La COVID a repoussé leur rêve canadien

Kevin Pedrosa et sa fiancée Eloïse espèrent encore pouvoir s’installer au Québec juste après leur mariage cet été.

C’était décidé, ils partaient s’installer au Canada ! Certains ont déjà pris leur billets d’avion, vendu leur maison et/ou démissionné de leur travail en France… Mais un virus s’est invité comme un grain de sable dans le rouage de leur plan bien huilé. Pour ces Français qui se voient contraints de rester dans l’Hexagone jusqu’à nouvel ordre, l’attente est longue et la pilule difficile à avaler.

Un calendrier chamboulé

On n’a pas choisi la meilleure année !“, se désole Meggane Montenot, qui a obtenu un permis de travail jeune professionnel en février et avait réservé des billets pour elle et son conjoint le 11 août avec Air Transat. Mais les vols de la compagnie n’ont pas encore repris et le couple attend de savoir s’ils auront tous les deux un visa. “Logiquement, j’ai accès au territoire canadien, explique la professeure des écoles. Mais mon conjoint n’a pas de visa. Avant, il aurait pu obtenir un permis de travail ouvert en arrivant, mais maintenant ce n’est plus possible”, se désole la Nantaise.  

Le couple, qui tente in extremis une demande de CAQ (Certificat d’Acceptation du Québec) sur internet, ne sait plus quoi faire. “Nous sommes partagés, car nous n’avons pas vendu notre appartement et mon conjoint n’a pas démissionné, raconte Meggane Montenot qui a obtenu une disponibilité en France. Nous pourrons retenter l’année prochaine si cela ne marche pas, mais cette année c’était parfait !, déplore la Nantaise. Elle continue d’espérer un relâchement des barrières mais craint des difficultés économiques. “Avec la récession au Québec, mon conjoint va-t-il trouver un emploi ?”s’interroge-t-elle.

Avocate spécialiste d’immigration, Me Nadia Barrou a des clients désemparés de l’autre côté de l’Atlantique par les procédures modifiées ou gelées. « S’engager dans un processus d’expatriation, c’est énorme psychologiquement et matériellement. J’ai conseillé à beaucoup de clients qui ne sont pas encore allés loin dans le processus de reporter et d’attendre pour voir comment les choses vont se passer, surtout ceux qui ont une famille», déclare l’avocate.

Immigrer en hiver

A la base, je ne souhaitais pas trop déménager en hiver” !, confie Cécile Té qui a obtenu son PVT (Permis Vacances Travail) en janvier et s’apprêtait à quitter la Seine-et-Marne pour Montréal en automne avec son conjoint. Mais ce dernier n’a pas de PVT et compte tenu du nouveau contexte, le couple a repoussé son projet à janvier 2021. “Je suis frustrée, car j’étais prête !, confie la jeune femme qui travaille dans le recrutement. Je suis propriétaire et j’avais commencé des démarches pour trouver un locataire. Cela me stresse un peu car il va falloir que je refasse ces démarches”.

Jim Carter n’est pas emballé non plus à l’idée de repousser son projet, prévu pour l’été. “Si nous ne pouvons pas emménager avant septembre, voire octobre ou novembre, ce sera plus difficile de s’acclimater”, craint le Nantais qui a obtenu son PVT en février et a déjà vendu sa maison. Le développeur informatique et sa conjointe ont démissionné de leurs postes mais cette dernière n’ayant pas de PVT, il était prévu qu’elle se joigne au voyage le 22 juin avec leur fils de deux ans en tant que visiteurs.

Nous quittons la France pour notre enfant à qui nous voulons offrir un meilleure vie et nous avons toujours rêvé de vivre à Montréal”, confie Jim Carter. “C’est un projet de vie qui est toujours là. Nous attendons, mais nous sommes prêts. Dès qu’une ouverture se crée, on décolle!”. En attendant, le Français se console en échangeant sur les réseaux sociaux avec d’autres candidats à l’immigration qui partagent ses doutes et sa frustration.

Des espoirs

Mon rêve serait d’obtenir la résidence permanente en juillet ou même en août”, lance Eloïse, qui craint de rater sa rentrée en internat au Québec en septembre. Son fiancé Kevin Pedrosa ayant été sélectionné en 2018, le couple suit l’évolution du dossier sur le site de l’IRCC (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada). «Cela fait des mois que la barre de progression estimée est bloquée sur une finalisation en juin 2020 ; elle n’est plus mise à jour », estime la psychologue qui attend l’invitation à effectuer la prochaine étape, la visite médicale. La Lyonnaise – en poste avec un préavis de trois mois – n’ose pas démissionner, mais n’a pas renoncé au projet initial. Les deux tourtereaux avaient prévu de s’envoler pour le Québec peu après leur mariage en France, fin août. C’est encore possible si les planètes s’alignent.

«Ce qui fonctionne actuellement, ce sont les permis d’étude, que je continue à conseiller si l’école est ouverte et offre des cours, signale Maître Barrou. Cela peut concerner beaucoup de gens qui ont vraiment envie de venir et ne se qualifient pas pour l’Expérience Internationale Canada». Selon la spécialiste de l’immigration, la crise de la COVID a néanmoins renforcé l’attrait du Canada. « Les Français qui sont ici ne sont pas à plaindre, car ils ont accès à tous les programmes d’aides du gouvernement. Nous sommes très choyés ! Cela a donné bonne presse au Canada et inspire confiance à beaucoup de candidats qui souhaiteraient maintenant venir s’établir ici ». Un eldorado compliqué par la crise, mais toujours attirant.