Féminin / Féminin : un personnage français dans la deuxième saison

Crédit : Féminin / Féminin

Cela faisait deux ans qu’on attendait le retour de Féminin/Féminin, la série réalisée par Chloé Robichaud qui met en scène les péripéties d’un groupe d’ami·es montréalais de la communauté LGBT+. Depuis le 14 février 2018, les épisodes sont disponibles gratuitement sur ICI Tou.tv. Sans surprise, on retrouve les personnages de la première saison mais également de nouvelles têtes, à commencer par une Française fraîchement débarquée à Montréal.

C’est Vanessa Gauvin-Brodeur (qui joue aussi Sophie dans Les amours imaginaires de Xavier Dolan) qui campe le personnage de Marion, une Parisienne qu’Alex (Alexa-Jeanne Dubé) et Anne (Kimberly Laferrière) (re)cueillent à l’aéroport de Montréal alors qu’elle s’apprête à faire du stop.

Son rôle ? Ajouter un peu de piment dans la vie de couple d’Alex et Anne, apeurées à l’idée que leur couple ne devienne trop fusionnel. Sempiternel sujet. Quoi de mieux que l’exotisme frivole d’une Française de passage à Montréal pour briser l’éventuelle routine qui s’installe entre les amantes canadiennes. Soit. Cela vous rappellera peut-être des souvenirs…

En plus de son accent français (de France) auquel s’ajoutent quelques locutions typiquement de chez nous (“grave”), les scénaristes ont doté Marion d’un petit côté kleptomane. Dans la série, elle vole un vélo et raconte qu’elle a l’habitude de vivre en subtilisant des objets ici et là, pour lutter contre “le capitalisme”.

Un peu cliché ? Surtout lorsqu’elle raconte qu’elle vit confortablement grâce à un héritage familial. Les Français·es à Montréal (ou ailleurs), tous·tes les mêmes… Si seulement c’était vrai.

Belles apparitions

La première saison de Féminin / Féminin avait marqué positivement les esprits (à commencer par les nôtres) par la fraîcheur du traitement de certaines thématiques et cette tendance à se défaire des codes attendus. Large place était faite à l’humain, en dépit de ses appétences sexuelles.

Dans la saison 2, développée en collaboration avec France Télévisions, on retrouve ces mêmes thèmes universels qui avaient déjà traversé la saison 1 mais on regrette l’effleurement d’autres sujets qui méritaient un réel coup de projecteur, à commencer par celui de la maternité dans les couples LGBTQ, en particulier à l’ère de l’adoption du projet de la loi 20 qui a anéanti les rêves de plus d’une famille, homoparentale ou non.

Certes, le désir d’enfant est bien évoqué à travers le couple de Sam et Steph mais on passe rapidement du coq à l’âne (la faute au format court certainement). On aurait aimé entendre Sam et Steph discuter et débattre de leurs façons de (pro)créer leur famille plutôt que de voir Steph perdre les eaux. Qui plus est dans un couple mixte où les conversations auraient, à plusieurs égards, pu (dû?) crever l’écran. C’est aussi le rôle attendu par ce genre de série, faire entendre les voix même les plus triviales. Voire même changer un peu le monde, épisode après épisode.

De la saison 2, on retient surtout l’apparition, tel un ange tombé du ciel, d’Evelyne Brochu (en clin d’oeil à son rôle dans Orphan Black et qui crève aussi l’écran dans Café de Flore) et de Manon Massé en marieuse de couple. On n’oublie pas non plus la face du Carlin qui espionne sa maîtresse en compagnie de son dildo. Si cela valait réellement un avertissement pour prévenir “une scène de sexe” ? Pas sûrs. Idem pour la scène de triolisme à peine amorcée. Pour le coup, on aurait aimé que ce soit un peu plus kechichien.

Reste que, quoiqu’il en soit, la série a le mérite de faire exister la communauté LGBT+ sur le petit écran quand bien même elle donne à voir une micro-réalité qui feront le bonheur de celles et ceux qui s’y reconnaissent.