“Femmes francofortes” : portraits d’immigrées francophones à Montréal

Anne Ezan. Crédit : Isabelle Delorme

Ces douze femmes “ont tout quitté pour se trouver (ou se retrouver) à l’autre bout du monde“, peut-on lire sur la page Facebook de “Femmes francofortes“, le projet imaginé par la Normande Anne Ezan. Cette designeuse graphique de 25 ans a interviewé 11 Françaises et une Belge à Montréal. Elle exposera les portraits et récits de ces expatriées sur un site internet qui sera lancé dans le cadre d’une soirée-exposition ce 8 mars pour clore en beauté la Journée internationale des droits des femmes.

Depuis que je suis arrivée ici, beaucoup de gens me racontaient leurs histoires, c’était très intime et extrêmement intéressant, nous confie la jeune femme. Je me suis dit : c’est affreux mais plus on me raconte et plus j’oublie, et je dois trouver un moyen de mettre ça sur papier“. Ayant “un petit côté féministe“, elle choisit de se focaliser sur les femmes expatriées, comme elle, pour un partage d’expériences.

C’est après des études à Paris en design graphique que la jeune Normande, originaire de Rouen, a choisi de s’installer à Montréal en 2017, ville avec laquelle elle est “tombée en amour” en rendant visite à son frère qui y effectuait un stage. Arrivée en PVT, elle commence par effectuer des “petits boulots en freelance” dans son domaine, avant d’intégrer l’agence Cinco en tant que designeuse graphique.

“Femmes francofortes” est un projet personnel, réalisé par la Française en marge de son travail, à titre bénévole. Tout commence un soir à minuit, lorsqu’elle lance un appel sur la page Facebook du réseau Sorties Entre Elles Montréal. “J’ai lancé une bouteille à la mer“, commente Anne Ezan. Et le projet séduit immédiatement. “Le lendemain, j’avais 20 réponses, puis plus de 40 au total dans les deux semaines !“, se rappelle la Normande. Elle rencontre 18 de ces femmes et retient douze portraits pour son projet.

Le principe ? Anne Ezan a retrouvé chacune de ces femmes francophones (une Belge et onze Françaises — 9 de métropole et 2 des Antilles — dont certaines multi-expatriées) à une station de métro différente de Montréal. Elle les a ensuite interviewées en prenant soin de les photographier avant et après leur récit. “Je trouvais ça intéressant de capter leurs visages, leurs réactions, explique la designeuse. Au début, elles étaient gênées la plupart du temps, car c’est un exercice pas facile et assez intime. Et puis, plus elles racontaient leur histoire, plus elles voyaient que je n’étais pas en train de les critiquer mais d’écouter et d’absorber ce qu’elles me disaient avec bienveillance, et elles se détendaient.”

Un angle “avant-après” la rencontre, qui en dit long. “Il y a quelque chose dans le regard, dans l’expression qui change”, raconte Anne Ezan qui a souhaité restituer des portraits sans artifices.”Je voulais des photos vraiment naturelles, je ne les ai presque pas retouchées et c’est l’authenticité et le naturel de ces femmes qui ressort“. Les douze femmes âgées de 26 à 40 ans et évoluant dans des milieux différents, lui ont confié les raisons de leur expatriation, leur quotidien, leur ressenti, etc. Et certaines remarques sont souvent revenues.

Il y a des convergences dans leur façon de voir les Québécois et la relation avec eux (…), analyse la Française. Elles me disaient que ce n’était pas toujours facile de rentrer dans le cocon des Québécois car ils ont ce côté très américain : ils donnent tout pendant une soirée — ils sont là pour toi, ils te donnent des adresses où aller, proposent des sorties le week-end suivant, etc. — et puis plus de nouvelles derrière ! (…) En tant que Français, quand on a fait une belle rencontre, on a envie d’aller plus loin, on s’attend à continuer la rencontre et au final, pas forcément…“. Mais une autre constante contre-balance cette déception : “la gentillesse et la bienveillance des Québécois, qui est indéniable. Ce sont globalement des textes positifs !“.

S’appuyant sur ses talents de designeuse graphique, Anne Ezan a rassemblé les photographies et récits sur un site web ayant pour trame une carte interactive du métro de Montréal. Chacune des 12 stations correspondra à une rencontre différente. Le site sera lancé officiellement le soir du 8 mars au Art Lounge MTL, en présence de 10 des femmes interviewées. Une soirée ouverte à tous qui mêlera exposition des portraits, musique live et animations.

Femmes FrancoFortes – Teaser du projet

Ca y est, elle est là !!!📢Après des heures et des heures à filmer dans le métro et dans Montréal🇨🇦, un disque dur grillé avec la moitié des shots dedans, de nombreuses versions de montage créées à la nuit tombée… LA VIDEO TEASER DU PROJET réalisée par le fabuleux Seth et moi-même avec la participation de Katouchka, Harmony et Mel est disponible!J'espère qu'elle vous plaira et surtout n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez en commentaire et à la partager 💋#femmesfrancofortesfemmesfrancofortes.comPour en savoir plus sur le projet…https://www.facebook.com/FemmesFrancoFortesPour venir à la soirée événement…https://www.facebook.com/events/1916580248453862/Pour contribuer à créer une soirée de folie…https://www.gofundme.com/femmes-francofortes

Posted by Femmes FrancoFortes on Sunday, February 24, 2019

Une suite prévue ? Non. Anne Ezan a décidé de mettre un point final à ce projet qui lui a “beaucoup appris“, déclare-t-elle, ravie. “La destination m’importe peu, c’est le voyage que j’aime (…). Ce sont de belles histoires de femmes qui ont pris leur destin en main“. Elle a d’autres projets en tête, mais on n’en saura pas plus…