonne qui répand les bienfaits de la forêt québécoise

Chantal Conan, devant son stand pendant le "Rendez-vous horticole" du Jardin botanique de Montréal

Originaire de Botsorhel (“butte de la sorcière”) dans le Finistère, Chantal Conan est arrivée au Québec en 1996 pour découvrir les grands espaces canadiens et les paysages décrits par Jack London dans Croc-Blanc, son livre fétiche. Elle n’est jamais rentrée en France! Vingt-et-un ans plus tard, elle est à la tête de Forêts et papilles, sa propre entreprise qui met en valeur les trésors de la forêt québécoise et les plantes comestibles.

“Au départ, moi je venais au Canada pas au Québec! Il faut l’avouer, bien souvent dans la tête d’un Européen, le Québec n’existe pas trop…”, se souvient encore Chantal qui connait maintenant la nature québécoise sur le bout des doigts.

C’est à Paris dans les années 80 qu’elle s’est formée à la naturopathie, l’herboristerie et l’agriculture bio. “Mais arrivée là-bas, je ne pensais qu’à partir au Canada! Je ne voulais pas vivre à Paris toute ma vie. Mon but c’était de trouver des herboristes qui me prendraient en stage n’importe où au Canada”, confie la Bretonne qui a finalement trouvé chaussure à son pied en devenant jeune fille au pair pendant 4 mois à Saint-Adèle et qui y a rencontré celui qui est devenu son mari.

“Quand je suis arrivée au Québec, j’ai eu l’impression d’être enfin chez moi, en terrain connu”, raconte celle qui, avant de lancer sa résidence permanente avait entrepris une “quête de vision” (rituel de modification de conscience) en compagnie d’Autochtones. “J’ai jeûné sur une île au milieu de nulle part pour savoir ce que j’allais faire de ma vie: je reste au Canada ou je rentre en France? J’ai finalement choisi de rester!”, confie Chantal qui, depuis 2011, développe des produits adaptés aux goûts des Québécois. “Mon but c’est de leur faire vivre des émotions, de leur rappeler des souvenirs. Juste par l’odeur, tu peux raviver un souvenir, toute mon entreprise est basée là-dessus.” 

Et pour cette spécialiste des plantes aussi cultivée qu’une certaine Pomona Chourave, le climat québécois ne semble pas poser problème, au contraire. Comme tous les Français installés au Québec, elle s’attend parfois à voir les plantes bourgeonner en 8 jours à peine. “C’est fantastique la nature! Ici la neige a son rôle à jouer: elle forme un couvert protecteur et les plantes y sont habituées. Heureusement, il ne fait pas -40° tous les jours non plus”, précise Chantal qui cueille tout pendant la belle saison, de fin avril à fin octobre. “Il y a une urgence à vivre pour les plantes, elles ont un laps de temps tellement court pour faire leur cycle qu’elles n’ont pas le choix, tout est exponentiel.”

Ses produits les plus populaires? Le thé du Labrador (dont le nord du lac St-Jean est couvert), une sorte de thé vert québécois, puissant relaxant aussi régénérateur hépatique et le chaga, un champignon médicinal qui pousse sur le bouleau, réelle fontaine de jouvence de la forêt québécoise. “Avant, il était utilisé pour transporter le feu par les Autochtones, il s’enflamme très vite! Mais c’est aussi un puissant antioxydant, en poudre on l’utilise sous forme de thé.” 

Et pour faire vivre son entreprise, Chantal mise tout (ou presque) sur les fêtes de Noël et profite des divers salons pour vendre ses produits. “Entre les Québécois qui aiment épater la galerie avec des beaux produits à donner à leurs proches et les Français qui retournent dans leurs familles en quête de saveurs authentiques à offrir, j’y trouve mon compte!”, plaisante Chantal, créatrice de goûts et dénicheuse de tendances qui fournit aussi quelques restaurants dans les Laurentides et de nombreux épicuriens véganes.

Parmi les différences flagrantes entre la France et le Québec, Chantal note le traitement réservé à l’ortie. “Ici, l’ortie j’en vends en quantités industrielles alors qu’en Bretagne on cherchait à s’en débarrasser par n’importe quel moyen. C’est parce qu’il y a très peu d’ortie ici et qu’on a maintenant une belle connaissance de cette plante, un trésor pour la santé, qu’elle est aussi prisée”.

Enfin, elle a constaté que les gens connaissent davantage les épices de l’Inde que celles de la forêt boréale canadienne et ne compte pas en rester là. “Je vais peut-être écrire un livre, les gens doivent être éduqués sur le sujet. Je leur dis souvent: allez cueillir ce dont vous avez besoin par vous-même ! Ou invitez-moi à aller dans la forêt avec vous !”. Avis aux intéressé.es…

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