Mohamed Hamidi : “Le problème des banlieues est un problème universel”

Arrivée à la Courneuve. Crédit: Mars films

À l’affiche au Québec depuis le 17 mai, “Jusqu’ici tout va bien” est le deuxième film de Mohamed Hamidi, après “La Vache“. Cette comédie traite avec humour de son sujet de prédilection, la réhabilitation des banlieues. Rencontre avec cet ancien professeur d’économie, ancien rédacteur en chef du Bondy Blog, devenu réalisateur.

La rencontre entre deux mondes

Fred Bartel (Gilles Lellouche) est le charismatique patron d’une agence de communication parisienne branchée. “Happy Few” est faussement immatriculée à La Courneuve, une zone franche qui offre des exonérations fiscales. Mais un beau jour, il se fait rattraper par le fisc. Sa seule alternative à la faillite ? Déménager – pour de vrai cette fois – ses locaux à La Courneuve. Fred Bartel et ses salariés parisiens des beaux quartiers vont alors devoir découvrir cette banlieue dont ils ignoraient tous les codes. Et, finalement, s’y attacher.

“En France comme partout, les écarts se creusent entre les banlieues et le centre, regrette Mohamed Hamidi. Le problème des banlieues est un problème universel…” Alors que d’autres ont fait le choix d’aborder la banlieue de façon dramatique, Mohamed Hamidi préfère faire passer son message sur un ton plus léger. “Mon film parle de la peur de l’autre, de la fraude fiscale, de la rencontre entre deux mondes différents et qui pourtant se recoupent. Mais la comédie permet d’être moins moralisateur, tout en restant ancré dans la réalité sociale.”

Engagé contre la discrimination

La réalité de la banlieue, Mohamed Hamidi la connaît bien. “Je suis né à Bondy, une banlieue de Seine-Saint-Denis. J’y ai grandi, passé ma jeunesse, y ai enseigné l’économie. J’ai passé 45 ans de ma vie en banlieue.”

En 2005, au moment des violences et des émeutes dans les banlieues de France, il rejoint le Bondy Blog, créé par des journalistes de l’Hebdo, un magazine suisse. Le but : “raconter la vie des habitants de ces zones souvent laissées pour compte.” Par la suite, il reprend le média avec des jeunes du quartier. “À travers toutes ces rencontres, on se rend bien compte que ces jeunes ont réellement la volonté de s’en sortir.”

Les zones franches dans les quartiers défavorisés ? Un écran de fumée selon le réalisateur. Mises en place en 1996, puis 2003, les Zones Urbaines Sensibles (ZUS) visent à créer une activité économique dans une région, en incitant l’installation des entreprise. “C’est une mesure de rattrapage, pas une solution à long terme pour résoudre problème du chômage dans les banlieues.” Chômage qui touchait 23 % de la population active des ZUS en 2015.

Une référence à La Haine

“La véritable solution, ce serait d’accompagner les gens des quartiers dans leurs propres projets. Plutôt que de faire intervenir des grandes entreprises, et de tout miser sur la discrimination positive, on devrait aider ceux qui sont déjà là…”, suggère Mohamed Hamidi.

Les cinéphiles verront dans le titre du film une référence à la célèbre phrase tirée de La haine, de Mathieu Kassovitz, un film sur l’univers des banlieues. “Jusqu’ici tout va bien” : tombant d’un édifice, un homme se la répétait avant de toucher le sol. “La Haine est un classique sur l’univers de la banlieue. Mon titre correspond plus à mon histoire et au personnage de Gilles Lellouche. C’est un optimiste, tant qu’il gagne et que tout va bien, il continue de jouer.”