Gestion de crise de rigueur pour les « petits » patrons français

Coronavirus oblige, les entreprises se réorganisent totalement. En France comme au Québec, le télétravail est de mise dès que possible. Dans cette situation chaotique, les patrons français basés à Montréal, à la tête de petites structures, s’adaptent au jour le jour. Témoignages, entre gestion de crise et espoir.

« C’est devenu plus intense »
Sur le Plateau, dans les locaux d’Éco Compteur, une entreprise qui fournit aux villes des système de comptage des piétons et des cyclistes, le coronavirus est un sujet omniprésent depuis deux mois. Avec un siège basé en France, des filiales présentes en Allemagne, au Québec et en Chine, à Wuhan – là même où a débuté la pandémie -, l’entreprise est aux prises direct avec le virus depuis des semaines. Jean-François Rhéault, directeur du bureau canadien, le confie : « Cela fait deux mois qu’on a des impacts sur notre business. Nous avons des salariés répartis entre l’Allemagne, la France, la Chine et Canada, et notre employé à Wuhan a été placé en isolement au début de la crise, explique le Montréalais. Jusqu’à présent, nous avons réussi à relever le défi de la logistique. Depuis deux semaines, avec la montée en puissance du virus en France, c’est devenu encore plus global et plus intense. Nous avons annulé un séminaire à Chypre. »
Pour celui qui effectuait entre quatre et cinq voyages en direction de la France chaque année, de nombreuses modalités ont été revues. « Tous les déplacements sont annulés. Actuellement, 20 % de l’équipe est isolée car les salariés rentrent de l’étranger. » Au lendemain des premières annonces du Premier Ministre Legault, jeudi 12 mars, Jean-François Rhéault a donc mis en place une nouvelle organisation au sein de toute l’équipe : « Je l’ai divisée en deux : la moitié des salariés en télétravail, la moitié au bureau. Cela réduit les déplacements, le nombre de personnes au bureau et permet aux personnes de garder leurs enfants. Cela nous prépare à une éventuelle fermeture totale des frontières. C’est un exercice d’entraînement », anticipe le jeune patron, qui gère aussi les émotions du personnel : « Chacun a une réaction différente face aux risques. C’est un autre défi auquel il faut s’adapter. On réagit au jour le jour, d’heure en heure même. En tant que petites entreprises, nous allons avoir deux semaines pour montrer notre capacité à rebondir et c’est ce qui fera la différence. »

« Un ralentissement de l’activité est à prévoir »
Même état d’esprit pour Pierre-Éric Marez, qui dirige le bureau canadien de VO2 groupe, une société de consulting informatique. Le modèle de travail de la société est déjà basé sur le travail à distance, mais il a fallu adopter une nouvelle organisation. « On intervient pour des clients en France, on a déjà l’habitude de travailler à distance et de manière virtuelle. Habituellement, dix personnes sont au bureau de Montréal. Avec les nouvelles mesures, nous allons être amenés à travailler en télétravail. Je vais mettre en place des réunions virtuelles journalières pour garder le contact avec l’équipe. On sait que ça va être plus compliqué pour les personnes qui ont des enfants, mais on est assez flexible », affirme le jeune Français qui, en fin de semaine, ne se faisait pas trop d’illusions : « Au début, ça ne devrait pas être trop difficile. Ensuite, il faudra voir l’impact sur nos clients. L’activité va certainement être ralentie et on sait que l’impact va s’accroître et risque d’être important. Il faut s’attendre à moins de réactivité de la part de nos clients. » Et sans attendre la fermeture des frontières, Pierre-Éric Marez a décidé d’annuler en voyage prévu cette semaine en Alberta. « Il y a des imprévus, mais on gère au jour le jour. »

« Être un acteur responsable »
Un autre cas de figure sonne à la porte de Karine Deserre-Pezé, fondatrice de C’est moi le Chef, une activité dirigée directement vers les enfants et qui se déroule en groupe. L’entreprise d’économie sociale (OBNL) organise des ateliers d’initiations et de découverte de la cuisine. Depuis vendredi, Karine Desserre-Pezé a dû prendre une décision « douloureuse mais nécessaire » : « À partir du moment où l’activité n’est pas indispensable, nous avons choisi d’annuler les ateliers du mois de mars avant même que les bibliothèques soient fermées. Cela était de notre responsabilité. Nous voulons être un acteur responsable. C’est notre rôle d’acteur citoyen. » Mais pour cette petite structure, les deux semaines à venir vont sans doute être lourdes de conséquences. Comme dans le milieu artistique, la fondatrice de C’est moi le Chef « offre la possibilité de se faire rembourser pour les ateliers déjà payés ou de transformer cet argent en don afin d’aider notre équipe. » Comment va-t-elle organiser ces prochains jours ? « Nous allons faire du développement des affaires pour tenter de compenser la perte », explique la Française qui compte bien être présente aussi sur les réseaux sociaux : « Nous allons partager des recettes testées et approuvées par les parents et les enfants avec des produits de réserve comme des légumineuses. Notre mission est de transmettre le plaisir de bien manger mais aussi de partager des moments de complicité avec les enfants, nous allons la poursuivre ! Faire de la cuisine, des recettes, c’est apprendre aux enfants les mathématiques, la lecture et même le français, dit-elle avec optimisme. Il faut utiliser ce confinement pour en faire des moments de plaisir avec les enfants. » Alors restez connectés, vous trouverez de quoi occuper vos journées avec vos enfants !