Zabou Breitman à Montréal : “Le Québec, c’est ma matrie”

Crédit : Lucas Wils

Zabou Breitman était de passage à Montréal pour La Nuit des Idées. D’elle, on connaît surtout les films (en tant qu’actrice ou réalisatrice) mais on oublie parfois son lien particulier avec la Belle Province. Il faut pourtant se souvenir des belles choses

“Le Québec, c’est ma matrie. La patrie de ma maman était le Canada et celle d’une grande partie de ma famille. Mon père y a vécu 10 ans aussi, et il avait la double nationalité”, nous a confié doucement l’actrice qui, du coup, ne se considère pas vraiment comme une “maudite Française”. “C’est un peu chez moi ici aussi ! (…) Pour moi, il n’y a pas de folklore puisque c’est juste une autre partie de mon être”, a lancé Zabou qui affectionne particulièrement les expressions québécoises impossibles à utiliser en France. Mais aussi un certain bilinguisme où chacun s’entend et se comprend dans sa langue respective. “Je fais partie d’une génération où il ne fallait pas parler anglais ici ! Chacun parlait sa langue et on se comprenait. Ça se fait encore d’ailleurs, j’ai vu ça l’autre jour à Montréal : l’une parlait en québécois, l’autre lui répondait en anglais et c’est ok. J’adore ça, je trouve ça extraordinaire.”

Parmi ses expressions québécoises fétiches, on retient : “t’es fin”, “pour vrai”, “ou bedon”. “Tous ces mots sont naturels pour moi ! Mais pas pour les Français qui regardent les films québécois sous-titrés, par exemple. Ça me fait toujours rire de voir Crazy avec des sous-titres !”, a indiqué l’actrice aussi agacée par certains de ses compatriotes qui comparent parfois le québécois à une “langue de paysan”. Ça m’énerve quand ils imitent mal l’accent aussi ! C’est juste une autre langue, point”.

Elle note néanmoins que la France progresse en la matière. “Les Français commencent à s’habituer à l’accent québécois, ça se répand de manière plus simple. Sophie Cadieux (NDLR : actrice québécoise) m’a dit qu’on ne lui faisait plus de réflexions sur son accent depuis quelques temps en France”. Mieux vaut tard que jamais.

Recréer des passerelles et faire circuler les oeuvres

La mère de Zabou Breitman, Céline Léger était une actrice et danseuse québécoise, elle était même née à Montréal. Son père ? Jean-Claude Deret, le créateur français de la série culte “Thierry la Fronde”. Autant dire qu’elle était bien placée pour parler d’art et d’éducation lors du débat organisé pendant cette Nuit des Idées montréalaise le 31 janvier. “C’est catastrophique que l’éducation ne soit pas mieux considérée, c’est la base de tout. Aujourd’hui, on a affaire à du fast-food culturel et même politique. (…)”, a expliqué Zabou comparant ensuite les mathématiques à la poésie. “Il faut recréer des passerelles : l’art est littéraire mais aussi mathématique. Et la philosophie est mathématique. L’art peut tout englober, tout est bien pour l’art !”

C’est aussi de passerelles entre la France et le Québec dont elle rêve pour améliorer la “circulation des oeuvres” québécoises ailleurs qu’au Canada. “Il faudrait que certains spectacles d’ici soient joués là-bas plus souvent ! (…) Pour cela, il faudrait des passerelles de diffusion plus grandes, ça devrait jouer plus !”. À bon entendeur…