C’est quoi un speakeasy et pourquoi autant à Montréal?

Le 4e Mur, le Speakeasy, le Cold Room, la Maison Cloakroom, le Bord’Elle, Big in Japan, Atwater Cocktail Club: tous ces noms vous évoquent peut-être quelque chose. Si ce n’est pas le cas, c’est que vous n’avez pas encore été initié à la tendance des établissements dits “speakeasy” à Montréal.

Au fait, d’où vient le terme “speakeasy”? “Les Speakeasy ont été créés aux États-Unis au moment de la prohibition. Beaucoup d’établissements se sont créés dans des endroits secrets pour pouvoir boire en cachette, avec notamment des systèmes de levier qui cachaient l’alcool. C’est de là que vient le terme speakeasy: il fallait parler doucement pour éviter que la police n’entende. Il y a une bonne série télé à voir là-dessus: c’est Boardwalk Empire”, nous explique Daniel Boulianne, general manager du Cold Room, qui a ouvert sa porte clandestine en septembre 2016.

Cette appellation fait donc écho à l’époque où, au sortir de la Première Guerre mondiale, une vague de répression s’est faite sentir sur tout le continent nord-américain. Le Québec n’a pas connu une période de prohibition très longue mais le concept des bars Speakeasy connaît depuis quelques années un franc succès à Montréal.

Le dénominatif commun à tous ces lieux serait donc leur caractère caché et secret où seuls les initiés peuvent entrer. Mais il n’y a pas que ça! Chaque établissement semble cultiver une esthétique qui lui est propre, tout en privilégiant la satisfaction de la clientèle. La décoration y est très soignée et l’ambiance souvent tamisée et cosy. Les barmen, aux costumes élégants, connaissent leur sujet et sont de véritables passionnés.

L’accent est mis sur le caractère exclusif de l’expérience client. “Le but c’est de leur faire jouer le jeu, ils viennent pour une crème glacée au départ! C’est toute une mise en scène, on cherche vraiment l’effet de surprise, le dépaysement”, indique Nicolas Delrieu, co-propriétaire du Speakeasy dont la devanture semble indiquer de prime abord une crèmerie assez classique. Le Speakeasy a lui, choisi la carte de la restauration avec un menu gastronomique très travaillé. On entre par la crèmerie où un employé vous accueille et vous fait pénétrer dans le resto-bar par une porte de frigo. À l’intérieur, on est baigné dans une ambiance des années 30, avec des portraits de gangsters de l’époque sur les murs en brique. La carte des cocktails est un hommage à toutes les boissons servies à l’époque, à l’instar de l’Old Fashioned (Bourbon, Angustura, sucre, zeste d’orange) qui fait souvent l’unanimité.

Si la confidentialité est souvent de mise, elle est plus ou moins poussée en fonction des endroits. Pour goûter à l’atmosphère enivrante du 4e Mur, il faudra par exemple vous inscrire à l’infolettre sur leur site web et ainsi obtenir l’adresse. Une fois que vous avez le précieux sésame en poche, c’est tout un univers de saveurs qui s’offre à vous avec des cocktails exceptionnels servis dans un cadre qui l’est tout autant.

Mais le côté secret bien gardé n’est pas toujours volontaire et il n’est pas rare d’apprendre que certains établissements n’avaient, à la base, aucune intention de se rapprocher de cette mouvance speakeasy. C’est le cas du Big in Japan, boulevard Saint Laurent, dont les anciens locaux abritaient dans les années 90, un bar sulfureux où certains junkies de la communauté portugaise se retrouvaient pour consommer de la drogue illégalement et s’enfuyaient par une porte dérobée, lors des descentes de police. Les patrons, n’étant pas propriétaires du lieu, ont gardé cette porte innocente et discrète côté boulevard, mais leur intention était avant tout de créer un bar à cocktails qualitatif, dans une ambiance tamisée.

Pour le Cold Room, c’est le lieu qui a façonné le concept. “Quand on a eu le local, c’est là qu’on a commencé la décoration, on ne voulait pas utiliser la porte officielle de l’endroit, on ne la trouvait pas adéquate. On a décidé d’aller par la porte de derrière et tout s’est un peu placé pour qu’on en devienne un (NDLRSpeakeasy). Mais c’était pas spécialement volontaire. On a appelé l’endroit le Cold Room parce que c’était une chambre froide en 1870, dans le Vieux-Port, pour les restaurants. Il y a avait du storage de viandes et de fromages. On a repris ce nom là et on a mis une porte de frigo à l’entrée”, raconte simplement Daniel Boulianne.

La tendance des bars Speakeasy est assez récente et Montréal accueille de plus en plus de bars du genre. Les acteurs de cette scène se connaissent et adoptent une attitude très solidaire entre eux, à vous de mener l’enquête pour les découvrir un par un! Que ce soit pour un rendez-vous amoureux ou juste une soirée tranquille entre amis, la scène montréalaise Speakeasy saura vous faire vivre une expérience inoubliable.