Maurin Auxéméry, passionnément jazz

© Benoit Rousseau, FIJM

Le Français Maurin Auxéméry est l’un des trois programmateurs du Festival de jazz de Montréal (FIJM), dans l’équipe de Spectra. Un « job de rêve » que le Montréalais d’adoption effectue depuis septembre 2013. Rencontre.

Il arpente les longs couloirs du Centre Bell en rigolant, accueille son hôte à la sortie de l’ascenseur, offre un verre d’eau et refait le chemin inverse, toujours avec le sourire. « Je fais mon sport », s’amuse ce jeune passionné de musique. Dans cette tour qui abrite le QG des Canadiens, le club de hockey de Montréal, Maurin Auxéméry ne risque pas de perdre le rythme, même si lui évolue dans un tout autre domaine : il est l’un des trois programmateurs du Festival de jazz de Montréal (du 27 juin au 6 juillet 2019).

Le jazz le berce depuis sa petite enfance et son oreille y fut initiée par les plus grands noms (Miles Davis, Roy Hargrove ou Wynton Marsalis en personne…). Natif du Gers, et plus exactement de Marciac, où se déroule chaque été un célèbre festival dédié au jazz, Maurin Auxéméry a grandi dans une atmosphère 100 % musicale. Il n’a pas dix ans quand son père l’emmène à son premier concert ! Les années passant, l’adolescent s’intéresse aux musiques du monde tout azimut, en pince alors autant pour le reggae façon Bob Marley que pour Eric Truffaz ou Julien Moura, deux artistes phares du jazz.

« Si le festival de jazz m’appelle, je dis oui ! »

Le bac en poche, le jeune Français entame une école de commerce à Rennes, puis s’offre une année de césure (stage en entreprise) où il intègre l’équipe du festival de jazz à Marciac et se souvient même, à l’époque, « claquer » tout son salaire dans les CD. Ses études achevées, l’érudit s’emballe pour l’idée d’un copain globe-trotter : partir faire un grand voyage en Amérique. Au programme : Montréal, New-York et le continent sud-américain. « On voulait voyager avant de commencer à travailler », raconte-t-il, en soulignant à la québécoise: « “Faque“… Je n’ai pas dépassé les frontières de Montréal ! »

Sur les rives du Saint-Laurent, Maurin Auxéméry trouve vite une sorte d’idéal de vie. La ville lui plaît, les opportunités se présentent. Il travaille pour un label de jazz évidemment, puis organise des tournées pour des artistes… de jazz notamment (Truffaz, Tigran Hamasyan) et lors d’une soirée d’ouverture des FrancoFolies, au cours d’une conversation avec la directrice artistique de l’événement, se souvient lâcher  : « Si le Festival de jazz m’appelle, je dis oui. » Une déclaration d’amour qui ne restera pas lettre morte.

« Un enfant dans un magasin de jouets »

Deux mois plus tard, Maurin Auxéméry entame son nouveau travail chez Spectra. C’était en 2013 et depuis, il se le répète tous les jours : « Je fais ma job de rêve. » De ses premiers jours, il raconte : «  J’étais comme un enfant dans un magasin de jouets ! J’avais 32 ans, imaginez ! Je pensais que c’était un poste que j’aurais pu obtenir à 50 ans. » D’autant que rapidement, Maurin Auxéméry se sent comme un poisson dans l’eau. « Je connaissais le jazz, et le business aussi, j’ai été rapidement opérationnel. »

Aujourd’hui, toujours à l’affût des nouvelles sonorités, il adore dénicher des perles rares, ces artistes pas ou peu connus qui feront finalement leur trou sur cette planète musicale extraordinaire. Il cite Mulatu Astatke, pionnier de l’éthio-jazz (forme de jazz né en Ethiopie), que le programmateur parviendra finalement « à booker », malgré un suspens sans fin. « Ça m’a pris des lunes ! C’était chaud. Jusqu’à la dernière minute, la veille de sa venue, il y avait des problèmes de papiers, mais on a réussi ».

Jeune papa, marié à une artiste ambassadrice de la culture inuit (Elisapie Isaac), Maurin Auxéméry cultive une forme de diversité dans son métier comme dans sa vie de tous les jours. Son ADN comporte une sensibilité sur le monde qui l’entoure, une tolérance qu’il inculque aussi à ses enfants. « Jeune, j’étais un peu un ayatollah du jazz, aujourd’hui, je suis beaucoup plus ouvert. Le meilleur jazz, c’est celui qui se métisse ! Ça offre un éventail beaucoup plus large et c’est aussi comme ça que je conçois la vie en général. »