6 femmes qui ont marqué l’histoire du Québec

Judith Jasmin en compagnie de Paul Cambo, mademoiselle Saint-Pierre et de François Rozet au micro. Ils sont dans un studio de la station C.B.C. (Radio-Canada) à Montréal.

À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, la rédaction de Maudits Français a décidé de mettre en valeur celles qui ont marqué l’histoire de Montréal et du Québec. Voici notre liste (non exhaustive et arbitraire) de pionnières sélectionnées grâce aux fonds d’archives de femmes conservés à BAnQ Vieux-Montréal et aux archives de Radio-Canada.

Judith Jasmin (1916-1972), pionnière du journalisme au Québec

“8 mars 1972. Judith Jasmin vient de recevoir le prix Olivar-Asselin lorsqu’elle rencontre Wilfrid Lemoine dans le cadre de l’émission Format 60. Ce sera la dernière apparition de la journaliste à la télévision. Rongée par le cancer, elle s’éteint sept mois plus tard”, peut-on lire dans les archives de Radio-Canada. Née à Montréal en 1916, Judith Jasmin débute une carrière journalistique à la Société Radio-Canada en 1945 (sans aucune formation particulière) et devient rapidement réalisatrice de plusieurs émissions. De 1953 à 1957, elle retravaille à la Société Radio-Canada à titre de reporter. En 1957, elle quitte la Société Radio-Canada pour devenir correspondante à la pige, à Paris (elle est la première femme correspondante à l’étranger pour Radio-Canada). De 1966 à 1970, elle est correspondante de la Société Radio-Canada à New York, puis à Washington. En 1971, elle est élue présidente du Syndicat général du cinéma et de la télévision. En 1972, la Société Saint-Jean-Baptiste lui décerne le prix de journalisme Olivar-Asselin, reconnaissant ses talents de reporter et intervieweuse. Elle a également réalisé de nombreux reportages sur l’Algérie, le Pérou, Israël, Cuba, l’Espagne, les pays sous-développés et la discrimination raciale aux États-Unis avant de prendre des engagements socio-politiques. Elle est décédée à Montréal à l’âge de 56 ans.

Pauline Marois (1949 – ), première femme élue Premier ministre du Québec

“Mme Marois a marqué la société québécoise par ses grandes qualités humaines, sa détermination et son leadership. Ses contributions en tant que travailleuse sociale, administratrice ou politicienne sont innombrables”, peut-on lire sur le site l’Université Laval. Première femme à avoir été élue Premier ministre du Québec, on ne compte plus le nombre de fonctions ministérielles occupées par la politicienne Pauline Marois. Elle s’est notamment distinguée en tant qu’artisane de la “déconfessionnalisation” du réseau de l’éducation et de la création d’un populaire réseau de centres de la petite enfance dont les places sont offertes à un coût modique à l’ensemble de la population québécoise. “Par l’implantation des CPE, des centres de la petite enfance, par l’implantation du congé parental, on a fait reculer la pauvreté au Québec. C’est ce dont je suis le plus fière de toute ma carrière, même devant le fait que j’ai été la première femme première ministre du Québec”, affirmait-elle ici en 2018.

Simonne Monet-Chartrand (1919-1993), une militante hors-norme

Militante, animatrice sociale et conférencière : Simonne Monet-Chartrand est née dans une famille aisée de la bourgeoisie montréalaise. “Militante pendant plus d’un demi-siècle, Simonne Monet-Chartrand a été de toutes les luttes au Québec : droits des femmes, pacifisme, libertés civiles, syndicalisme. Rassembleuse et mobilisatrice, elle réussit à conjuguer vie familiale et engagement social. Pour elle « le privé est politique ». C’est comme femme, comme mère, comme citoyenne, qu’elle se prononce et qu’elle lutte pour des idéaux, refusant les barrières et les dogmes”, lit-on ici. Elle s’engage, dès ses études secondaires, dans la Jeunesse étudiante catholique (J.E.C.) où elle fait la connaissance du syndicaliste Michel Chartrand qu’elle épouse en 1942 : le couple aura sept enfants. Elle fut successivement scripteur et recherchiste aux émissions féminines et d’affaires publiques à la radio et à la télévision de Radio-Canada, chargée des relations publiques au Syndicat des enseignants de Champlain, puis directrice-adjointe de la Ligue des droits de l’Homme. Comme auteure, outre d’innombrables textes de conférences et de chroniques, elle a publié, entre les années 1981 et 1992, les quatre tomes de son autobiographie: Ma vie comme rivière et L’espoir et le défi de la paix.

Janette Bertrand (1925 – ), l’avant-gardiste

Née en 1925, Janette Bertrand a grandi dans le quartier Centre-Sud de Montréal. Elle étudie en lettres à l’Université de Montréal et suit notamment des cours avec le chanoine Lionel Groulx. Elle commence sa carrière de journaliste en entrant au “Petit Journal”, dans lequel elle signe la chronique “Opinions de femmes” qui traite de l’attitude des hommes dans la société de l’époque. En 1950, on lui confie la responsabilité du courrier du cœur (“Le refuge sentimental”). La chanson “Madame Bertrand”, interprétée par Robert Charlebois et Mouffe (Claudine Monfette) en 1969, est d’ailleurs inspirée par cette rubrique qu’elle tient pendant 17 ans. Au début des années 1950, elle entreprend sa carrière à Radio-Canada en animant l’émission “Déjeuner en musique”, entre autres. Au cours de sa carrière, elle n’hésite pas à aborder des sujets tabous jusque-là ignorés à la télévision, tels que la sexualité dans le couple, le sida, l’homosexualité, l’inceste, la violence faite aux femmes, etc. Durant toute sa carrière, elle a reçu de nombreuses distinctions (Officier de l’Ordre national du Québec en 1992, Officier de l’Ordre du Canada en 2002, Prix Guy-Mauffette en 2011, etc.). Reconnue pour son avant-gardisme et son rôle d’éducatrice populaire, Janette Bertrand a marqué profondément les médias et la télévision du Québec.

Denise Boucher (1935 – ), l’assoiffée de libertés

Diplômée de l’École normale Marguerite-Bourgeois (Sherbrooke) en 1953, Denise Boucher enseigne dans sa région natale jusqu’en 1961 avant de se tourner vers le journalisme. Elle collabore à de nombreux journaux et écrit des textes pour la radio. C’est en 1977 qu’elle publie Retailles avec Madeleine Gagnon et que, depuis, elle est connue comme poète, auteure dramatique, parolière, scénariste et conférencière. Le féminisme a inspiré toute son oeuvre et particulièrement Les Fées ont soif, dont la première représentation en 1978 a été jugée blasphématoire au Théâtre du Nouveau Monde (TNM). Une phrase culte (parmi tant d’autres) tirée de cette pièce iconoclaste antipatriarcale : “Tirons sur les murs du silence […] Ouvrir les battants des mots. Mal par mal. Culpabilité par culpabilité. Peur par peur.” Denise Boucher a aussi été membre du bureau de direction de l’Union des écrivaines et écrivains québécois avant d’en être la présidente de 1998 à décembre 2000. Âgée de 83 ans, elle réside aujourd’hui du côté d’Outremont.

Laurette Cotnoir-Capponi (1897 – 1962), pionnière de la haute couture au Québec

Passionnée par les études et la haute couture, Laurette Cotnoir fréquente différentes institutions telles l’École Guerre Lavigne de Paris (1924), le Fashion Academy de New York et le Franklin Institute (1925) où elle obtient un diplôme de couturière. Elle revient ensuite à Montréal, prête à entamer une carrière bien remplie. À partir de 1929, malgré des moyens encore rudimentaires, elle commence à enseigner sa profession à son domicile de la rue Sherbrooke à Montréal. Rapidement, elle se fait une très bonne réputation comme couturière et pédagogue. En 1948, Laurette Cotnoir réalise enfin son rêve : elle ouvre une école de haute couture, équipée d’une bibliothèque spécialisée et d’un musée du costume, où les étudiants accèdent à une culture polyvalente de la haute couture. Elle s’implique également dans de nombreuses associations professionnelles dont l’Association des femmes d’affaires de Montréal.

Comme les Éditions du remue-ménage, on aurait aussi pu citer Jeanne Mance, Marie Gérin-Lajoie, Léa Roback, Janine Sutto, Gabrielle Roy, Madeleine Parent, Claire Kirkland, Miyuki Tanobe, Maureen Forrester, Lise Watier, Lise Payette, Léa Pool, et tant d’autres.