Pourquoi, au Québec, la “petite souris” s’appelle-t-elle la “fée des dents”?

Après avoir découvert que le “5 à 7” québécois n’était pas exactement celui auquel votre esprit français faisait immédiatement référence, vous avez peut-être eu ce même air déconfit en apprenant qu’au Québec, la petite souris n’existait pas. C’est la “fée des dents” qui a pris sa place ! Ne reculant devant rien, Maudits Français a décidé d’enquêter sur cette étrange disparition sémantique.

Au même titre que le père-noël, la petite souris (ou fée des dents) fait partie de ces personnages fictifs qui rythment et marquent notre enfance à certaines dates clefs. Il paraîtrait même que cela nous rassure… Mais en fonction de là où l’on se trouve sur la planète, certaines légendes diffèrent donnant lieu à des remises en question cruciales. Quelle version transmettre à ses enfants ? Telle est la question qui taraude certains immigrés ou familles binationales.

En France, en Belgique, en Suisse et dans la plupart des pays ou contrées francophones (sauf chez les francophones du Canada), lorsqu’un enfant perd une dent, on lui apprend qu’une “petite souris” passera la chercher sous son oreiller (en référence au conte de Madame d’Aulnoy) et lui donnera autre chose en échange (souvent, une pièce de monnaie). Le hic ? Les souris font parfois peur aux enfants qui s’imaginent déjà devoir affronter un gros rat en pleine nuit.

Avec un peu de recul et après quelques savoureux échanges avec nos cousins canadiens, il faut se rendre à l’évidence : la fée des dents paraît moins effrayante. Mais d’où vient-elle cette fée au juste ? “Il s’agit tout bonnement de la version française de la “tooth fairy”, tradition anglo-saxonne dont l’origine serait liée aux pays nordiques au Moyen-âge”, nous a confié Chantal Bouchard, professeure au département de Langue et Littérature françaises à l’Université McGill.

“Il n’est pas absolument exclu que la tradition en question se soit implantée en Normandie à l’époque des invasions des Vikings, et ait ensuite fait la traversée vers la Nouvelle-France avec les Normands, qui représentent près du tiers des colons venus s’établir ici. À vrai dire, je penche plutôt pour une influence des Anglais installés ici depuis le milieu du XVIIIe siècle. Beaucoup des habitudes et traditions, y compris culinaires, des Canadiens français ont cette origine (…) “, a également ajouté la professeure agrégée.

La Fée des dents ne serait autre qu’un double de la Petite souris, les moustaches en moins. Souvent, on la décrit vêtue de blanc et aussi rapide qu’un éclair… Certains prétendent aussi que les deux personnages cohabitent, et pourquoi pas ! Après tout, on sait que les unions franco-canadiennes font parfois des miracles.

Le mois prochain, on s’attaque aux fameuses “cloches de Pâques” VS “le lapin de Pâques”. En attendant, essayez d’aborder le sujet avec un de vos proches canadiens : fous-rires garantis, on a testé pour vous. “Des cloches qui volent ? Voyons dont ! Notre lapin de pâques qui pond des oeufs est quand même plus crédible”. Le débat est lancé (le plus important c’est le chocolat).