Marlone : deux Françaises redonnent des couleurs à Montréal

Mélody Magot et Céline Leboissetier, cachées derrière leurs carnets. Crédit : Storiesmtl

Vous connaissez sûrement les affiches colorées de Marlone représentant de manière épurée les parcs et le métro montréalais, mais vous ne vous doutiez peut-être pas que deux Françaises en étaient à l’origine. Issues de la mode et du design, la Nîmoise Céline Leboissetier et la Jurassienne Mélody Magot impriment leur univers coloré à Montréal, sous forme d’articles de papeterie mais aussi à travers leur deuxième activité : le conseil en design de marque. Rencontre avec le duo dans son atelier du Mile-End.

Si Mélody Magot — diplômée des Beaux-Arts en France — travaillait dans le domaine du design graphique, l’univers de Céline Leboissetier était plutôt le marketing et le conseil dans la mode. Lorsque les deux femmes, qui ont émigré au Québec avec leur conjoint pour s’évader à l’étranger, se rencontrent à Montréal en 2014, il se passe pourtant quelque chose. “Nous nous sommes rendu compte que nous avions les même références. C’est rare ! On connaissait les mêmes marques émergentes, ça a tout de suite fitté !“, raconte Mélody Magot. C’est le mariage de Céline Leboissetier qui va lancer l’aventure Marlone.

La future mariée propose à Mélody Magot de l’aider pour organiser l’événement et créer cartons d’invitation, tote bags et décoration. “On se comprenait, ça allait vite, c’était comme si nos cerveaux étaient déjà connectés !“, racontent les deux jeunes femmes. Fortes de cette émulation, elles décident de créer quatre tote bags en denim inspirés de films. Et c’est un carton ! “Nous avons eu de bonnes parutions presse et il y a eu un petit engouement. Il n’y avait pas beaucoup de tote bags sérigraphiés et fabriqués à Montréal, c’était un peu précurseur dans le sac réutilisable“, analyse Céline Leboissetier.

À partir de cette première expérience en 2016, les deux Françaises embrayent sur des articles de papeterie en parallèle de leurs activités professionnelles respectives, et commencent à être approchées par des commerces indépendants, en demande de produits personnalisés. Elles décident alors de se consacrer à plein temps au lancement d’une entreprise.

Après une formation d’un an de démarrage d’entreprise assortie d’une aide financière dans le cadre du Programme de Soutien aux Travailleurs Autonomes (STA), elles lancent l’agence Marlone en 2018. Le but : vendre leurs créations (papeterie, tee-shirts bio faits à Montréal) mais aussi — et de plus en plus —, proposer leur expertise en design identitaire global (logos, cartes d’affaires, menus, vitrines, sites web, emballages, etc) pour renforcer l’identité et la cohérence de leurs clients commerçants indépendants afin d’éviter le bricolage hasardeux.

Les gens ne se rendent pas compte que cela représente un petit investissement au départ mais que si le design n’est pas cohérent de A à Z, il sera mauvais“, souligne Céline Leboissetier. Parmi leurs clients pour de petites interventions (produits personnalisés) ou du design global, beaucoup sont dans le domaine alimentaire ou textile, comme par exemple la Lichée, Café Pista, Boulangerie Guillaume, Bogui ou Marmier-Betina Lou. Que de belles enseignes ! Leur dada, le “bonbon” de leur activité de conseil qui leur met du rose aux joues ? Les emballages, colorés bien sûr.

Avec le recul, les deux Françaises — très à l’affût des tendances dans le monde entier — sont ravies d’avoir lancé leur aventure à Montréal, une ville sur laquelle elles posent un regard neuf et dont le climat entrepreneurial a relancé leur créativité. “Je me sentais moins créative à Paris qu’à Montréal, confie Mélody Magot. Il y a des choses qui nous surprennent ici et puis nous ne craignons pas le jugement“. “La peur de l’échec n’est pas la même qu’en France, renchérit Céline Leboissetier. On se sent aidées et comprises ; tout est facilité et on se met moins de limites. On tente des trucs, on essaye et honnêtement, c’est rare que cela ne marche pas !“.

Et la suite ? “Nous aimerions proposer notre papeterie en France dans une version adaptée. On y travaille !“. Nous, on adorerait voir le Jardin du Luxembourg, les Tuileries et le métro parisien reprendre des couleurs avec les deux Montréalaises…