Nunavut : un Breton dans une mine d’or (et de glace)

Crédit : Pierre Gauthier

C’est bien connu, les Bretons sont des aventuriers hors pair présents (presque) partout dans le monde. Même au fin fond du désert arctique : Pierre Gautier, originaire de Malguénac dans le Morbihan, en est la preuve. Là-bas, il s’occupe, entre autres, de la sécurité du personnel sur le chantier d’une mine d’or, planté en plein milieu du Nunavut.

C’est sûr que pour aller travailler dans le Nunavut, il faut quand même avoir l’esprit un peu aventurier,” explique Pierre Gautier. Avec dix mois d’hiver où il peut faire jusqu’à -70° et deux petits mois d’été, il ne faut pas avoir froid aux yeux. Sans parler de la nuit arctique qui laisse à peine apparaître le soleil et les blizzards parfois violents.

Après avoir posé ses valises à Montréal en octobre 2016, Pierre a d’abord embarqué sur un premier chantier en Abitibi, puis sur le chantier de la Romaine d’Hydro-Québec (le chantier d’un énorme barrage hydroélectrique). Mais rien ne le préparait à l’hiver arctique.

Le chantier sur lequel il travaille actuellement, au Nunavut, est bien loin de la ruée vers l’or que l’on s’imagine : plus de 500 personnes y travaillent et le personnel effectue des rotations de 12 heures par jour pendant 14 jours. Les 14 jours suivants, ils rentrent chez eux. Pierre habite donc à Montréal quand il ne crapahute pas au milieu des plaines désertiques glaciales.

Lorsqu’il est dans le Nunavut, pas question de jouer au touriste. “C’est un désert de glace, on peut vite s’y perdre si on ne sait pas où on va,” prévient l’habitué. Raison pour laquelle lorsqu’il se déplace d’un chantier à un autre, il conduit un pick-up et doit reporter sa position par radio toutes les… 10 minutes ! Intense.

La tenue qu'il porte 10 mois de l'année
La tenue qu’il porte 10 mois de l’année

Ce qu’il préfère de ce job hors du commun ? Les paysages magnifiques et les parhélies à admirer de temps en temps : cet effet de double soleil dû à la réfraction de la glace, annonciateur de tempêtes selon les légendes inuites. Une vie sauvage foisonnante “où même les animaux sont blancs” selon le Breton.

Apparition d'un parhélie
Apparition d’un parhélie

“On est sur l’une des principales routes de migration des caribous, donc, il nous arrive de devoir arrêter le chantier pour les laisser passer ou de rester bloqués sur la route quelques heures, le temps que les hordes migrent,” explique encore Pierre. Il lui arrive aussi croiser des wolverines ou carcajous en québécois, un animal dont se sont inspirés certains films comme X-Men. “Teigneux avec de longues griffes… Ce ne sont pas forcément des animaux que t’as envie de croiser sur ton chemin !”, raconte Pierre.

Mais pourquoi le Nunavut ? “C’est une région qui m’a toujours attiré”, se souvient Pierre, une étincelle dans l’oeil. Il n’est d’ailleurs pas le seul Français à s’être fourvoyé près du pôle Nord. “Dans mon bureau, il y a un autre Breton qui travaille avec moi, et d’autres Français dans différents services !”, explique-t-il en riant avant d’avouer que sa première arrivée en avion, en plein hiver, a été un choc. “Quand je suis descendu de l’avion, il faisait tellement froid que ça m’a coupé la respiration ! Là j’ai eu un moment de doute,” se souvient celui qui espère maintenant pouvoir travailler au Nunavut au moins encore une année.

Son job actuel, il le doit aussi à sa formation “couteau-suisse”, comme il l’appelle : un DUT Hygiène Sécurité Environnement qu’il a validé à l’Université de Bretagne Sud. “Ça m’a permis d’être un vrai touche-à-tout.”

Et l’or dans tout cela ? Il y en a… sous la glace. Les derniers rapports des grands groupes miniers canadiens (tel qu’Agnico Eagle) sont optimistes quant à la quantité trouvée dans les territoires du Nord, appartenant aux communautés autochtones. Quant à Pierre, bien qu’il travaille pour un groupe minier, il n’a pas encore tenté de prospection personnelle. “Je n’ai même pas encore vu de filons en vrai ! Seulement de fabuleuses photos,” regrette-t-il.