Julie Roy, co-auteure française de “Demain, le Québec”

© Mathieu B. Morin

Place Jean Talon, Julie Roy débarque avec sa poussette en tenue de sport, cardio oblige. Française arrivée à Montréal il y a un peu moins d’une dizaine d’années, Julie est spécialiste en engagement du public à la Fondation David Suzuki, et en congé maternité pour quelques mois encore. Son écologisme militant, élevé dans une famille syndicaliste de Dunkerque, a sans doute mûri à l’ombre de la centrale de Graveline.

“Des copains allaient faire du kitesurf à côté de la centrale nucléaire pour profiter de l’eau chaude qui avait servi à refroidir les réacteurs… Dunkerque est un endroit très abîmé, mais c’est au Québec que je me suis engagée !”. Parmi ses engagements, le zéro déchet. Voilà trois ans que Julie s’en tient à en produire quelques dizaines de grammes par semaine. Avec un compagnon et deux enfants, la performance est à noter. “Un soir, avec mon chum, on s’est dit que ce n’était pas possible d’avoir, à deux, plus d’un bac de recyclage par semaine. Il a vidé la poubelle, on a fait le tri et voilà, c’était parti !”

Les choix éthiques et philosophiques se heurtent parfois au principe de réalité et Julie Roy raconte que ce chemin ne s’est pas fait tout seul, puisqu’ils ont pu bénéficier d’initiatives locales pour mener leur projet jusqu’au bout.

Forte de cette expérience, elle a voulu, avec ses collègues de la Fondation, recenser les dizaines d’initiatives locales et québécoises qui font une différence et qui peuvent créer l’étincelle de réaction. C’est l’objet du livre Demain, le Québec, tiré du célèbre film “Demain” de Mélanie Laurent et Cyril Dion (NDLR: ce dernier préface d’ailleurs le livre).

“On a essayé de se focaliser sur des initiatives locales que tu peux reproduire. Toi, puis ton voisin, puis ta ruelle, puis ton quartier ! La force du livre c’est qu’il permet de mieux connaître notre territoire du Québec. Beaucoup d’initiatives sont déjà populaires mais seulement pour les gens du milieu. Nous, nous voulons aller chercher les autres, pas seulement des « granos » (NDLR: expression québécoise pour parler des écologistes) ! Il y a vingt histoires, mais nous en avions 100 !”

Zéro déchet, des serres sur les toits de Montréal, le recyclage des plastiques, une application pour taxis électriques dont les chauffeurs sont payés à l’heure et non plus à la course, etc. La liste de ces paris transformés en projets – et pour certain en succès – sur tout le territoire n’est pas exhaustive mais donne à voir une créativité indéniable. C’est encore plus vrai chez les personnes qui, un jour, ont pris le parti de s’arrêter pour faire la différence et proposer une alternative. “C’est important de montrer qu’un citoyen peut avoir un impact sur ses voisins. Grâce à l’autre, tu deviens ton propre système.”

Il parait qu’une habitude, prend trois semaines à être oubliée. Alors pour ceux qui se demandent par quoi commencer, Julie conseille de faire du vélo pendant trois semaines pour voir le déplacement sous un autre angle. Et puis de vider son sac, son bac de recyclage et de regarder ce qu’il y a dedans avant d’agir, après avoir compris que rien n’est inéluctable et surtout pas irréversible.

- Services -