Pourquoi dit-on que Montréal est le cerveau de l’intelligence artificielle ?

Crédit : MILA

Depuis quelques années, la matrice de l’intelligence artificielle est en pleine ébullition à Montréal. Les géants du net se bousculent au portillon : Google, Facebook, Microsoft, ils ont tous installé leurs labos ici. Tout comme Samsung et IBM ou encore Thalès et Havas. C’est également à Montréal qu’est basée la supergrappe canadienne SCALE AI. Pourquoi la métropole est-elle devenue un centre névralgique en la matière ? C’est notre “question bête” de la semaine.

En décembre dernier, les experts mondiaux de l’IA y signaient la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle. Du 10 au 11 avril 2019, le World Summit AI des Amériques s’y tiendra également. Il n’y a pas un jour sans que la ville ne soit associée à l’IA ! « C’est un des spots à travers le monde où ça se passe en ce moment. De plus en plus d’investisseurs de la Silicon Valley s’en viennent à Montréal », nous a confié Myriam Côté, directrice IA pour l’Humanité du Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle. L’IA fait le buzz dans la métropole, et dans le Grand Montréal, ce sont près de 93 000 spécialistes qui travaillent dans le secteur selon Montréal International. Pourtant, si le Canada figure dans le top 5 du palmarès des pays avancés en la matière, il n’est pas encore dans le peloton de tête : ce sont les Etats-Unis, la Chine et le Royaume-Uni qui composent le tiercé gagnant, comme l’indique le rapport mondial d’Element AI.

Le Big Bang du Deep Learning

« Dans les années 90, avec l’IA classique, il n’y avait pas vraiment de réussite à saluer. Mais à partir des années 2000, les objets sont devenus intelligents, c’est ce qui a déclenché tout ça, c’est une révolution ! C’est une nouvelle approche en IA, à savoir le « deep learning » ou « Apprentissage Profond » en français, inventée par trois pionniers : Geoffrey Hinton de l’Université de Toronto, Yann LeCun de New York University (NYU) et Yoshua Bengio de l’Université de Montréal », nous explique Myriam Côté. Consécration : le trio vient d’ailleurs de recevoir le prestigieux Prix Turing, l’équivalent du Nobel de l’Informatique.

Yoshua Bengio, le cerveau des cerveaux

À l’heure actuelle, Yoshua Bengio, originaire de France, est la rock star des chercheurs en IA, et l’informaticien le plus demandé au monde. Son “deep learning” à lui c’est la méthode des algorithmes. Autrement dit : comment entraîner les machines à se comporter comme des humains en les gavant de mégadonnées via des réseaux de neurones artificiels… « Toutes les entreprises ont commencé a vouloir cette technologie-là. Elles ont commencé à se demander où trouver les experts en la matière et ils ont réalisé que Montréal était à l’origine de ces recherches, entre autres », nous a confié la spécialiste avant de préciser que la plus grande concentration d’étudiants formés dans le domaine est réunie à Montréal.

Des étudiants et des experts qui travaillent sous la houlette de la superstar de l’IA qui dirige le Mila à Montréal, telle est peut-être la réponse à notre “question bête” : Yoshua Bengio fait de la métropole un endroit incontournable en matière d’intelligence artificielle. Présenté comme le plus grand centre de recherche académique au monde en “deep learning”, avec ses plus de 300 chercheurs, professeurs et étudiants, le Mila (de l’Université de Montréal et l’Université McGill) collabore avec les starts-ups, les entreprises et les géants du net. Un savant mélange de public et de privé qui fait de Montréal, non pas le cerveau de l’IA à proprement parler, mais un écosystème unique au monde. CQFD.