“Vieux jeu”, la série franco-québécoise qui va faire un strike

©Matthieu Delaunay

La casquette NYC repose sur une tignasse châtaigne qui surplombe le poupin mais velu visage. Le regard est noisette, le sourire rare mais roublard, le phrasé est subtil, excentrique et sibyllin. Il y a un côté suranné, un peu tradition, un peu vieux jeu. C’est peut-être pour cela que la série du réalisateur Quentin Fabiani, originaire du Nord de la France, projetée sur TV5 dès le 12 octobre s’appelle ainsi.

Sinon pourquoi un tel nom? « Parce qu’ici, ils ne jouent pas au bowling comme nous. Les quilles sont petites, les boules sont grosses comme une balle de handball et la piste est beaucoup plus courte. À partir de cette originalité québécoise, on a voulu raconter les années de la Révolution tranquille au travers d’un jeu, aujourd’hui en déclin mais qui fut populaire, pour raconter l’histoire d’un homme qui a dédié sa vie aux quilles. On lui dit que c’est “quétaine”, ringard, mais lui vit avec ses souvenirs, ses remords, ses fantômes. »

On regarde les photos de la production, impossible de ne pas penser au chef d’œuvre The big Lebowski des frères Coen. Quentin Fabiani ne s’en cache pas: « toute proportion gardée, il y a dans le décor et le script un côté un peu “coenien”. Cette pointe d’humour avec des personnages un peu ridicules et décalés, mais on les aime ! Au début de la série, Martin Forget, le scénariste et l’équipe ont voulu être proches d’une période Tenue de soirée (NDLR: film de Bertrand Blier avec Michel Blanc, Gérard Depardieu et Miou-Miou), version bal guinguette. » Une équipe qui voulait surtout raconter les petites gens qui vivent des histoires extraordinaires.

©Jean-Philippe Meilland-Rey
 © Jean-Philippe Meilland-Rey

C’est le cas de ce vieux monsieur, interprété par Jacques Godin, gérant d’un salon de bowling et qui a passé sa vie à essayer de réussir la partie parfaite, en vain. Un soir qu’il joue, encore et encore, un type, Martin Dubreuil, lui annonce qu’il lui reste cinq jours à vivre. Chaque jour sera un épisode. « C’est un film sur le lâcher prise. Le vieil homme comprend que la perfection n’est pas atteignable, que sa quête l’a fait passer à côté de choses très importantes mais en même temps l’a poussé à se sublimer, là où d’autres sont restés dans leur jus. » On l’aura compris, la partie, c’est la vie. Le bowling, cette existence.

Mais qu’est-ce qui fait filmer Fabiani, ici au Québec? « Les acteurs. Ils ont des acteurs de fou ! J’ai complètement changé ma façon de travailler grâce à eux. Ils savent chanter, danser, un peu comme les acteurs américains, mais avec une touche plus rustique et artistique. Il y a un côté terroir chez eux. Jacques Godin, c’est notre Jean Rochefort et Martin Dubreuil, l’acteur du cinéma indépendant québécois le plus connu. Cela s’est extrêmement bien passé, parce qu’ils ont une conscience du travail de l’autre. »

Et puis enfin, il y a Montréal. « À toutes les saisons, cette ville est magnifique, à mi-chemin entre la France et les États-Unis. Je suis beaucoup plus productif ici qu’à Paris, plus heureux de travailler et les équipes sont excellentes.» Voilà pour le bowling, il est l’heure de s’atteler à un film sur les premières nations. « Et puis aller voir des producteurs pour leur montrer de quoi je suis capable. » Le rendez-vous est pris avec son destin qui a, lui aussi parfois, un côté un peu vieux jeu.

“Vieux jeu” avec Jacques Godin, Martin Dubreuil et Anthony Terrien. Écrit par Martin Forget, réalisé par Quentin Fabiani, produit par Laurence Beaudouin-Masse.