Écologie : L’herbe est-elle plus verte à Montréal ?

Léa Ilardo, tête de proue du mouvement "La Planète s'invite à l'Université". DR

Avec près de 30% de voix accordées à Europe Écologie Les Verts aux dernières élections européennes, les Français de Montréal semblent plus portés sur l’écologie qu’ailleurs. Est-ce Montréal qui les a inspiré ? Maudits Français est parti à la rencontre de ces Français qui ont changé leur manière de consommer à Montréal.

Un terreau propice au militantisme

Si Léa Ilardo était déjà sensible à l’écologie en France, c’est surtout à Montréal où elle a eu « le déclic ». L’étudiante en sciences politiques en classes préparatoires à l’école de journalisme de Lille s’est trouvée transformée par son échange universitaire à l’Université de Montréal pour quelques mois. « D’observatrice, je suis devenue militante », résume-t-elle.

Une transition qui, selon elle, n’aurait pas pu avoir lieu avec la même intensité en France. « J’ai rencontré à Montréal des personnes très impliquées qui m’ont donné envie de faire davantage de politique », raconte-t-elle. Tout est allé très vite pour la jeune femme de 21 ans. Arrivée au Québec en septembre dernier, elle s’est rapidement trouvé à animer des chroniques radio sur l’environnement au micro de la radio communautaire CIBL. « Mais après janvier, je suis passée de l’autre côté du micro ! Ma conscience militante est clairement née ici. Quand je suis une manifestation, ce n’est plus en tant que journaliste, mais militante ».

S’affranchir des carcans

Même son de cloche du côté de Charles Duprez, assistant de recherche et étudiant à l’UQAM en master sur l’environnement. « J’aurais sûrement eu cette prise de conscience en France, mais beaucoup plus tard. Car issu d’un milieu bourgeois et ayant d’abord fait une école de commerce, je n’étais que rarement confronté à ces enjeux. »

Pour le jeune homme de 25 ans, ce qui « l’empêche de dormir », c’est le concept d’interconnexion des facteurs et de point de basculement. « On aimerait penser que tout ce produit de façon linéaire, qu’une augmentation constante des émissions de gaz à effet de serre (GES) va entrainer une augmentation constante des températures. Mais passé certains point de rupture, le système s’emballe et à ce moment-là il sera trop tard ». Il cite, comme points de bascule, la fonte du permafrost de Sibérie, ou la disparition de la forêt amazonienne.

Depuis son arrivée à Montréal, il y a un an, il s’est rapproché de Greenpeace. Et s’affranchir des carcans professionnels qu’il a connu en France lui a permis de creuser davantage ces sujets.

Une vague verte à l’université

Le milieu estudiantin et de la recherche est en effet particulièrement engagé à Montréal. En seulement quelques semaines, Léa Ilardo s’est retrouvée tête de proue d’un mouvement étudiant mobilisé pour l’urgence climatique, « la Planète s’invite à l’université ». Inspiré du mouvement « La Planète s’invite au Parlement », l’initiative étudiante s’est rapidement transformée en tsunami vert avec la manifestation du 15 mars dernier, reprise dans plus de 100 pays.

« Une vraie heureuse surprise », pour Léa, qui est sur tous les fronts pour faire prendre conscience de l’urgence climatique. « Cet été, on va structurer le mouvement ». Car Léa Ilardo compte bien rester au Québec, pour poursuivre son engagement.

Des petites actions pour une grande ambition

Léa Ilado applique ses convictions au quotidien. Déjà végétarienne depuis quelques temps en France, elle a fait sa transition vers le véganisme au Québec. « J’ai trouvé le Pacte pour la transition énergétique proposé par Dominic Champagne très novateur : pour toute action citoyenne, le gouvernement québécois s’engage aussi », se réjouit-elle.

L’étudiante veille également à suivre une ligne de conduite « zéro déchet ». « En France aussi, mais je trouvais ça plus compliqué. Je devais faire 12 boutiques avant d’en trouver une qui vend du vrac ». À Montréal, les magasins de ce type ouvrent les uns après les autres, et leur succès n’est plus à prouver.

Une éducation à l’environnement

Montréal, paradis des écolos ? En tout cas, peut-être celui de leurs enfants. Julie Tardieu, fondatrice d’une boutique de vêtements pour enfants en ligne, vit à Montréal depuis trois ans. « Ici, dès le plus jeune âge, les enfants sont sensibilisés à l’écologie », raconte-t-elle. Elle raconte que l’école demande aux parents « d’amener des boites à lunch sans plastique ». « Les instituteurs apprennent aux enfants à nettoyer le pot de yaourt avant de l’envoyer au recyclage », renchérit Gaëlle Aflalo, son associée.

Le paradoxe canadien

Si de la France, « tout le monde voit le Québec comme très vert », il ne faut pas oublier que « le Canada est l’un des pires pays pétroliers », nuance Léa. En effet, le Québec tire son épingle du jeu par rapport aux autres Provinces grâce à son système d’hydro-électricité, 100% renouvelable. « Mais le dernier gouvernement québécois élu en octobre n’a pas vraiment l’écologie dans ses priorités », regrette-elle.

Charles Duprez rappelle que le Canada détient aussi le titre de « champion du monde de la production de déchets par habitant », et est l’un des plus gros producteur de gaz à effets de serre de la planète.

Alors, le Québec, mirage ou réel ancrage écologique ?

Le Québec a déjà fait sa transition énergétique au niveau de sa production d’électricité. « Reste ensuite de s’attaquer aux autres secteurs comme celui des transports qui est le plus polluant ici », rappelle Charles Duprez. « Ce qui est paradoxal, car si les infrastructures permettent au Québec d’avoir une électricité propre, calculée par habitant, la consommation d’électricité était la troisième la plus importante du monde en 2012. On peut donc dire qu’individuellement les Québécois ne sont pas très écologiques », nuance l’assistant de recherche. Il note cependant qu’un mouvement est en train d’émerger ces dernières années, « notamment parmi les jeunes, qui sont bien plus conscient des enjeux écologiques.»

Pour Léa Ilardo, le Québec est un bon terrain pour un engagement en faveur de l’écologie, car, peu peuplé, « chaque action a plus d’ampleur ». « Le rapport au territoire est aussi plus marqué », remarque la militante. Des petits pas qui, selon elle, ont quand même un pouvoir d’influence à l’échelle internationale.