“L’Effet Papillon Créations”: un duo français crée des nœuds pap’ sur-mesure

Copyright: Jennifer Senecal-Giroux

Originaires de Narbonne, Julie Depaux et Pierrot Bedel sont arrivés à Montréal en Programme Vacances-Travail (PVT) pour changer d’air en pensant développer un commerce dans la boulangerie. C’était sans compter sur « L’Effet Papillon Créations », leur entreprise de nœuds papillon fabriqués à la main qui a pris son envol sans jamais battre de l’aile.

« La créatrice c’est Julie, c’est elle qui coud ! », lance d’emblée Pierrot en couple avec sa fée aux doigts d’or depuis 13 ans. Titulaire d’un CAP et d’un bac pro en tapisserie d’ameublement obtenus au lycée des métiers d’art d’Uzès, Julie s’est spécialisée dans le rembourrage et depuis peu, dans la création de nœuds papillon haut de gamme sous l’impulsion de son compagnon. « J’ai toujours aimé la mode ! En arrivant à Montréal, j’ai participé à plusieurs soirées dans des galeries d’art et à des expositions. Un soir, je suis arrivé avec un nœud papillon que Julie m’avait confectionné : ça a fait sensation ! En particulier auprès de Corinne Asseraf, propriétaire de la Galerie 203, qui était justement à la recherche d’un designer de nœuds papillon pour en faire des œuvres d’art… », raconte Pierrot, encore surpris de cet heureux hasard. Un mois plus tard, le couple soumet une collection à l’intéressée et en profite pour lancer officiellement « L’Effet Papillon Créations » en 2015.

Montréal donne des ailes…

L’effet Montréal a-t-il aidé L’Effet Papillon à décoller ? « À Montréal, il suffit d’avoir du bagout et de se démarquer pour y arriver. Ici, ce n’est pas difficile de s’entourer de personnes qui ont des compétences que tu n’as pas et d’obtenir de l’aide gratuitement. On n’aurait jamais pu monter ce projet en France parce qu’on ne sort pas d’une école de mode… », confient les designers autodidactes qui apprécient la simplicité montréalaise.

Une simplicité dont Pierrot, le communicant du duo, profite quotidiennement en frappant aux bonnes portes. En seulement deux ans d’activité et une centaine de nœuds pap’ plus tard, les deux créateurs ont réussi à se faire connaître doucement mais sûrement : une soirée Fashion Preview chez Ogilvy, un défilé avec Alexandre dit Sandy, une collection pour Denis Gagnon, une autre très prochainement pour Philippe Dubuc, un partenariat régulier avec la soirée Pointes et Noeuds papillon organisé par la jeune chambre d’affaire de L’École supérieure de ballet du Québec, un autre partenariat avec le Consulat britannique et Moment Factory pour une soirée « James Bond », etc. On n’arrête pas un papillon en plein vol ! « Je me souviens de la facilité avec laquelle j’ai pu approcher Denis Gagnon. Après avoir examiné de près le travail de Julie, il m’a simplement dit : « je ne vois aucun défaut, c’est parfait et c’est beau. Ce serait un honneur de vous exposer dans ma boutique » », se souvient Pierrot, fier d’être crédible face à des grands noms de la couture et du design québécois. 

Le bouton, signature de leur marque

De mois en mois, le nœud papillon imaginé au départ s’est métamorphosé, par souci de qualité et de créativité. « On voulait faire ça bien dans les moindres détails. Notre but n’a jamais été de créer des milliers de nœuds pap’ identiques, on a misé sur l’unique au sens exceptionnel ». Tissus et boîtes décoratives (fournies par Madovar): tout est fait ici. Les étiquettes ? Elles sont brodées par un artisan rue Chabanel. Idem pour les attaches (qui représentent leur logo), elles sont réalisées par un joaillier montréalais.

« On voulait absolument travailler à l’échelle de Montréal pour développer l’économie locale et profiter des ressources offertes par la ville, de A à Z », souligne Julie qui consacre au moins deux heures à la confection d’un seul nœud pap’ pré-noué qui sera ensuite facturé 180$ minimum. Sur chaque nœud pap’, en bas à droite, elle prend aussi le temps d’y coudre un petit bouton, réelle signature de leur marque, parfois conçu par des céramistes français ou québécois. « C’est notre petite touche sentimentale : quand on était petits, on avait le même hobby qui consistait à aller chercher des boutons dans les boîtes de couture de nos grands-mères… ». En or, en nacre, en verre, en céramique, en argent, il y en a pour tous les goûts ! « À terme, on envisage de lancer des nœuds papillon décorés avec des boutons signés par des artistes montréalais », confie Pierrot qui considère le nœud papillon comme le symbole d’un héritage qui traverse le temps.

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Copyright: Jennifer Senecal-Giroux

Cuir de saumon

La seule chose qu’ils n’ont pas réussi à trouver à Montréal, c’est le cuir de saumon : une matière propice à la créativité et pratique à manipuler. « On a cherché des entreprises qui produisaient du cuir de saumon au Canada, en vain. D’ici quelques temps, on envisage donc de créer une production de cuir de saumon montréalaise en collaboration avec des communautés autochtones qui ont un savoir-faire incroyable. Le tanage fait partie intégrante de leur culture ancestrale, ils ont beaucoup à nous apprendre ! », s’enthousiasme Pierrot qui voit en ce projet une occasion de transformer un déchet en or. « Ce serait aussi l’occasion de redonner à la communauté autochtone en leur ouvrant, pourquoi pas, une porte dans l’industrie du luxe tout en relançant une économie circulaire à Montréal ».