L’Odyssée d’Hakim : l’exil d’un réfugié syrien raconté en BD par Fabien Toulmé

L'Odyssée d'Hakim. Crédit: Fabien Toulmé

Fabien Toulmé était présent au Festival de la BD de Montréal pour présenter le premier tome de ‘‘L’Odyssée d’Hakim’’. Sélectionné au prix France Info 2019, il raconte le périple d’un jeune syrien, qui a dû fuir la torture et la répression dans son pays en partant pour l’Europe.

‘‘400 morts en Méditerranée’’

En mars 2015, 150 personnes meurent dans le crash d’un avion de la GermanWings. Un accident qui fait l’ouverture de tous les journaux télévisés pendant une semaine. Pourtant, Fabien Toulmé est marqué par une simple annonce, en fin de JT : ‘‘400 migrants décèdent noyés lors de la traversée de la Méditerranée’’.

‘‘Je reçois cette information en me disant que cela m’impacte moins que l’histoire du crash d’avion’’, explique l’auteur. Selon lui, la plupart des gens reçoivent ces informations de manière diffuse, “plus distanciée”. C’est ce qu’on appelle la loi de la proximité, surnommée loi du “mort-kilomètre”. Dans les médias, plus la ou les personnes décédées paraissent loin (géographiquement, sociologiquement, temporellement), moins le lecteur se sent concerné.

Pour l’auteur, la perception différente de ces événements et dû à une question d’identification. ‘‘J’aurais pu me retrouver dans cet avion, mais je ne pense pas avoir un jour à fuir la France à cause de la guerre ou de la famine’’, explique-t-il.

Fabien Toulmé décide alors de rencontrer quelqu’un susceptible de lui raconter son histoire et son parcours. Pendant deux ans, à partir de 2016, il a échangé avec Hakim, un réfugié syrien à l’histoire à la fois assez classique, mais aussi extraordinaire.

Un long périple de quatre années

‘‘Son objectif initial n’est pas forcément d’aller en Europe, mais surtout de fuir un pays où il est en danger’’, explique Fabien Toulmé. Avant l’exil, Hakim avait une vie normale, entre son travail de pépiniériste à Damas, sa vie de famille et les sorties avec ses amis. Il raconte sa vie dans un pays malmené par la corruption et la répression.

En 2011, lors des printemps arabes, les habitants de Damas manifestent pacifiquement pour plus de liberté. Alors qu’Hakim ne croit pas à la possibilité de faire fléchir le régime, l’armée intervient et les forces de l’ordre tirent sur les manifestants. ‘‘Hakim n’a pas participé aux manifestations, mais il est venu en aide aux blessés’’, explique Fabien Toulmé. Une aide qui va lui valoir d’être arrêté et torturé après avoir été dénoncé. Il sera finalement libéré. Mais son frère, embarqué par la police, disparaît.

Pour éviter la mort, Hakim décide de partir quelques temps à Beyrouth, au Liban. ‘‘La situation ne s’est pas améliorée dans son pays. Avec l’arrivée massive de migrants syriens au Liban, les conditions de vie étaient très difficiles.’’ Hakim revoit donc ses plans et décide de partir pour l’Europe.

Dans ce premier tome, Fabien Toulmé raconte le voyage d’Hakim de la Syrie à la Turquie. ‘‘Je voulais prendre mon temps, raconter la situation initiale, et comment tout a basculé’’, explique l’auteur. C’est en échangeant avec Hakim qu’il s’est rendu compte que la destination de l’exil, loin d’être linéaire, n’est jamais parfaitement définie.

La BD, un moyen de raconter sans raccourcis

Selon l’auteur, la bande dessinée a l’avantage de ne pas avoir de contrainte  de temps et de budget, contrairement au cinéma. Si elle touche moins de monde, elle permet d’entrer plus dans les détails. L’odyssée d’Hakim au cinéma se limiterait peut-être à la traversée de la Méditerranée, ‘‘un événement symbolique mais qui ne représente qu’une petite partie du voyage’’, explique Fabien Toulmé. Le dessin permettrait de plus ‘‘d’adoucir le propos sur un sujets grave”.

Avec L’Odyssée d’Hakim, Fabien Toulmé livre un récit qui rappelle les histoires de Guy Delisle. Une comparaison élogieuse, estime l’auteur : ‘‘ce sont des auteurs tels que Guy Delisle ou Marjane Satrapi qui m’ont fait entrevoir la possibilité de me lancer.’’ Grâce à eux, il s’est rendu compte de la possibilité de raconter une histoire avec des ‘‘dessins imparfaits, pas forcément académiques’’. ‘‘Ce qui compte dans une BD, c’est d’avoir un style et de raconter une histoire qui nous inspire’’, conclut-il.

>> Le tome 2 sera disponible à partir du mois d’août dans les librairies du Québec. Vous pourrez suivre la traversée de la Méditerranée et l’installation d’Hakim. Vivement recommandé !