Marine Thomas, la nouvelle rédactrice en chef du journal Les Affaires

C’est une belle promotion qu’elle vient de recevoir. Marine Thomas est la nouvelle rédactrice en chef du journal Les Affaires, un joueur influent de la presse québécoise depuis plus de 90 ans. À seulement 32 ans, c’est la quatrième fois qu’elle prend les rênes d’un média québécois. Elle s’est prêtée au jeu de l’interview à nos côtés : l’occasion de revenir avec elle sur son parcours et ses prochains défis.

Après avoir vécu en France et en Californie, c’est dans la Silicon Valley à Palo Alto qu’elle a passé son adolescence et fait son secondaire. “À 18 ans, je suis rentrée en France pour étudier en hypokhâgne et khâgne avant d’intégrer une maîtrise à Science Po Paris en management de la culture des médias”, raconte la Française qui se souvient avoir cumulé beaucoup de stages à l’époque. “C’était en 2009, la crise avait frappé ! Sans parler du fait que le secteur des médias n’était déjà pas facile”.

À la recherche d’un emploi, elle décide de postuler pour une boîte de production française qui possédait un bureau satellite à Montréal — où elle n’avait encore jamais mis les pieds. “Ils cherchaient quelqu’un pour faire de la recherche documentaire pendant 3 mois ! C’était en plein hiver, j’ai tenté ma chance”, se souvient Marine Thomas qui est finalement tombée en amour avec la métropole.

Grâce à son réseau et au bouche-à-oreille montréalais, elle se met à travailler pour le magazine Première en Affaires, en tant que responsable du site web. “J’étais passionnée par ce projet ! Cela a été une excellente école pour moi, j’y portais plusieurs casquettes puisqu’il y avait tout à faire (…)”, raconte la trentenaire qui est rapidement devenue la rédactrice en chef adjointe du bimestriel. “Dans le même temps, on m’a confié le développement du magazine Inspiro destiné aux jeunes professionnels (NDRL : il n’existe plus). L’idée c’était de valoriser l’entrepreneuriat québécois et de celles/ceux qui font bouger les lignes”, confie la Montréalaise qui ne compte plus le nombre d’entrevues qu’elle a pu faire avec des leaders influents du Québec.

Cinq ans plus tard, c’est pour la revue Gestion (NDLR : un OSBL fondé en 1976 à HEC Montréal) qu’elle décide de mettre ses compétences à profit. “Le magazine venait d’être créé et l’équipe cherchait une ligne éditoriale, mais aussi à augmenter sa notoriété, etc. Cela correspondait beaucoup à mon esprit entrepreneurial, j’aime construire et bâtir des projets”. C’était juste avant qu’elle soit invitée pour un lunch d’affaires par Julie Cailliau, sa prédécesseure au journal Les Affaires. “Elle m’a proposé de venir rejoindre son équipe pour me confier la direction du journal”, lâche simplement celle qui a toujours su bien s’entourer.

“Le journalisme de qualité a un coût et il faut bien que quelqu’un paie”

À regret, Marine Thomas a donc quitté la revue Gestion. “Mais Les Affaires, c’était mon rêve. Tu ne peux pas dire non à ton rêve ! Il y a un joueur incontournable dans la presse québécoise, c’est Les Affaires. Et quand on évolue dans une industrie, évidemment, on a envie d’évoluer auprès du numéro 1”, confie Marine Thomas, fière d’être désormais à la tête d’un média influent et crédible. “C’est très fort quand Les Affaires met quelqu’un en manchettes, ça veut dire quelque chose. (…) Quand on est journaliste, on a envie d’avoir un impact, c’est évident. Surtout quand on travaille dans un média économique, c’est très motivant, on se lève en se disant qu’on va contribuer à l’économie du Québec”, lance la rédactrice en chef, consciente de sa responsabilité et de l’impact de ses choix éditoriaux.

Son principal défi ? Comme la plupart des médias, trouver un modèle d’affaires qui assurera la stabilité du journal. “On n’est pas à l’abri des aléas du marché, d’autant que le marché publicitaire change rapidement”, rapporte celle qui estime que les lecteurs comprennent de mieux en mieux que le tout gratuit est moins possible qu’avant. “Le journalisme de qualité a un coût et il faut bien que quelqu’un paie. (…) Mondialement, l’industrie médiatique est en train de se chercher et de se réinventer. Les premiers à en payer le prix sont souvent les journalistes, aussi talentueux soient-ils”, a rappelé la rédactrice en chef.

Le Québec, une “terre d’opportunités incroyables”

Consciente de sa bonne étoile et du “bel héritage” qu’on lui a confié avec Les Affaires, elle espère pouvoir apporter sa petite pierre à l’édifice et sa petite touche plus montréalaise que française. “J’oublie que je suis française… Je suis arrivée ici, j’avais 23 ans. Toute ma carrière professionnelle, je l’ai faite au Québec. J’ai fait 5 ans d’études en France mais j’ai passé plus du double de ma vie adulte à Montréal : je me sens Montréalaise”, raconte Marine Thomas qui estime que le Québec a été une “terre d’opportunités incroyables”.

“Les valeurs d’ici me rejoignent beaucoup plus que celles de ma terre d’origine. J’aime beaucoup ce que le Québec a fait de moi”, a confié la journaliste qui s’implique aussi dans plusieurs organismes, malgré son planning déjà bien chargé. Vice présidente du CA du Y des Femmes de Montréal, et créatrice d’un comité de jeunes professionnels (Génération W), elle n’a pas hésité non plus à s’impliquer auprès de l’organisme Lire et faire lire. “C’est une façon de redonner à la communauté, cela me parait important de s’engager. En tant qu’immigrant, c’est bien de prendre mais il faut savoir redonner à un moment donné, on nous apprend ça aussi ici.”